‹ Rhumatisme chronique: par insuffisance thyroïdienneChapitre 40 sur 43 · ISI · texte numérisé non relu

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À partir du mois de septembre, ectte malade fut soumise à l'opothérapie tyroïdienne par M. Léop. Lévi, qui a noté les résultats suivants: de septembre 1907 à fin mai 1908, elle a pris 316 cachets de o gr. 10 d'extrait thyroïdien. Assez rapidement, à partir du douzième cachet, elle commence à éprouver le bienfait de cette médication ; elle est moins nerveuse, a plus d’appétit, souffre moins et ne pousse plus de cris quand on la de Elle commence à faire quelques légers mouvements du coude et des doigts dela main droite. Le traitement est interrompu pendant dix jours et les douleurs reparaissent. On l'y remet et le bienfait reparaît : moins de douleurs, moins de raideurs, appétit et sommeil meilleurs, urines plus abondantes En décembre, on double les cachets. L'amélioration continue: les douleurs ont disparu etles mouvements sont moins pénibles. On suspend encore les cachets pendant dix jours, la réaction et les douleurs disparaissent, mais les progrès dans les mouvements du bras droit se sont maintenus; par contre, ils ont disparu dans le bras gauche. A la fin de décembre, malgré une interruption de cinq jours, les douleurs ont disparu etles mouvements sont plus faciles. Elle écarte la jambe gauche, fléchit et étend le pied, fléchit un peu le genou droit, écarte la jambe droite. Elle lève la main droite, remue les doigts des deux mains et soulève l’épaule gauche. Peu à peu Îles progrès s'accentuent, et la malade est parvenue à déplacer le membre inférieur droit, à croiser la jambe droite sur la gauche, à remuer la tête ,à soulever les deux bras, les deux mains en même temps, etc. L'état général participe à cette anélio ration.

Au milieu du mois de mars 1908, surviennent brusque-

LE. Pain 12

ment des phénomènes nouveaux: fièvre, toux, expectoration sanglante (hémoptysie) qui durent une quinzaine de. jours. Le traitement n’est pas interrompu et les bons effets se maintiennent et s'accentuent.

| 1° juin. — Apparaît une diarrhée qui fait cesser l’opothérapie. Mais la diarrhée ne disparaît pas; elle s’installe et reste rebelle à la thérapeutique; les selles sont très fréquentes (dix à quinze par jour) et fétides. Cette diarrhée affaiblit vite la malade. Le muguet se montre le 17 juin et la malade meurt dans la cachexie le 26.

Autopsie.— Nombreux follicules tuberculeux non ramollis au poumon droit. |

Cœur : épaississement valvulaire au niveau de la tricuspide ; légère dilatation de l'oreille droite.

Foie d'aspect gras.

Pas d’autres lésions notables.

Surrénales normales.

Le corps thyroïde à une configuration régulière, mais il est petit et ne pèse que 18 à 20 grammes,

Examiné histologiquement, il présente une infiltration leucocytaire récente et diffuse sans sclérose, aveé, par places, des nodules infectieux qui rappellent parfois les follicules tuberculeux. Les vésicules thyroïdiennes sont de volume différent, mais il en existe un très grand nombre qui sont très petites et plus ou moins privées de substance colloïde. | à

Lésions altératives très nettes de rhumatisme chronique (qui n’ont rien de commun avec la tuberculose) au niveau du

genou et du coude droits. .

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Os. XL (A: Souques). — Rhumatisme chronique. —

Glande thyroidienne.

Te x ï . u à \ 4 Viard... quarante-six ans, typographe. Père mort, à soixante-treize ans, de broncho-pneumonie ; il souffrait de temps en temps de douleurs. Mère morte à soixante-seize

ans, de cirrhose du foie : elle n’était pas rhumatisante. Il est

lui-même l’avant-dernier de six enfants dont trois sont

morts peut-être de tuberculose. Le malade était enfant à cette époque et vivait avec ses frères et sœurs. Il lui reste un frère et une sœur plus âgés que lui, qui s6nt bieu portants. Le malade est marié depuis treize ans: sa femme, hémiplégique, est hospitalisée à Ivry ; son hémiplégie mise | à part, elle est très bien portante. Ils ont eu un seul fils, âgé de douze ans, qui serait assez chétif.

Né dans des conditions normales, nourri au sein, Viard.… a eu dans son enfance des angines à répétition, mais n’a présenté ni scrofule, ni toux. Robuste et vigoureux, il a fait son service militaire en Algérie, où il aurait eu pendant quelques jours des fièvres intermittentes. En sortant du régiment, il a appris son métier de typographe, quil a continué jusqu'au début de son rhumatisme, c’est-à-dire jusqu’à trente-cinq ans, sans avoir éprouvé d'accidents saturnins. Blennorragie en 1890, guérie en quelques semaines sans complication. Pas de syphilis. A signaler encore des attaques de migraine, seulement une ou deux fois par an, depuis l’âge de vingt-cinq ans.

