‹ Rhumatisme chronique: par insuffisance thyroïdienneChapitre 31 sur 43 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

1° Rhumatisme chronique accompagné

de symptômes d’hypothyroïdie

Os I (Lancereaux et Paulesco). — Herpétisme. — Dou-

leurs articulaires. — Sclérodermie. — Traitement par l'io-

dothyrine.

D... Anna, couturière, vingt-huit ans, admise à l'hôpital le 14 août 1898.

Dans les antécédents héréditaires de cette malade on note des signes d’herpétisme ; son père, âgé de cinquante-huit * ans, est chauve et hémorroïdaire ; sa mère, âgée de cinquante-deux ans, a des varices; et la grand’mère maternelle, âgée de soixante-douze ans, est atteinte de douleurs articulaires et de troubles trophiques au niveau des jambes.

Rien à noter comme maladie infectieuse dans les antécédents personnels de la malade.

Jamais de migraines, ni d’épistaxis, pas d’hémorroïdes.

Depuis douze ans, ellé habite un logement humide dans un passage sans air ni lumière, et, depuis l’âge de treize ans, travaille comme couturière dans un atelier encombré et mal aéré.

En février 1897, après quelques jours de malaise et de

courbature, la malade commença à éprouver dans les arti-

culations des doigts et des poignets des douleurs assez

intenses pour l'empêcher de coudre. Elle fut obligée de quitter son travail et depuis lors, ne l’a plus repris. Les jointures des doigts et surtout le dos des mains étaient enflés; mais, au dire de la malade, la peau conservait toute sa souplesse.

Un mois plus tard, elle souffrait dans les coudes et les épaules, puis dans les genoux et les hanches ; les pieds seuls ont été peu atteints. Ces douleurs s’accompagnaient d'œdème périarticulaire plus ou meins considérable ; la malade éprouvait en outre des tiraillements douloureux le long des tendons musculaires.

Depuis cette époque, la malade a presque toujours souffert ; ses jointures se prennent les unes après les autres et

chaque fluxion douloureuse dure cinq à six jours ; les douleurs sont intenses principalement la nuit, au point d’empé-

cher le sommeil. A l’œdème périarticulaire persistant succéda bientôt une pigmentation de la peau qui devint bronzée, commença à s’indurer et à perdre progressivement sa souplesse. Cette pigmentation avec épaississement de la peau apparut d’abord aux mains et s’étendit aux avant-bras. Il ya six mois, sa face était œdématiée, les paupières bouffies ; cet état dura environ trois mois, après quoi apparut une pigmentation bronzée, très prononcée et, peu après, la peau du visage commença à son tour à s'épaissir.

Depuis lors, la pigmentation et l'induration de la peau a envahi les membres inférieurs et ensuite le tronc.

23 août. — On fait prendre à la malade 50 centigrammes d'iodothyrine et chaque jouron augmente d’abord de 25 centigrammes, puis bo centigrammes jusqu’à la dose journalière

de gr. 50, chiffre qui fut atteint le 31 août.

On constata alors que la température se maintenait à peu: près stationnaire, tandis que le pouls avait augmenté progressivement de fréquence jusqu’à 120 (au lieu de 80). La malade rend dans les vingt-quatre heures 1.500 centimètres cubes d’urines (au lieu de 650), d’une densité de 1024 (au lieu de 1034) contenant 22 gr. 80 d'urée (au lieu de 15.60), 18 grammes de chlorures (au lieu de 10 4o)et 2 gr. 17 de phosphates (au lieu de 1 gr. 07); pas de sucre, ni d’albumine. .

Mais ce qu'il y a de plus remarquable, c est que la peau, au niveau des parties sclérosées, s’est assouplie d'une façon très manifeste.

. Le traitement par l’iodothyrineest repris ét interrompu à diverses reprises et sous l'influence de ce médicament on constate la suppression des douleurs articulaires et progressivement l'amélioration des lésions de la peau.

