FORMES CLINIQUES ET SYMPTOMATOLOGIE
Le rhumatisme articulaire aigu tuberculeux primitif, se présente généralement sous deux formes, la première, la moins importante, la forme arthralgique n'étant souvent que le prélude de la seconde, la forme aiguë rhumatismale.
Les ar(hralqies, signalées depuis longtemps chez les tuberculeux avérés (Beau, Perroud, Weill), existent aussi comme premier signe de la tuberculose : provoquées ou spontanées, elles sont généralement légères, imprécises, se rencontrant au niveau de toutes les articulations, et accompagnées fréquemment des autres manifestations articulaires du rhumatisme tuberculeux, myalgies, névralgies, sciatiques, etc. Malgré le vague de leurs symptômes, à cause même de ce manque de précision elles présentent une certaine importance elinique, ne devant pas être confondues {confusion d’autant plus facile que ces douleurs siègent de préférence au niveau des portions jJuxta-épiphysaires des os longs) avec des ostéites, avec des douleurs de croissance.
Se fixant avec persistance sur une ou plusieurs articulations, ces arthralgies deviennent l'indice d’une attaque aiguë du rhumatisme tuberculeux.
NE
L'arthrite rhumatismale aiquë débute le plus souvent brusquement sans prodromes, ce qui rend difficile, souvent même impossible, d'en reconnaître immédiatement la nature véritable.
La douleur existe toujours, mais généralement supportable, de moyenne intensité. Dans certains cas cependant, par sa seule présence, elle provoque de l'impolence du membre atteint, empêchant le malade d'écrire (obs. VI) ou de marcher (obs. VIT).
La température est peu élevée le plus souvent, nulle parfois. L'état général reste bon ; le malade ne présente pas le facies du vrai rhumatisant : dans une seule observation nous notons la coexistence d'un souffle cardiaque (obs. XVII). Si les artropathies durent longtemps, tous les signes de l'infection générale s'installent peu à peu et, sauf dans les cas qui guérissent, soit complètement, soit par arthrite ou rhumatisme chronique, l’amaigrissement devient rapide, la fièvre s'allume : on a alors tous les symptomes d'une tuberculose osseuse ou viscérale.
La tuméfaction se rencontre dans tous les cas, mais n'a pas les caractères précis du rhumatisme articulaire aigu franc. Rougeur, élévation de la température locale manquent rarement. Peu où pas de liquide épanché.
Comme siège, le rhumatisme tuberculeux primitif semble avoir une prédilection marquée pour le genou (une fois sur deux dans nos observations), puis viennent, par ordre décroissant, la tibio-tarsienne, le poignet, le coude, la hanche. Il peut être généralisé dans les formes graves: parfois, rarement monoarti-
pi culaire ; le plus souvent, il occupe deux ou trois artieulations au maximum, il est surtout o/igo-articulaire.
Des plus variables dans sa durée, cette affection peut ne donner qu'une seule attaque de longueur indéterminée persistant parfois pendant six mois (obs. XI). Il peut être mobile, passant tous les huit jours à une autre articulation (obs. V); mais, ce qui le distingue du rhumatisme france, 1l revient rarement à la première articulation malade.
Cette description des symptômes du rhumatisme tuberculeux primitif ressemble donc à celle de tous les rhumatismes infectieux. M. le professeur Poncet insiste sur le début plus brusque, sur la douleur plus ultra-articulaire pour le distinguer du rhumatisme vrai. Ces différences ne suffisent pas à séparer complètement les deux affections, les manifestations articulaires tuberculeuses primitives ayant parfois même mobilité, même curabilité que le rhumalisme franc aigu.
Quant au mode de terminaison, le classement de nos observations l’a déjà indiqué :
1° Après l'apparition brusque, chez les sujets en pleine santé où paraissant l'être, des phénomènes articulaires douloureux, généralisés souvent, fébriles, se manifestent des symptômes de {uberculose. La période rhumatismale primitive est courte, une seule attaque en règle générale, les arthropathies s’'amendent progressivement ou persistent jusqu'à la fin, dominées par les symptômes généraux d’une infection bacillaire qui, tantôt est généralisée (obs. I, IT, IIT, IV) tantôt donne des lésions pulmonaires (obs. V, VI, VII),
PU lanlôl une affection tuberculeuse, plus localisée (obs. VIII.
20 C'est la forme la plus commune, celle dans laquelle le rhumatisme articulaire prend des caractères d’une arthrite fongueuse, d’une tumeur blanche (obs. de IX à XV) qui évoluent parfois très lentement, laissant croire souvent à du rhumatisme chronique. Dans cette seconde classe, l'affection s’est localisée au début à deux ou trois articulations au plus, persistant plus longuement dans celle qui sera plus tard le siège d’une manifestation plus grave de la tuberculose. C'est dans ces cas aussi que les attaques de rhumatisme sont en général multiples, ayant une préférence marquée pour les grandes articulations.
3° La dernière modalité de terminaison de cette manifeslation articulaire de la tuberculose, modalité qu'il serait important de bien connaïtre, mais que rien jusqu'ici ne permet de déceler au début, comprend les cas, les moins nombreux 1l faut bien le dire, où l’envahissement des articulations fait place, au bout d'un temps plus ou moins long, soit à une disparition complète, totale des phénomènes inflammatoires, à une guérison réelle, soit à une arthrite sèche ou à une arthropathie chronique. Les grandes articulations sont-elles prises, les lésions terminales se rapprochent plutôt de l’arthrite sèche ou de l’arthrite ankylosante plastique (obs. XV). Dans les cas de guérison, on a aflaire pendant un certain temps à une hydarthrose banale ou à de simples phénomènes inflammatoires promptement guérissables, Mais rien dans l'invasion des articulations, rien dans les symptômes (ei ce n'est
rs peut-être (obs. XVI) l'apparition très rapprochée du début du rhumatisme, d’une tuberculose cutanée), rien ne nous laisse prévoir celle heureuse terminai-
son.