HISTORIQUE
Le rhumatisme chronique progressif déformant n’est vraiment bien connu que depuis l'apparition de la thèse de Charcot en 1853 et de celle de Trastour qui lui est contemporaine. Ces. deux auteurs recueillaient leurs observations à la Salpêtrière, dans deux services différents ; Fun dans un service de nerveux, l’autre dans un service de médecine générale, aussi leurs conclusions sont-elles différentes : le premier en fait une affection névrotrophique, le second pense à une arthrite infectieuse atténuée ou chronique.
Depuis on a voulu rattacher ce syndrome à la tuberculose et à la syphilis ; de nombreux travaux ont été publiés avec des obesrvations à l'appui. Le Professeur Poncet a montré que la tuberculose était l'origine de quelques cas de rhumatisme chronique ; Dufour et ses élèves ont recherché l'étiologie syphilitique, que E. Fournier avait signalée en 1901.
Le 19 mars 1915, Dufour présente à la Société médicale des Hôpitaux de Paris 3 malades atteints
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de cette affection et présentant tous les trois une réaction de Wassermann positive, il cite de plus 6 observations dont les sujets avaient, soit un Wassermann positif, soit un stigmate de syphilis. Le 20 juillet 1921, il présente un autre malade, syphilitique aussi, et il fait la relation de cause à effet entre la syphilis et le rhumatisme.
Il publie 3 nouveaux cas avec Mme Geismar, en 1923, dont une malade de Carnot et Blamoutier, améliorée par le Quinby, dont le Wassermann, négatif avant le début du traitement, était devenu positif par suite d’une réactivation du tréponème sous l'influence de quelques injections de 914. De même le 20 novembre 1923, il publie > nouveaux cas, tous deux avec Wassermann positif, dont l’un a été très amélioré par le Quinby.
Le 8 juin 1923, Carnot et Blamoutier citaient 2 cas, l’un publié aussi par Dufour, l’autre avec Wassermann positif, double soufle aortique guéri par un traitement arsénical.
Finck, le 4 juin 1921, avait rapporté un cas de rhumatisme chronique dû à une insuffisance thyroparathyroïdienne d’origine syphilitique et très amélioré par le traitement arsénico-mercuriel.
Une observation très remarquable est celle du docteur Félix Regnault, citée dans la thèse de Diratzouyan (Paris 1924). Il s’agit d’un matelot entré à l'hôpital d’Ajaccio en 1916 pour dysenterie. La dysenterie guérie, s’installe progressivement un rhumatisme chronique avec déformations articulaires
typiques. Le Wassermann ayant été positif , On institue un traitement énergique et, en trois mois, le malade était presque guéri.
Vagnon montre dans sa thèse (Lyon 1924) que les manifestations de la syphilis au niveau des articulations sont très nombreuses, tantôt localisées à une seule articulation, tantôt, au contraire, frappant un grand nombre d'articles. Leur évolution est très différente et l'on trouve, à côté de formes torpides, des manifestations réactionnelles beaucoup plus franches. Parmi ces modalités cliniques de la syphilis articulaire, il en est qui, par leur marche chronique ou leur tendance à la généralisation, doivent être rangées dans le groupe des rhumatismes chroniques infectieux.
Les rhumatismes chroniques syphilitiques apportent des caractères cliniques et radiologiques différents : Vagnon décrit un rhumatisme ostéophytique, un rhumatisme progressif déformant (forme noueuse), une forme fibreuse, une forme ankylosante et enfin un rhumatisme polyarticulaire polymorphe.
En ce qui concerne Île rhumatisme déformant, qui nous intéresse plus particulièrement, Vagnon rappelle les observations d'E. Fournier (rgo1), de Haushalter (1906), les observations de Dufour publiées dans la’ thèse de Mme Geismar (Paris1922) ; il y ajoute une belle observation inédite due au docteur : Vagnon père : il s’agit d’une femme de 6o ans, dont le mari est mort P. G. Cette femme présente des gon-
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flements très douloureux des mains et des pieds ; tous les traitements sont essayés sans résultat ; un traitement spécifique procure une grande amélioration ; il persiste seulement quelques déformations des doigts et des poignets.
