LES VALLEES DE MAZOE AU M ASHON ALAND
mille têtes de gros bétail. Les Pères Jésuites ont également leur ferme et leur école de nègres dans cette région des rives droites du Mazoé, qui a reçu le nom iV Entreprise. Certaines maisons de ferme bâties en bois ont un vrai confortable : il y a de petits jardins, dos plantations d'orangers, de citronniers, et des basses-cours où pullulent les poulets et les dindons; c'est un coin d'Angleterre transporté ici.
Mais à mesure que nous approchons du mois de novembre, on sent venir Tété, la chaleur devient plus lourde dans le bas pays : dans les heures du milieu du jour, ce sont des boutTées de vent très chaud qui vous dessèchent la gorge et vous brûlent la figure. Une réflexion de nos noirs nous amuse : » La lune sert à quelque chose, disent-ils ; elle éclaire pendant la nuit de temps à autre. Mais le soleil, à quoi sert-il ? Il éclaire pendant le jour. »
Dans ce district d'Entreprise on a découvert de la chaux dont on fait une exploitation suivie pour les constructions que l'on bâtit à Salisbury; pour le moment, cette industrie est plus prospère que celle des mines.
Du côté d'Abercorn, la plaine finit par remplacer les collines et les vallons, il fait aussi plus chaud; là encore on a commencé d'ouvrir quelques vieux travaux, mais sans importance. Nous sommes sur l'Umvi^urdzie, un affluent de droite duMazoé. A Countess,
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un bain frais de rivière fait une heureuse diversion à la chaleur de ces plaines brûlées où les noirs ont incendié les hautes herbes. La terre en est toute noire, et le vent qui a soufflé sur ces cendres en acquiert une nouvelle sécheresse.
Quand nous rentrons à Salisbury, nous traversons à nouveau la zone des montagnes qui séparent le bas pays des hauts plateaux. Ce n'est décidément qu'une illusion qui les fait ressembler aux Alpes. D'en haut, il faut détourner les yeux des fonds des vallées; ils sont trop rapprochés et bornent trop vite la vue, au lieu des insondables abîmes des grandes Alpes. On n'y songe pas sans regret; c'est une forme du mal du pays, et pourtant, en Afrique, il y a les grands espaces, à défaut des grandes profondeurs.
Nous croisons un prospecteur anglais; il part à pied pour le mont Darwin. De Salisbury, il a plus de cent milles à parcourir : derrière lui sept noirs portent ses bagages, et il va de l'avant vers le grand horizon ouvert, il rêve d'or et d'aventures, sa carabine fièrement posée sur Tépaule. C'est toute l'histoire évoquée des mineurs de Californie et d'Australie, des gens robustes et courageux, sans souci du lendemain.
Voici les pluies qui commencent, pendant une dernière excursion que je fais avec M. de P... à une trentaine de milles de Salisbury; ces pluies ont rafraîchi l'atmosphère à tel point que toute une journée nous
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marchons pour nous réchaufier à côté de notre wagon ; ce jour-là nos bœufs font plus de vingt-cinq milles.
La sécheresse. — Décidément les pluies ne durent pas, et c'est la sécheresse qui recommence. Tout le monde nous dit que Tannée est exceptionnelle. La sécheresse est générale et cause une véritable disette ; le sac de maïs se vend 150 francs, les transports de bagages et de matériel sont impossibles, car on ne peut trouver à nourrir les bœufs, Therbe verte nouvelle refuse d'apparaître, et on n'a rien d'autre à leur donner. Les pauvres mules qui font les services des mail-coachy de Buluwayo et de Mafeking, sont exténuées par le manque de nourriture, et la malle a huit jours de retard à chaque courrier. Il faudra me dépêcher si je veux voir Buluwayo et le Matabeleland. J'irai plus vite que pour le Mashonaland, j'userai des coachs et des chevaux; mais je garderai un bon souvenir de mes' bœufs et de mon chariot, et de mon guide aussi, et même de mes deux noirs. D'ici à quelques années, certaines mines auront pris du développement sans doute, et il sera temps de revenir.
Avant de quitter Salisbury, je veux pourtant faire une chasse avec M. de P. .. et un autre Français, M. G. . . , employé de la Chartered Company; nous prenons une journée et nous partons.
Nous allons à une dizaine de milles de Salisbury, et nous croisons une quantité de chevreuils, de perdrix.
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de lièvres et surtout de pintades qui voyagent par troupeaux considérables. Mais ce qui m'intéresse le plus, ce sont les restes d'une ancienne ville nègre ou indienne; il y a de nombreuses murailles en pierre sèche, dont une double enceinte circulaire. Le tout est envahi par les broussailles et par les arbres. Je n'avais pas entendu parler de ce que peuvent être ces vagues ruines.
^ensemble du pays. — En concluant mes notes sur le Mashonaland, je trouve qu'il ne fait jamais, sur les hauts plateaux, des chaleurs insupportables, et dans le bas pays il suffit, après les mois d'hiver, qui sont doux, de juin à septembre, de ne pas trop se fatiguer pendant la grosse chaleur, de midi à quatre heures. Je ne puis pas parler de la saison des pluies, ne l'ayant pas subie. A Salisbury et sur la haute région, le vent souffle constamment; ce serait le cas d'installer des moulins à vent; en tout cas, c'est une cause de grande salubrité. D'un autre côté, il ne fait jamais froid, mais les nuits sont fraîches : à un habitant des Alpes, il manque évidemment les grands froids et surtout les hautes montagnes.
Ce pays a pourtant deux immenses avantages : l'un, c'est le soleil qui ne se cache jamais pendant plus de trois cents jours de l'année ; l'autre, c'est le plein air, l'espace infini ouvert devant soi : on peut marcher des jours et des jours sans rencontrer personne. Il n*y a ni propriétés ni maîtres; c'est la liberté absolue du
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premier passant. Comme on comprend que cela attire des jeunes gens à la recherche des mines ou des terrains agricoles ! et, quelque dure que soit la vie qu'ils mènent, coucher des mois en plein air au voisinage des bêtes sauvages, marcher au soleil, de Taurore au crépuscule, avec des nègres pour toute société, manquer d*eauy vivre de conserves, quelque pénible que soit cette vie, on comprend qu'ils Taiment, et qu'en ayant goûté une fois ils gardent le désir de la reprendre. On dit que Ton a la nostalgie de l'Afrique, comme on a celle des montagnes : celles-ci aussi ont leurs vastes espaces libres et leur plein air, mais l'Afrique n'a rien à leur envier.