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résignation est touchante, il semble ne pas sentir son mal, ni faire attention à ses béquilles, il est jeune et sans souci. Dieu sait ce qu'il adviendra et si jamais je le reverrai. Je suis pourtant tranquille sur son avenir, il saura se tirer d'affaire.
Dans les collines de Touest et au sud de Gwelo, il y a des kraals, et dans cette direction on a trouvé des quartz aurifères. Bientôt commence la forêt de Somabula, une épaisse bande noire qui s'étend vers le nord à perte de vue ; elle est très dense, et on dit qu'elle ne discontinue pas jusqu'au Zambèze. Les environs de Gwelo sont intéressants, mais la localité elle-même ne passe pas pour être très salubre, à cause de la présence des marais.
Au matin, nous traversons la rivière Sfaangani ; au sud s'élèvent des collines boisées et des kopjès; à leurs pieds s'étendent des bois, des fourrés de mimosas. C'est là-bas, au nord, au delà d'une gorge que nous distinguons au loin et que traverse la Shangani, que le major Wilson a péri en 1893 avec une trentaine de volontaires, cernés par les Matabélés. Le major Forbcs . qui conduisait avec le D' Jameson les opérations de la guerre, ne put arriver à son secours, et de la petite avant-garde, pas un homme ne revint pour raconter la dernière lutte désespérée. Ils furent tous trouvés morts côte à côte, et cette belle défense demeure le fait le plus illustre de la guerre faite par la Chartered
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Company au roi nègre Lobcngula. Celui-ci futcomplè tement battu et obligé de s'éloigner au delà du Zambèze^oiiil mourut. Le major Forbes, qui a raconté cette campagne en détail, a noté des remarques curieuses. Quand un obus faisait explosion, tous les Matabélés déchargeaient sur lui leurs armes. Forbes eut Texplication de ce fait par un prisonnier : les noirs s'imaginaient que Tobus est plein de petits hommes blancs qui s'en échappent à l'explosion et vont tuer tout ce qui est à côté d'eux.
Plus loin, à la rivière Bembezi, eut lieu un autre des engagements de Forbes avec les Matahélés. Le major était d'une rare ténacité; il allait tète baissée devant lui, mais il ne paraît pas avoir été capable de combinaisons, il fallait qu'il fût dirigé.
Le pays redevient accidenté et boisé, puis c'est de nouveau la plaine du high veldt ; à gauche à l'horizon, ce sont les monts Matoppo.
Mais enfin, en face de nous, où la plaine ouverte est entièrement dégagée de bois, se dessine une longue colline à sommet aplati. Ce sont les Thahas Jndunas, qui ne sont qu'à huit ou dix milles de Buluwayo, et où sont situés de nombreux kraais matahélés. Nous traversons une rivière assez profonde, quoique presque sans eau, encaissée dans des rochers schisteux. Puis le sol devient rouge, plus fertile, il se couvre de bois; nous approchons de Buluwayo.
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Un dcroier accident est heureusement évité : une des roues d'avant de la diligence sortait de son essieu, et une de celles d'arrière perdait sa jante en fer. Ln forêt ne cesse pas encore que les baraques de tôlo ondulée commencent d'apparaître ; bientôt elles forment des rues. Nous traversons le marché, encombre de bœufs et de chariots boers, et nous stoppons enfin devant le Charter Hôtel. Nous sommes dans la capitale du Matabeleland, le Buluwayo moderne.
Buluwayo, — Cette ville, où j'ai passé une semaine, ne me laisse point une impression aussi agréable que Salisbury : elle est plus jeune, on le voit à ce que la tôle ondulée domine de beaucoup sur la brique; cela est si neuf au milieu de la plaine indéfinie couverte de petits bois, qu'il reste encore çàetlà, dans les grandes avenues à peine tracées, un arbre isolé qu'on a oublié d'abattre, seul reste de la forêt de jadis. Il y a bien une mince rivière sur Tun des côtés de la ville; on se demande cependant pourquoi Buluwayo est là plutôt qu'ailleurs. La ville ne date que de seize à dix-huit mois, depuis la guerre de 1893, et, telle qu'elle est, elle cause déjà un véritable étonnement.