Le début de la maladie rhumatismale s’est fait subitement,

dit-il, au mois de juin 1898, pendant une promenade. Il res-

sentit brusquemment une douleur dans le genou gauche ; il

eut beaucoup de peine à rentrer chez lui et il fut obligé de s’aliter ; le genou était douloureux'et gonflé. Pendant son séjour au lit, le genou droit se prit à son tour. Au bout de trois mois, quand il fut guéri. il put reprendre son travail, mais il se fatiguait plus vite qu'autrefois. Trois semaines après, nouvelie attaque de douleurs dans les deux genoux.

En 1900,ilétait alors concierge et habitait une loge humide; il fut pris au mois de juillet d’une poussée rhumatismale généralisée qui dura six mois et qui se serait accompagnée d'un peu de fièvre. Les poussées précédentes auraient été apyrétiques. Toutes les jointures ou presque toutes : cou, mâchoires, épaules,coudes,poignets, doigts,genoux, chevilles orteils furent prises. Les hanches restèrent intactes. Les mains devinrent raides et se déformèrent en six semaines ; à la suite de cette crise elles restèrent déformées comme elles le sont aujourd'hui. Pendant un an, il fut incapable de travailler puis il survint une alccamie.

En 1902, nouvelle crisè qui dura plusieurs mois et se généralisa, en respectant les hanches. Les jointures se prenaient de plus en plus.

Un peu plus tard, il fut pris d’une affection sur laquelle le sujet renseigne mal. Le médecin qui le soignaïit, tout en faisant le diagnostic de grippe, aurait craint une phtisie galopante. |

Nouvelle crise rhumatismale en 1903. En décembre 1904, douleurs plus fortes et progression lente du mal. Enfin, en décembre 1905, il'entre à l’hospice des Incurables à Ivry.

2e malade fut examiné, pour la première fois,en mai 1905.

Il se plaint de douleurs continuelles (des pieds à la tête)

qui troublent son sommeil, de gêne dans les articulations et

CE. cmd

d'impotence fonctionnelle. Les articulations temporo-maxillaires sont prises aïnsi que celles du cou, et leurs mouvements

limités.

Aux membres supérieurs,les mouvements des épaules sont

très limités ; ceux du coude sont incomplets. Les poignets sont moins pris,les mains sont remarquables par leurs déformations très accusées : déviations en masse vers le bord cubital, ankylose des articulations métacarpo-phalangiennes, flexion des premières phalanges sur le métacarpe, extension des deuxième et troisième. Cette déviation s'est faite symétriquement, sans grande déformation des articulations phalangiennes.

Au membres inférieurs, les hanches sont respectées. Les genoux son en demi-flexion et les jambes ne peuvent être étendues. Les articulations tibio-tarsiennes sont peu atteintes et les pieds ne sont pas déformés.

Du côté du cœur, rien à noter. Le pouls est à 76, et les artères sont un peu dures. Rien dans les urines.

Le malade tousse depuis quelque temps d’une toux sèche sans expectoration. Il a maigri de 10 kilogrammes depuis son entrée à l'hospice et il a un peu de fièvre le soir (37°8 dans l’aisselle). Quoique l’auscultation ne révèie rien de net aux sommets des poumons, le malade est considéré comme suspect de tuberculose. Une injection de 2/10 de milligramme de tuberculine Pasteur, pratiquée le 21 mai, provoque une élévation fébrile de 4/10 de degré ; une nouvelle injection de 5/10 de milligramme, faite le 27 mai, élève la température de 4/10 de degré. |

En septembre 1907, ce malade fut examiné par M. Léop. Lévi et soumis par lui au traitement opothérapique avec les

résultats suivants qu'il a bien voulu me communiquer. Cet

‘ homme prend d’abord 31 cachets de 10 centigrammes d'hypophyse de bœuf. Du 16 septembre, au 10 octobre, prise de 16 cachets : le malade supporte mieux les douleurs et a un peu plus de liberté dans les mouvements.

Puis, l’état reste stationnaire. Il se plaint d’un engourdissement dans le « gras » du bras. On suspend l’hypophyse à la date du 19 octobre. |

z4 novembre. — Il souffre davantage de ses douleurs et réclame des cachets. On lui fait prendre par jour un cachet d'extrait de corps thyroïde de 10 centigrammes.

& décembre. — (ro cachets). Le malade a moins souffert et les mouvements sont plus faciles : il y a plus de souplesse dans les articulations.