Le diagnostic de rhumatisme chronique syphilitique se fait, d’après Vagnon, par la notion d'une syphilis antérieure, par la coexistence d’autres manifestations syphilitiques ; il est confirmé par les résultats du traitement. Le traitement par le mercure, le bismuth, l’arsénobenzol peut faire obtenir des améliorations considérables.
Voici, d’après Dufour et ses élèves, Îles caractères cliniques qui plaident en faveur de l’étiologie syphilitique du rhumatisme : l’âge relativement jeune du sujet, surtout chez les hommes, les femmes n'étant touchées qu'à la ménopause et en plus petit nombre, le caractère plus vif, plus nettement articulaire de la douleur, l'intensité des arthralgies, l'existence de névralgies, d'atrophie musculaire, de poussées d'hydarthrose, la progression moins régulièrement symétrique et envahissante des lésions et l'atteinte profonde et précoce des grandes articulations : genoux, coudes, épaules.
Radiographiquement, la destruction moins rapide des bandes de cartilage articulaire et le peu de tendance à l'augmentation de volume des extrémités osseuses sont aussi des présomptions en faveur de l'origine syphilitique : l’arthropathie due à la SY-
philis serait une ostéite plus atrophiante qu'hyperostosante avec rareté des ankyloses vraies.
L'opinion de Dufour a été très contredite. Hagueneau et Bernard, le 19 janvier 1923, rapportent 31 observations. Sur ces 31 cas, 30 Wassermann ont été négatifs ; le dernier a refusé qu'on lui prenne du sang, mais il présentait quelques manifestations de syphilis. Ces auteurs distinguent les cas publiés par Dufour, survenant dans la proportion de 60 % chez les hommes à un âge peu élevé, avec des manifestations articulaires et synoviales (dont l’hydarthrose) à poussées successives, différant par conséquent sur de nombreux points de l'entité clinique
décrite par Charcot.
Duhot, le 30 novembre 1923, présente un travail basé sur 51 observations, dans lesquels il n’a trouvé qu'un Wassermann positif, ce qui lui fait dire : « Je ne puis penser à la suite de cette série d’observations que la syphilis provoque le type le plus communément observé de rhumatisme chronique déformant polyarticulaire. Cette étiologie expliquerait d'ailleurs difficilement bien des caractères de l'affection, et notamment sa prédilection pour le sexe
féminin : 35 cas sur DI ».
Chez tous nos malades nous avons recherché soigneusement tout ce qui pouvait nous faire penser à la syphilis ; nous les avons interrogés sur leurs antécédents héréditaires et personnels ; pour les femmes mariées, nous avons insisté sur les grossesses.
les fausses couches (1), la mortalité infantile. Pour tous nos malades, les réactions de Wassermann, Hetch-Bauer, Meiniké et Vernes ont été pratiquées par M. le docteur Ballet, professeur suppléant et chef de laboratoire à l'Ecole de Médecine de Nantes. qui a une très grande compétence en sérologie. Nous publions vingt observations inédites de rhumatisme chronique affectant des malades ayant tous dépassé la cinquantaine; leur maladie est bien caractérisée cliniquement, et, pour la plupart, ils rentrent dans le groupe rhumatisme progressif déformant d'origine indéterminée. Or, sur ces vingt observations, nous ne trouvons qu'un seul cas dans lequel le Wassermann soit franchement positif, et un autre avec une réaction de Meiniké faiblement positive. D'après cette statistique, le rôle étiologique de la syphilis n’est pas fréquent dans le rhumatisme chronique. On pourrait nous objecter qu’il faudrait, pour avoir une opinion définitive, apporter une statistique plus étendue ; nous le reconnaissons, aussi ne donnons-nous notre opinion qu’à titre d'indication.
(1) Tout récemment, Vignes, accoucheur des Hôpitaux de Paris, a montré qu’on exagérait le rôle de la syphilis en ce qui concerne les avortements : d’après certains travaux américains et d'après ses observations personnelles, beaucoup de femmes font plusieurs fausses-couches parce
qu'elles ont une infection chronique de la muqueuse utérine.