OBSERVATION IV
(Communiquée à la Société médicale des Hôpitaux, 18 octobre 1901, par M. F. Bezançon et extraite du Bulletin de la Société médicale des Hôpilaux, 24 octobre 1901.)
Pseudo-rhumalisme luberculeux.
Tuberculose généralisée des séreuses.
X..., âgée de vingt-quatre ans, ne présente aucun antécédent tuberculeux et a toujours joui jusque-là d'une bonne santé, troublée seulement par quelques crises d'hystérie. Fille d'alcoolique, elle a un peu abusé du vin pur, de la bière et aussi des essences,
Le début de la maladie remonte au mois de février 1900 et se traduit par une faiblesse générale que rien n'explique en apparence et, de temps à autre, par dessyncopes.
En juillet 1900, on constate pour la première fois une hydarthrose du genou, qui prend subitement un développement con-
sidérable et ne cède qu'au bout d'un mois, après compression énergique et applications de pointes de feu.
Cette hydarthrose est bientôt suivie de phénomènes articulaires qui rappellent la polyarthrite rhumatismale,
Toutes les grandes articulations sont le siège de douleurs extrêmement vives, de tuméfaction et de rougeur; les fluxions sont mobiles et ne se cantonnent guère plus de huit jours sur la même articulation.
La polyarthrite s'accompagne d’un état général grave avec anorexie (olale, nausées, céphalalgie, fièvre oscillant entre 38 et 40 degrés.
Le sulfate de quinine, l'antipyrine, le salicylate de soude ne déterminent aucun soulagement.
Pendant six mois, les accès de polyarthrite avec fièvre élevée se succèdent sans interruption déterminant un état d’anémie extrême.
En décembre 1900, époque où nous voyons la malade pour la première fois, celle-ci souffre de l'articulation du coude et de l'épaule droite qui sont le siège d’un gonflement très marqué; la peau, au niveau de l'articulation, est rouge et chaude, extrêmement œdématiée ; l'impression est qu'il s'agit de pseudo-rhumaüisme infectieux, et non d’arthrite rhumatismale. La température est très élevée, aux alentours de 40 degrés, à grandes oscillations; les sueurs sont extrêmement abondantes, surtout la nuit.
La malade est d'une pâleur extrême; les muqueuses sont décolorées ; à l’auscultation du cœur on perçoit un souffle systolique très intense au niveau de la pointe: le pouls est régulier.
L'examen de la poitrine décèle au niveau de la plèvre droite la présence d'un épanchement.
La rate est volumineuse et perceptible à la palpation sous le rebord costal.
La päleur extrême de la malade, l'hypertrophie de la rate pouvant être symptomatique d’un état leucémique, l'examen du sang de la malade est pratiqué par le D' Leredde, qui ne constate pas de leucocytose appréciable.
: Dans l'hypothèse d'un kyste suppuré de la rate avec pleurésie
de voisinage el pseudo-rhumatisme infectieux, nous praliquons une poncelion exploratrice de la plèvre, et retirons un liquide citrin, clair.
Le cylo-diagnoslic de ce liquide, pratiqué selon la technique de Widal et Ravaut, révèle la présence de nombreux lymphocyles, sans cellules endothéliales, ni leucocytes polynucléaires.
De décembre à avril, la malade continue à avoir de la fievre à grandes oscillations, la température s'élevant parfois Jusqu'à 41 degrés, l'accès s'accompagnant le plus souvent de sueurs profuses; l'hyperthermie coïncide en général avec de nouvelles poussées d’arthrile, des coudes, des genoux, de la hanche: ces poussées s'espacent, d'ailleurs, de plus en plus, et finissent même par disparaitre.
L'épanchement constaté au niveau de la plèvre gauche ne tarde pas à diminuer et des frottements succèdent au silence respiraloire qu'on percevait à la base du thorax, Les frottements sont d'ailleurs perçus dans toute la hauteur de la plèvre, aussi bien au sommet qu'à la base; on les perçoit aussi au niveau de la plèvre droite, mais en moins grand nombre. |
Le ventre de la malade est tuméfié, douloureux spontanément et à la pression, surtout lorsqu'après avoir déprimé la paroi, on fait une décompression brusque; le {ympanisme est extrèmement marqué, el l'on constate tous les signes d'un épanchement libre dans la cavité péritonéale.
La malade à de l’anorexie, souvent des vomissements, des alternatives de diarrhée et de constipation. É
En avril, pour la première fois depuis près d'un an, les poussées d'arthrite et de périarthrite disparaissent, les sueurs deviennent moins abondantes, l'appétit reparaît ; cependant l'anémie reste extrèmement marquée et la malade a peine à se tenir debout ; le souffle persiste à la pointe ; la rate, extrêmement volumineuse, déborde de plusieurs travers de doigt les fausses côtes et tend à pointer du côté de l’ombilic. L'amélioration est de courte durée; la malade accuse une céphalée extrême, les urines deviennent rares, albumineuses et sanguinolentes, les membres inférieurs sont œdémaliés. Après quelques semaines de
AT 2e
régime lacté, l'œdème des membres inférieurs diminue, l'albumine disparait et la malade peut quitter Paris pour la campagne.
Là, au bout de quelques jours, la fièvre qui avait été très peu élevée pendant les périodes précédentes, reparait, accompagnée de frissons et de sueurs profuses ; la malade a du délire nocturne, de l'anorexie complète, elle vomit tous les aliments, même le lait; le ventre est très ballonné, douloureux; le foie est tuméfié; la rate, extrêmement augmentée, descend jusqu'à l'ombilic; dans le péritoine, on constate du liquide en assez grande quantité.
Dans les premiers jours de juillet la malade meurt, après avoir présenté de la raideur de la nuque, une agitation extrême et un état comateux terminal.