21 décembre.— (25 cachets). Il n’a pas pris de cachet depuis une semaine ; il supporte mieux les douleurs et a plus d’élasticité dans les jointures. Sa tête est moins raide.

Il se sent bien moins nerveux et éprouve moins d'inquiétude et moins d'impatience. L’appétit est meilleur ; le pouls, qui était à 76, est monté à 100. Il faut dire que ce malade avait toujours été nerveux et pleurait facilement ; son nervosisme avait augmenté depuis qu'il était rhumatisant.

Il avait été soigné en 1902 pour une dyspepsie nerveuse. IL avait eu jadis, à la suite d’une émotion, une crise nerveuse avec perte de connaissance, et en avait conservé pendant six

mois un tremblement nerveux.

29 décembre. — (37 cachets). Le malade souffre moins de

ses douleurs ; il croise mieux ses genoux ; il est moins nerveux et plus gai.

11 janvier 1908. — (5o cachets : un jour 1, un jour 2). Les

progrès antérieurs persistent. En outre, il fléchit et étend

ES 187 — davantage le genou droit ; il porte le pied en dehors. Il supporte mieux le froid que l'an dernier.

30 janvier. — (52 cachets). Il reste plus longtemps levé sur son fauteuil qu'auparavant, il a plus d’appétit et de chaleur. Les souffrances sont diminuées, tout en persistant - encore. Il peut tenir des cartes dans les maius, ce qu'il était incapable de faire avant le traitement, Il croise mieux les jambes et peut porter la main droite derrière la nuque.

1° mars. — (82 cachets). Il n'a pas pris de cachets depuis quinze jours, mais l'amélioration persiste. Il peut tourner la tête vers la droite et de même le tronc,ce qu'il ne faisait pas depuis quinze mois, et l’appuyer sur l'oreiller. Les épaules craquent beaucoup moins fort qu’autrefois.Il prend pius facilement les objets dont il a besoin. |

14 mars.— État stationnaire. Le malade se plaint de tousser et d'être oppressé.

28 mars. — (118 cachets). Les douleurs sont attéauées mais persistent dans le dos et dans les épaules.Celles qui siégeaient derrière la nuque ont disparu. 2

!1 se remue mieux dans l’ensemble,a plus de dextérité dans les doigts, plus de force dans les jambes. Il écrit plus faci- Jement. Moins d'inquiétude et moins d’énervement dans les jambes.

Pouls 96.

2 avril. — (131 cachets). Le malade se plaint de fièvre, de toux incessante, d’inappétence.

15 avril. — Le malade n’a pas pris de cachets depuis une vingtaine de jours. Il entre à l'infirmerie pour une toux incessante. Le rhumatisme ne va pas plus mal.

Depuis son entrée à l’infirmérie jusqu'a sa mort, survenue

Le ER

le 16 juillet, c’est-à-dire pendant trois mois, le malade présente des signes nets de tuberculose pulmonaire : toux fréquente, expectoration abondante, fièvre intense entre 38 et : 39 degrés avec ascension vespérale, perte de l'appétit et des forces, amaigrissement progressif, signes sthétoscopiques aux deux sommets. Une hémoptysie est survenue en mai eta LT

duré plusieurs jours: La cachexie progresse et le malade succombe le 16 juillet.

Autopsie. — Cavernes tuberculeuses de moyen volume aux sommets des deux poumons;infiltration récente des lobes moyenet inférieur. Ganglions trachéo-bronchiques augmentés de volume et caséifiés.

Foie un peu gros et légèrement muscade. Un ou deux ganglions mésentériques volumineux etcaséifiés. Pas d’autres lésions viscérales. ù

Corps thyroïde.—Il présente une configuration régulière, mais il est atrophié ; il pèse 17 grammes. A l’examen histologique, on voit que la ‘substance colloïde est appauvrie et que le nombre des petits vésicules paraît plus élevé que normalement. Il y a une sclérose légère et ancienne, surtout périlobulaire, mais envoyant par endroits des tractus périvésiculaires. Il est à remarquer que cette sclérose périvésiculaire est plus: marquée au niveau des vésicules d'aspect normal qu'au niveau des petites vésicules, où elle fait le plus souvent défaut. Si bien qu’on peut se demander s’il ne s’agit pas là plutôt de régénération que d’atrophie vésiculaire véritable.

Lésions articulaires, non tuberculeuses. :

(Souques soulève la question de savoir « si l'opothérapie

thyroïdienne ne pourrait pas produire l’atrophie du corps à ï [ L

thyroïde, comme l'opothérapie hypophysaire l’a produite sur les lapins. »

Mais les conditions de l'expérimentation sont différentes de celles dans lesquelles on se place dans l'administration de l'opothérapie et il est aussi légitime de penser que «l’atro-

phie est antérieure au traitement et en reste indépendante ».)

