OBSERVATION IX
(0. Mollière. Leçons de clinique chirurgicale, 1888.)
Et d'abord, quels sont les divers modes d'envahissement du pied par la tuberculose? La première forme est d'emblée, c'est la forme rhumatismale aiquë. C’est une forme rare, insidieuse. La malade a de la fièvre, le pied est tuméfié, parfois toutes les articulations sont prises. Je l’ai observée quelquefois, mais en particulier chez une jeune fille qui entra dans un service de médecine avec tous les symptômes d’un rhumatisme polyarticulaire aigu. Les symptômes de ce rhumatisme ne furent, en aucune façon, modifiés par le salicylate. La période fébrile une fois terminée, la malade fut envoyée dans mon service, car il restait, du côté du pied, une arthrite douloureuse, avec menace de suppuration. Toutes les autres articulations avaient repris, ou à peu près, leur aspect habituel, mais il y avait encore un peu de fièvre. Chez cette jeune fille, l’arthrite rhumatismale suppura; il y eut tumeur blanche du tarse; finalement, phtisie galopante, Avions-nous eu affaire à un rhumatisme se terminant par la tuberculose? Non, sans doute, l'inutilité du salicylate le prouve Méfiez-vous toujours des rhumatismes sur lesquels cet
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agent n'a aucune prise. Ce sont alors des symptômes rhumatoïdes d'une autre infection. En faut-il un autre exemple que celui du rhumatisme blennorragique? Bref, nous avions affaire, dans ce cas-là, à une phtisie galopante commençant par la périphérie. La jeune fille dont je vous parle mourut de tubercu-
lose pulmonaire,
OBSERVATION X (résumée).
(Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie, 4 nov. 1900).
Rhumatisme articulaire aigu. Ostléo-arthrile luberculeuse consécutive. Arthrolomie. Mort de méningite tuberculeuse.
L, C..., vingt ans, sans antécédents héféditaires particuliers.
Bien portant jusqu'à l’âge de dix-huit ans, il est atteint brusquement à ce moment d'un rhumatisme articulaire aigu qui frappe successivement les genoux, les articulations tibio-tarsiennes, les hanches; au membre supérieur, seuls le coude et le poignet droits sont atteints. Ces différentes arthrites présentent les caractères ordinaires du rhumatisme articulaire aigu : rougeur, chaleur, gonflement, douleur vive. Mais l'état général reste bon, la fièvre est modérée, l'appétit conservé.
Au bout de deux mois, tous les symptômes disparaissent complètement; sauf au genou droit où un peu de raideur et de douleur persistent. ;
Quatre mois après, arthrite progressive de cette même artieulation, avec tous les signes d’une arthrite fongueuse. On porte le diagnostic d'ostéo-arthrite tuberculeuse du genou; l'état général est mauvais; le malade ne tousse pas, mais il a maigri beaucoup, l'appétit et les forces ont disparu.
M. Poncet qui observe le malade pratique sous l'anesthésie des cautérisations profondes intra-articulaires avec le fer rouge, puis le membre malade est immobilisé dans un plâtre.
Trois mois après, les douleurs ont disparu; guérison appapente,
Six mois après, réapparition des divers symptômes précédents avec une nouvelle intensité. On pratique alors l’arthrotomie; on enlève une large plaque de fongosités et un véritable corps étranger du condyle interne. Cautérisations au fer rouge.
L'inoculation des fongosités au cobaye est positive.
Quatre mois après, les symptômes locaux se sont notablement amendés, mais le malade reste pâle et amaigri.
Mort trois mois après d'une méningite tuberculeuse.
OBSERVATION XI (résumée).
(Communiquée par M. le professeur Poncet à l’Académie de médecine, le 22 octobre 1901. Extraite de la Gazette hebdomadaire de médecine el de chirurgie du 27 octobre 1901.)
J. J.., quarante-neuf ans, voiturier, entré à l'hôpital le 29 juillet 1901, Antécédents héréditaires : sœur morte à vingt-six ans de tuberculose pulmonaire.
