TRAITEMENT
Nous avons déjà vu qu’un grand nombre de cas d'amélioration du rhumatisme chronique par l’opothérapie thyroïdienne avaient été publiés. Nous ne reviendrons pas sur ces faits qui nous paraissent parfaitement démontrés.
INDICATIONS. — Le traitement du rhumatisme chronique par lopothérapiethyroïdienne ne peut être justifié que si l’on trouve chez le sujet des petits signes d'insuffisance thyroïdienne. La constatation d’une constipation chronique, de la fatigue et de la céphalée surtout matutinale n’a qu’une faible valeur. Plus importante est la présence d’œdème, à type myxœdémateux ou d'œdèmes vaso-sécréloires. Enfin, Lévi accorde la plus grande valeur aux troubles de la thermogénèse, en particulier de la sensibilité au froid, aux troubles trophiques pilaires (calvitie précoce, signe de sourcil).
Quoi qu'il en soit, dès que l’on a constaté chez
/ 1. Nous nous sommes inspiré, pour la rédaction de ce chapitre, de la Revue générale publiée par L. Lévi dans le Journal médical français (1912).
un rhumatisant chronique la présence manifeste de signes d'insuffisance thyroïdienne, même peu nombreux. même frustes, il y a intérèt à faire un traitement préventif, tout en se rappelant qu’au point de vue pronostique, il est intéressant de trouver réunis un assez grand nombre de sympiômes d’hypothyroïdie. |
CnoiX DE LA PRÉPARATION. — Deux indications générales sont à retenir: é
1° [1 faut employer une préparation active.
9 Il faut se servir de la glande totale.
En effet, le corps thyroïde agit par l’ensemble des substances qu’il renferme (iode, phosphore, arsenic, etc.)
Il existe à l'heure actuelle un assez grand nombre
de préparations de corps thyroïde, de valeur théra-
peutique très inégale. Nous les passérons rapidement en revue.
A) Glanche fraîche. — On emploie la glande thyroïde de mouton ou de cheval, prélevée le jour même aux abattoirs, absorbée sous forme de pulpe, on coupée en petits fragments dans du bouillon, à raison de un lobe par jour (soit 1 gr. 05 à 1 gr. 20). Il faut rejeter les glandes thyroïdes du veau et du porc, à cause de la présence fréquente chez ces animaux d’adénomes colloïdes et de cancers.
L'emploi de la glande fraîche présente des inconvénients. D'abord des erreurs sont possibles et ont été commises ; c’est ainsi que l’on a fait absorber à des malades des ganglions cervicaux ou du thymus.
En second lieu l’activité des glandes thyroïdes est variable suivant les régions et d’un animal à un autre de même espèce. Il faudrait donc employer un mélange de corps thyroïdes, ce qui est pratiquement impossible,
Enfin, la glande fraîche se putréfie facilement; les accidents imputés à l’opothérapie thyroïdienne sont dûs en grande partie à la présence, dans les préparations, de produits de putréfaction, à celle de choline, de méthylamine, de produ'ts d’autolyse (les lipoïdes, en particulier, joueraient un rôle important à cet égard), de substances toxiques propres. Ces ‘accidents augmentent d'intensité avec l’ancienneté de la glande, pouratteindre leur maximum versle cinquième ou sixième jour. Ce qui semble bien indiquer qu'ils sont en rapport avec la putréfaction c'esl qu'on peut les observer aussi bien par l’administration d'autres organes, comme le pancréas ou le thymus. On a cherché à débarrasser la glande thyroïde des corps nuisibles, en particulier des lipoïdes et de ses produits d'autolÿyse, peptones et bases, tout en conservant les albuminoïdes et les globulines spécifiques. On trouve aujourd’hui, dans le commerce, un certain nombre de produits répondant à ces indications ; par exemple, la thyratoxine qui ne provoquerait qu’exceptionnellement et à doses élevées des ‘troubles graves (doses : une à deux pastilles par jour, une le matin, une le soir (chaque pastille réprésente 2 gr. 5), pendant huit jours, puis 3 pendant huit jours, enfin 4 pendant le même temps. Huit jours de
repos, puis reprise du traitement aux doses initiales à des doses plusélevées suivant la susceptibilité du malade ; voir posologie pour la marche du traitement). | |
B) Glande thyroïde sèche. — On s’abstiendra donc de donner de la glande fraîche : on lui préférera la glande desséchée à froid dans le vide, qui est la préparation de choix, ou les préparations faites à une chaleur modérée et antiseptisées par l'acide borique.