O8s. XLI (E. Sergent). — Dégénérescence calcaire du lobe gauche du corps thyroïde et atrophie du reste de la glande dans un cas de psoriasis arthropathique terminé

par myxædème fruste,

Le 16 février 1893 entrait dans le service de M.du Castel, à l'hôpital Saint-Louis, une femme âgée de cinquante-cinq ans, atteinte de psoriasis arthropatique. Elle y mourait un an plus tard, le 3r janvier 1894. Le début de sa maladie datait de dix ans et avait été marqué par l'apparition d'une : poussée généralisée de psoriasis, coïncidanf avec divers troubles de la ménopause. L'éruption avait disparu au bout de quelques mois; mais bientôt une nouvelle poussée était survenue et avait été suivie de,plusieurs autres, se succédant à court intervalle; plus tard il n’y eut plus de rémission; dès qu'un placard disparaissait, un nouveau survenait en un autre point du corps. En même temps, les douleurs articulaires se firent sentir, surtout au niveau des petites articulations, aux pieds, aux mains, au rachis ; les douleurs se montrèrent pour la première.fois cinq ans environ après le début de la maladie, sous forme de crises d'intensité et de durée variables. Elles s’accompagnèrent bientôt de déformations articulaires revêtant le type de poly arthrite déformante pro-

gressipe.

Quand la malade entra dans le service, elle était dans un état d'impotence complète; les mains étaient tuméfiées; les doigts noueux et déviés suivant le type d'extension; les pieds, les orteils présentaient des déformations analogues ; la tête était fortement fléchie et le menton touchait presque le sternum. La malade ne pouvait redresser la tête, et toute tentative exercée dans ce but lui arrachaït des cris de douleur. Les téguments étaient le siège d’une rougeur livide, surtoutmarquée aux bras et aux jambes, où ils présentaient une desquamation abondante à larges lambeaux ; en aucune région il n'existait d'éléments psoriasiques reconnaissables ; la peau et l’hypoderme étaient infiltrés par un œdème dur, lisse et tendu où le doigt ne pouvait laisser d’empreinte en godet. La face était blafarde, les paupières bouffies, le regard atone, les joues flasques, les lèvres grosses et pendantes, les traits immobiles ; l'ensemble de ces caractères donnait à la physionomie un air de profonde hébétude.

L'intelligence était très obscurcie, la mémoire presque nulle ; la malade s'exprimait avec difficulté, en bredouillant d’une façon incompréhensible.

Tous ces troubles s’accentuèrent peu à peu, et, dans les derniers moments de la vie, l'impotence devint absolue ; l'infiltration œdémateuse des membres tourna à l’éléphantiasis, les détormations articulaires enlevèrent aux pieds et aux mains toute forme humaine: la malade tomba dans le gâtisme, puis finit par s’éteindre en syncope, après avoir présenté, pendant quelques j ours, des lypothymies, des intermittences du pouls et des crises de tachycardie.

Autopsie. — Poumons.— Très emphysémateux, anthraco-

siques.

Péricarde. — Distendu par un grand verre de sérosité un

peu trouble.

Cœur. — Volumineux, grande surcharge graisseuse ; très légère insuffisance aortique, plaque d'athérome surla grande vulve de la mitrale; pas de dilatation du cœur droit ni d'insuffisance tricuspidienne; myocarde un peu mou, de

teinte feuille morte.

Foie. —Granité muscade ; sans hypertrophie ni atrophie.

Reins. — Surface grenue, irrégulière, avec adhérences dé la capsule en certains points et grand développement des étoiles de Verheyen ; volume un peu moindre que normalement ; couleur blanchâtre. Les surfaces de section du corps rappellent l'aspect de la néphrite parenchymateuse et montrent les celices distendus par du sable urinaire jaunâtre.

Rate. — Normale à l'examen macroscopique.

Encéphale. — Ne présente rien d’anormal].

Moelle. — A l'œil nu on ñe remarque rien d’anormal.

Ce que je désire surtout signaler c’est la lésion que présente le corps thyroide. |

La première modification qui frappe est une déformation très marquée de cet organe et la pelitesse générale de son volume. |

Le lobe droit est relativement atrophié : il paraît sain à l'examen superficiel; mais sur une coupe, il offre des lésions de goitre fibreux.

L'isthme est respecté.

Le lobe gauche est considérablement atrophié et transformé complètement en un noyau calcifié d'une extrême dureté; en fendant ce noyau, on voit qu'il présente une dis-

position spongieuse.

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