Buluwayo est en effet beaucoup plus affairé que Salisbury; c'est le centre de nombreux districts miniers : Insiza, Gwanda, Bembezi, Shangani, Belingwe, Selukwe, etc. Il se monte à chaque instant de nouvelles compagnies, et la plupart des propriétés sont déjà
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prospectées et accaparées par des syndicats. L'argent qui se dépense est considérable. On sent qu'il y a une force qui pousse en avant ce pays beaucoup plus que leMashonaland ; on veut développer d'abord Buluwayo, et dans ce but on pousse aclivement la voie ferrée destinée à relier cette ville au Cap par Mafcking et Kimberley, uniquement en pays anglais, évitant le Trausvaal. Et la force qui pousse ainsi en avant est puissante en influence et en capitaux.
Le Charter Hôtel, où je suis descendu, est un peu moins confortable que FAvenue Hôtel de Salisbury, mais il y a bien autrement de monde. Je compte près de deux cents personnes à table dans la salle à manger. On fait facilement connaissance sous ces lambris de tôle où les tables sont rapidement servies par des garçons alertes, en vêtements blancs, presque tous des Anglais. Les gros ouvrages sont faits par des noirs. Mais les chambres sont des plus sommaires et d'une rare exiguïté. Il n'y en a pas à un seul lit; l'on couche à deux au moins dans une cellule encombrée de bagages : on a l'avantage de faire de plus près la connaissance des prospecteurs, ils sont souvent intéressants.
On me montre des minerais d'or fort beaux provenant des différents districts; à chaque instant des prospecteurs partent, d'autres arrivent. C'est un va-et-vient constant de beaux chevaux anglais bien sellés qui se succèdent devant l'hôtel, où leur bride est fixée à des
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barres de bois destinées à cet usage unique. L'activité est partout, et tous ces gens ont Tair heureux et bien portant, le teint coloré; ils font plaisir à voir. Je les trouve admirables de s'installer aiusi sans arrièrepensée de retour, du moins prochain. Il y a douze cents habitants à Buluwayo contre huit cents à Salisbury; ce sont surtout des marchands de toutes sortes et des mineurs.
Ce qui m'étonne aussi, c'est la confiance et la franchise avec laquelle ces Anglais, ceux qui sont dans les affaires, vous exposent leurs découvertes et leurs projets. Ils jouent cartes sur table, c'est à vous de vous décider; ils vous montrent les risques, mais pour eux le risque est même un appât de plus. Il leur faut l'émotion du jeu, Vexcùement, comme ils disent, ils ont une passion pour ce qui demande de l'audace. Buluwayo est une Busy town.
Il y a déjà des monuments à Buluwayo, à peine achevés d'ailleurs. La poste est luxueuse, beaucoup plus belle que celle de Salisbury; l'hôpital est aussi plus grand et plus confortable. Le club est bien installé, et pourtant on va en construire un nouveau : j'y suis admis avec cordialité, et le soir ce sont de très intéressantes conversations sous la véranda, qui regarde la rue en construction, et au delà le vaste espace des bois^
Un financier inQuent m'invite à sa maison de campagne, une villa à un quart d'heure du club, dans la
brousse et les arbustes. Cest un dédale pour y arriver : la villa est eu briques, à un étage, il y a le piano usuel; un bon dîner, avec des conserves pourtant, mais aussi des vins fins, nous attend dans la salle à manger.
Les Pères Jésuites me reçoivent en ami; ils ont une chapelle, et j'ai Toccasion de constater qu'il y a beaucoup de monde ledimancbe sous son toit de tôle, entre murs de bois. On ne saurait comprendre, sans ravoir éprouvé, le plaisir de rencontrer des religieux français en Afrique.
C'est dommage que la saison soit avancée : il y a des orages, et il tombe des averses; en outre, le temps est lourd; je fais cependant quelques courses dans les environs.
L'ancien kraal militaire de Lobengula à Bu luvrayo occupe un espace circulaire d'un diamètre de quinze cents mèhes : sauf des restes de palissades, il est en ruine, ainsi que les deux baraques en briques qu'habitait le. roi. Les murailles intérieures étaient décorées de fresques à l'huile, dont un portrait de la reine d'Angleterre, la Grande Femme Blanche.