Il faudra éliminer tout produit ayant une odeur désagréable ; celle de la préparation fraîche est celle de la poudre de viande. S'il s’agit de cachets, la putréfaction est indiquée par l’adhérence des cachets entre eux. à
La glande sèche peut être administrée en cachets, pilules, capsules, comprimés. Sous une forme ou sous une autre, la thyroïde desséchée représente environ cinq fois son poids de glande fraîche.
Un cachet de o gr. 10 équivaut donc à o gr. 50 de glande fraîche.
Un cachet de o gr. 025 équivaut done à o gr. 125 de glande fraiche. |
Un cachet de o gr. 005 équivaut donc à o gr. 025 de glande fraîche. ar
c) Autres préparations. — Nous ne citerons que pour mémoire l'extrait thyroïdien glycériné (repré sentant environ sept fois son poids de glande fraîche: doses 0 gr. 03 à o gr. 05) employé surtout en injections sous-cutanées. Il présente un triple inconvé-
nient : il nécessite la filtration sur bougie; il est: douloureux et peut provoquer la formation d’abcès. Pour parer à ces derniers inconvénients, on tente aujourd'hui d’administrer par voie buccale un extrait glycériné correspondant à son poids de glande fraiche. L’exothyroïdine est un produit commercial répondant à ces indications (doses XXX gouites deux à trois fois par jour dans un peu d’eau gazeuse).
L'iodothyrine de Baumann a été employée avec succès par Lancereaux et Paulesco, Lefebvre, Gaillard. Ce n’est pas une substance définie; sa teneur en iode est variable. Il s'agirait plutôt d’un produit de dégradation. Son activité est bien inférieure à celle de la glande, mais elle est parfois mieux tolérée, probablement parce qu’elle ne contient pas de substances nocives (produits d’autolyse par exemple). Elle pourrait donc être administrée quand la thyroïde desséchée est mal tolérée. Mais nous verrons pl':s loin que l'administration de thyroïde totale à petites doses en restreint singulièrement l'emploi.
En résumé, la préparation de choix est fournie par la glande thyroïde totale desséchée à froid dans le vide. Elle répond aux deux indications énoncées plus haut : activité et totalité des produits glandulaires.
Posoco@iE. — Les doses à employer sont très variables suivant les sujets. Deux règles sont à observer : la médication doit être graduée ; elle doit être surveillés attentivement.
A. — Doses initiales. — Il faudra donc s'inquiéter
d’abord de tâter la susceptibilité du malade. Pour fixer les doses initiales Lévi recommande les précautions suivantes : |
1° {1 faut se préoccuper du mode de réaction des arUculations aux causes les plus variées : fatigue, refroidissement, menstrues, émolions, elc.;
2° Ï] faut préciser dans l’état du malade tous les signes pouvant dénoter, soit d’une façon continue, soit d'une façon paroxystique, les tendances à l’hyperthyroïdie.
Cette notion est très importante. En effet, chez la piupart des neuro-arthritiques, il y a combinaison des signes d’hypothyroïdie ét d’'hyperthyroïdie, cette dernière étant un processus réactionnel. C’est ce que Lévi désigne sous le nom d’instabilité thyroïdienne. On s’efforcera donc de faire rentrer chaque cas dans une des trois catégories suivantes :
Rhumatisants chroniques à instabilité thyroïdienne avec prédominance d'hypothyroïdie.
Rhumatisants chroniques à instabilité thyroïdienne avec prédominance d’hyperthyroïdie.
Rhumatisants chroniques à instabilité thyroïdienne sans prédominance d’hypo où d’hyperthyroïdie. On fera donc la recherche systématique des signés d'hyperactivité de nature spécifique : battements de cœur, tremblements, angoisse, diarrhée, etc., ou bien : excitation nerveuse ou hyperactivité vitale des divers appareils.
Chez les rhumatisants chroniques à hyperthyroïdie manifeste (fièvre facile, battements de cœur, trem-