Après quatre mois de traitement la peau a repris en grande partie son aspect normal et la malade peut coudre,

ce que, depuis deux ans, il lui avait été impossible de faire.

Oss. 1I (Lancereaux et Paulesco). — Herpétisme. — Rhumatisme chronique et goutte. — Artério-sclérose généralisée avec hy pertrophie cardiaqueet sclérose rénale,polyurie nocturne, albuminurie. — Traitement par l'iodothyrine.

CG... Philippe, employé de commerce, âgé de trente-six ans, entre dans notre service le 16 juin 1808.

On ne note rien de particulier dans les antécédents héréditaires de ce malade. /

Il a eu la scarlatine à l’âgé de sept ans, mais n’a pas eu d'autres fièvres éruptives ; n’a pas eu la fièvre typhoïde, mi les fièvres palustres, ni la syphilis.

Étant jeune, il n’a présenté aucun symptôme d’herpétisme ;

ainsi, il n'a pas eu de migraines, ni d'épistaxis, ni d’'hémorroïdes ; mais,à l'âge de dix-sept ans, il eut des douleurs articulaires. dans les chevilles, et, à vingt ans, dans les deux genoux que l’on fut mème obligé de ponctionner. Depuis lors, presque tous les ans, il a des douleurs, qui se localisent au niveau des diverses jointures et principalement aux mains et aux pieds.

Il ya trois ans, il vit apparaître des {ophi uratiques sur les pavillons des oreilles et au niveau des articulations des deux doigts de la main gauche (index et médius) et l’année dernière, il eut un accès de goutte aux deux gros orteils.

Il y a deux ans, le malade entre à l'hôpital Tenon (service de M. Hirtz) pour des douleurs articulaires ; là on constate la présence d’une certaine quantité d’albumine dans ses urines. Mais déjà avant cela, c’est-à-dire depuis plus de trois ans, le malade estdans lanécessité de se lever la nuit pour uriner. Il rend dans les vingt-quatre heures environ3 litres d’urines, dont 2 litres la nuit et 1 litre Le jour.

Depuis deux ans, le malade a remarqué que, de temps à autre, la quantité de ses urines baïsse, et alors, il est pris de céphalée en casque, accompagnée souvent de vomissements biliaires. En outre, chaque attaque de rhumatisme est précédée de un ou deux jours par une diminution subite de la quantité des urines, qui, au lieu d’être pâles, deviennent troubles et colorées.

Il nous faut ajouter que cet intéressant malade présente des troubles vaso-moteurs et trophiques des extrémités : ses pieds et ses mains deviennent souvent blancs, exsangues et engourdis ; parfois au lieu d’une vaso-constriction,on observe

une vaso-dilatation et alors ses ongles deviennent violacés ;

ce 98 a ce dernier phénomène précède ordinairement les accès de goutte. En outre, il y a deux ans, il aurait eu une abondante hématémèse, à cause de laquelle et de l’albuminurie, il fut mis au régime lacté, qu'il a suivi depuis lors, mais pas d’une façon stricte.

Cet homme vit dans de bonnes conditions hygiéniques, il ne boit pas, du moins d’une façon excessive et ne présente pas de signes d'intoxication par les boissons dites alcooliques. . F

Depuis l’âge de quinze à dix-huit ans, il a travaillé dans une imprimerie, mais il n’a présenté aucun signe d’intoxication par le plomb. |

À partir de dix-neuf ans, il fut employé de commerce dans un magasin de draps; mais, depuis trois ans, il a été obligé de quitter cet emploi à cause de ses douleurs articulaires qui l'empêchaient de porter des pièces de draps, parfois très lourdes. Bien plus, à cause de ces douleurs articulaires qui ne le quittent pour ainsi dire plus, il ne peut prendre aucun emploi, entreprendre aucun travail, car à chaque instant il est obligé de les interrompre.