Lobengula était un homme intelligent, et les Matabélés, qui sont Zoulous d'origine, sont une peuplade guerrière redoutable. C'est un miracle que Forbes et Jameson aient réussi si rapidement à conquérir leur pays : ils le doivent surtout, dit-on, à la maladresse
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coup de fusil; ceux-ci tiennent , il sont bien plus redoutables
rie des noirs est la fabi-icutîoQ lillet, le blé cafre. C'est leur Dgula en était si avide iju'im i la Iransporlait en ayant goùlé ouper les oreilles pour n'avoir 9, le nez pour avoir senti sa D avoir bu, puis il le Gt massa- Ja et aux vautours, pays qui s'éfeod vers Selukive p les régions du Masbonaland que nous avons parcourues en chariot boer. M. L... m'a raconté l'anecdote suivante à propos des crocodiles qu'où trouve dans certaines rivières. Il voyageait avec des porteurs nègres ; un gamin noirqui les accompagnait voulut s'approcher d'un de ces ^oo/s ou bassins d'eau vaseuse dont on ne voit pas le fond. Comme il se baissait pour essayer de boire, il fut saisi par iia crocodile qui lui enleva une partie de la hanche gauche; les entrailles sortaient, mais le gamin [ii<[ se retirer et il fut rapidement enlevé par ses camaia 1 s. Ceux-ci bandèrent la plaie avec de la terre argiii.ise et des lambeaux d'étoffe, et ils purent emmener L'ur camarade, qui marcha courageusement plusieurs jours. Quelques mois plus tard, M. L... revit ce jeune ui'^re
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tout à fait [juéri, la chair cavait repris, formant seulement un rétrécissement du côté gauche.
Quelles courses ne leur fait-on pas faire, à ces pauvres nègres, pour courir à la recherche de Tor? C'esl bien là le plus puissant stimulant de la civilisation : sans Tor, les blancs ne s'aventureraient pas pour se contenter d'agriculture. Il y a de Tor au Matabcleland ; il est à souhaiter que ce pays prenne le développement qu'on espère, car le sol est riche, au moins en bien des endroits, le climat est bon, il y a place pour uu large contingent de population blanche.
De Buluwayo, mon intention est de me rendre au Transvaal pour visiter les mines d'or de ce pays; plus tard j'irai voir les mines de diamants de Kimberley. Je vais donc retenir ma place pour le coach qui va à Pretoria : la distance de Buluwayo à Mafeking est à peu près la même que celle de Buluwayo à Pretoria, 530 milles, soit huit à neuf cents kilomètres; nous en auronspourune semaine en voyageantjouretnuit : il n'y a de station qu'à Tuli et au Transvaal. Le Limpopo est à mi-chemin; c'est la frontière. En route donc, avec la perspective de passer sept jours dans la caisse d'une voiture : heureusement nous avons pu dormir quelques bonnes nuits en prévision de ce voyage.
De Buluwayo au Transvaal. — Nous partons à huit heures du matin, dans un coach Louis XIV, tout à fait semblable à celui qui nous a conduits de Salis-
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bury à Buluwayo, mais nous sommes plus nombreux, OD sent qu'il y a plus d'activité sur cette nouvelle voie.
Pour aller vers Tuli, nous traversons les monts Matoppo, région déserte et fort sauvage. La végétation est maigre, les rochers font souvent saillie, la route est très mauvaise, semée de rocs et accidentée : on passe à gué quelques rivières presque à sec, mais encaissées dans des berges rocheuses qui sont profondes. On descend, mais insensiblement. Mon voisin, qui est pessimiste, me dit que nous traversons un désert, avec le pittoresque en moins. C'est pourtant original que ces successions de colHues couvertes d'arbustes et d'une herbe jaune, avec des rochers en saillie.
A la suite de ces collines, il y en a de plus basses, des amoncellements de rocs granitiques, avec de petits arbres fort bizarres, l'aloès aux longues feuilles pointues et épaisses, l'euphorbe aux branches massives formées de grosses feuilles bout à bout, comme le cactus.
Parfois je passe une partie de la journée sur l'impériale pour mieux voir; mais quels cahots! Il faut se cramponner aux courroies et aux tringles de fer qui retiennent les bagages : il y a bien un semblant de siège avec un dossier, mais il menace ruine, et les branches d'arbres vous atteignent à tout instant. Le troisième jour je suis récompensé par la vue d'un arbre dont le tronc est un cône parfait, énorme à la
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base, haut de dix à douze mètres, presque pointu au sommet : les branches ont la même forme, et le tout a cette couleur grise et cette allure massive qui évoquent Tcléphant. Je reconnais le baobab sans Tavoir jamais vu : son gros fruit un peu acide est la crème de laitre.