Antécédents personnels : à quinze ans, polyadénite cervicale ayant disparu sans traitement; à vingt-huit ans, sciatique droite, rapidement guérie, avec quelques récidives légères dans la suite. Rhumes assez fréquents. Boit 2 à 3 litres de vin par jour, deux absinthes et même davantage. Pas de syphilis.
Première attaque de rhumatisme il y a quinze mois; début brusque ; pendant son travail de vives douleurs au niveau des genoux et des cous-de-pied survinrent rapidement; en quelques instants elles devinrent assez violentes pour empêcher la marche. Les jours suivants elles se généralisèrent à presques toutes les grandes articulations : épaules, coudes, poignets, etc., mais sans phénomènes objectifs, sauf aux genoux et aux cous-de-pied où il y eut de la tuméfaction et de la rougeur. En même temps, malaise général, mais pas de fièvre, au dire du malade.
Il entre à l'hôpital, le 3 août 1900, où il est soigné pour du rhumatisme articulaire aigu et traité par le salicylate de soude. Les douleurs articulaires des membres supérieurs disparaissent
en quelques jours, mais celles des genoux et des cous-de-pied durent un mois, et, à sa sortie de l'hôpital le 11 septembre 1900, ces articulations sont encore le siège d'un gonflement indolore qui disparut peu à peu.
Rien de particulier jusqu'au 26 juin rgo7, jour où apparurent de nouveau et aussi brusquement que l'année précédente des accidents analogues, mais localisés cette fois, uniquement au genou et au cou-de-pied droits (douleur, rougeur, tuméfaction). Le malade entre de nouveau en médecine où l'on porte encore le diagnostic de rhumatisme articulaire aigu. Température 38°5 le soir, pendant les premiers jours, puis peu à peu revient à la normale. Les lésions s'’amendent et disparaissent du côté de l'articulation tUibio-tarsienne, mais malgré le sahcylate et l'antipyrine persistent au genou.
On envoie le malade en chirurgie. A ce moment, le genou droit était très tuméfié, la peau lisse, rosée,
La jambe était en demi-flexion sur la cuisse et les mouvements provoqués réveillaient une vive douleur, mais diffuse, généralisée à (oute l'articulation, sans point fixe. Pas de fluctuation, ni d'empâtement fongueux. Pas de blennorragie. On porta le diagnostic de rhumatisme infectieux. de nature indéterminée. Toux peu fréquente; gros râles de bronchites disséminés dans les deux poumons, Etat général satisfaisant.
Le genou est immobilisé dans un plâtre et dans l'hypothèse d'une syphilis méconnue, le malade est soumis pendant quinze Jours à un traitement ioduré qui ne donne aucun résultat.
On pratique alors une ponction intra-articulaire qui donne quelques grammes d’un liquide séreux, louche, non purulent, Ce liquide injecté dans le tissu cellulaire de la cuisse d'un cobaye, entraîna une suppuration caséeuse des ganglions de l'aîne et la mort de l'animal au bout de douze jours.
À la même époque la séro-réaction pratiquée par le Dr Courmont fut nettement positive.
Aujourd'hui (octobre 1901), les symptômes locaux el généraux se sont notablement modifiés. Le genou est le siège d'un empâtement diffus, d'une rénitence fongueuse, effaçant tous les
méplats articulaires et donnant à l’article une forme globuleuse. La rougeur a disparu, la peau est lisse et blonde. Les mouvements provoqués sont moins douloureux qu'au début. La douleur à la palpation est localisée en deux points fixes en dedans, au niveau de l'interligne articulaire et de l'extrémité supérieure du tibia. Les signes cliniques sont nettement ceux d'une ostéoarthrite tuberculeuse,
Le malade tousse ; amaigrissement, sueurs nocturnes, inappétence. A l’auscultation, on constate des râles fins et des craquements aux deux sommets, surtout à gauche.