En février 1898, le malade est pris de douleurs dans le coude gauche et dans les deux maïns et depuis lors il a cessé tout travail. | | |

C’est un homme robuste, bien constitué, trés poilu ; sa face est colorée ; il n’est pas obèse. Il présente un commencement de calvitie, de l’acné sur le visage et sur le dos. Il est myope

et a un peu de blépharite ciliaire. Sur le pavillon de l'oreille

droite il existe un tophus uratique, blanchâtre, du volume

- d'un petit pois. |

Le cœur fest volumineux; on voit sa pointe battre dans le

nt M cinquième espace à 12 centimètres de la ligue médiane. L'impulsion cardiaque est très forte, les battements réguliers, et à l’auscultation, on constate, un renforcement très manifeste du deuxième bruit aortique qui est claquant. Les artères temporales sont très sinueuses; les radiales, elles aussi sinueuses, sont dures, résistantes ; le pouls (60 par minute) est régulier, fort, presque bondissant et très tendu.

Les poumons sont normaux; il en est de même du foie, dont le bord antérieur dépasse à peine le rebord costal et de la rate,qui mesure 9 sur 14 centimètres.

Les jambes ne sont pas œdématiées ; la main, appliquée au niveau des genoux, perçoit des craquements intenses. Les rotules sont déformées ; leurs bords internes sont le siège d'ostéophytes.

Il a aussi des oignons et des iroubles trophiques des ongles des orteils, qui sont durs, épais, brunâtres, inégaux et rugueux à la surface.

Ce malade présente aussi une rétraction du tendon du biceps gauche ; aux mains, il a des troubles trophiques consistant en ostéophytes volumineux, surtout au niveau des articulations inter-phalangiennes de l'index et du médius droit.

L'examen ophtalmoscopique, à part la myopie, ne révèle rien de particulier.

A son entrée à l’hôpital, le malade fut soumis au régime lacté et on lui fit prendre 1 gramme de KI par jour, mais il présenta des phénomènes intenses d’iodisme et on fut obligé de suspendre cetté médication.

Il se plaint, de temps à autre, de douleurs articulaires,

pour lesquelles on prescrit de l’antipyrine.

Le malade rend dans les vingt-quatre heures environ 3 litres d’urïne ; dont 2 et même 2 litres 1/2 pendant la nuit et 500 centimètres cubes seulement dans la journée : d’une densité variant entre 1010 et 1015, elles contiennent environ 3 à 4 grammes d’albumine (par vingt-quatre heures).

10 octobre.— On fait prendre au malade 50 centigrammes d'iodothyrine de Baumann et les jours suivants on augménte de 50 centigrammes jusqu’à la dose journalière de 4 grammes. .

Le malade présentant quelques troubles d’hyperthyroïdisation, on suspend le médicament le 22 octobre.

3 novembre. — Le malade rendait 3 litres d'urine (2 litres le jour, 1: litre la nuit), d’une densité de 1015 et qui renfermait par vingt-quatre heures 26 gr. 88 d'’urée, 31 gr. bo de chlorures, 1 gr. 50 de phosphates et 3 grammes d’albumine.

6 novembre. — On fit de nouveau prendre au malade 5o centigrammes d’iodothyrine, et on augmenta progressivement de 50 centigrammes Chaque jour, jusqu’à la dose journalière de 6 grammes (qui fut atteinte Le 18 novembre). La quantité des urines reste stationnaire, mais le pouls augmente de fréquence et oscille entre 100 et 120 par minute.

1e" décembre. — On supprime l’iodothyrine et, ce jour-là, le malade rend 4 litres d’urine (dont 3 Ja nuit), d'une densité de 1016 et qui renferme par vingt-quatre heures 51 grammes de chlorures, 2 gr. 5o de phosphates et seule-

ment 1 gr. bo d’albumine.

Le malade a maigri de 8 kilos ; néanmoins, il se sent bien,

est plus vif, plus alerte et n'a plus de douleurs articulaires.

Son facies est excellent et l’acné de la face et du dos, si

Page 1