Les kopjès disparaissent; il n^y a plus que la pluiiio boisée et herbacée toute jaune, mais les baobabs se multiplient en nombre et en grandeur. Cest un plat désert de sécheresse; Tair est obscurci de sauterelles et de cigales par nuages et par milliards dans chaque nuage. Le chant des cigales remplit tout Fespace, et cela dure pendant des heures.
Jusqu^à Tuli, nous avons passé nos nuits dans la voiture, sauf quelques heures dans un store situé à plus de cent milles de ces villes écartées : Buluwayo et Fort Tuli. Heureusement il y a mon Australien d'Adélaïde qui m'amuse par ses histoires et ses saillies, notamment sur Sarah Bernhardt et sur Tacteur Holloway dans le Roi Lear. Ce sont parfois des fusées de rires; ces sièges pourtant finissent par être bien durs.
Près de Tuli, qui n'est qu'à six cents mètres d'altitude, la végétation change et devient tropicale. Ce sont des palmiers et des cocotiers élancés, sur les bords de sable de larges rivières. On nous accorde un léger répit pour diner le soir à Tuli, et coucher sur le sol dans la hutte ronde qui est Tunique auberge, mais
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seulement jusqu^à une heure du matiti. C'est toujours un repos bien gagné, encore que les rats et un gros chat i^iennent me réveiller à plusieurs reprises. Tuli n'est qu'un assemblage de quinze ou viogt huttes rondes en terre ou en chaume; ce fut le premier poste anglais au Cliarterland.
Il est nuit quand nous quittons Tuli ; il n*y a pas grand'chose à voir, bien que la lune soit claire. Vers six heures du matin, nous traversons le Limpopo ou la rivière des Crocodiles; ici la végétation tropicale atteint une vraie splendeur, plus encore que sur la rivière Tuli. Les lits de ces rivières arrivent à plusieurs centaines de mètres ; eu ce moment, Teau n'a pas cinquante mètres de large, et n'a pas de profon^ deur.
De l'autre côté, c'est la douane de la république boër, le Transvaal; nous avons quitté le sol du Charterland, il nous reste en ce moment le souvenir de ces centaines de mules qui nous ont successivement traînés, pressées et harassées par les cochers noirs qui galopaient à côlé d'elles en les cinglant du court fouet en peau d'hippopotame : bêtes et gens donnent tout ce qu'ils peuvent donner. Pourtant ce pays, la Rhodesia,a l'air improvisé; il faut maintenant \e faire plus sérieusement, par les chemins de fer surtout, qui n'offriront aucune difficulté tout le long du haut plateau.
lU RHODÉSIE ET TRAIVSVAAL.
Nous décrirons maintenant nos courses dans le Transvaal, ce pays aussi intéressant et presque aussi neuf que le Chartcrland. En quittant le pays de Rhodes, la Rhodesia, nous tenons à dire qu'en somme, ce pays est tout à fait digne d'être colonisé; il est sain et productif; les gens qui y vivent se disent très contents d'y être; Ton sera peut-être bien heureux d'y venir quand nos vieux pays, ce qui ne tardera guère, seront trop encombrés. Que l'or, en grande ou en petite quantité, y attire les premiers pionniers, puis que les chemins de fer s'établissent, et ensuite le pays se passera de l'or. On en demeure bien convaincu lorsqu'on voit la véritable abnégation dont ils font preuve maintenant, ces vaillants prospecteurs. Je n'oublierai pas les deux malheureux qu'on a trouvés morts à quelques centaines de mètres l'un de l'autre, là-bas à cent milles au nord de Salisbury, au mont Darwin. Ils vont toujours et toujours de l'avant sans regarder derrière eux ; c'est ainsi qu'ils ont transformé en pays admirables le Far-West américain et l'Est australien, et c'est ainsi qu'ils feront, avec les ressources si grandes de la Rhodesia, une des plus belles parties de leur futur empire sud-africain.
5 décembre 1896.