‹ Rhythme, exécution et accompagnement du chant grégorienChapitre 100 sur 190 · Chapitre quatrième · texte numérisé non relu

Chapitre quatrième

Tel Alléluia, ici noté en 6e mode, l'est ailleurs dans le 8e, grâce à ce que le \ ton au-dessous de la finale n'apparaît pas ; et vraiment, en dépit de la différence esthétique du caractère des modes, le morceau ne fait pas plus mauvaise figure dans l'un que dans l'autre.

Il existe dans les traits du 2e mode une remarquable progression mélodique. (V. Lib. Grad., p. 183, sur le mot : Longe). Naturellement, comme c'était intéressant, on a eu soin de la supprimer dans le chant moderne.

Admirez cette phrase, mais ne discutez pas trop sur ce thème pour démontrer la beauté du 2e mode, parce que vous la trouvez reproduite note pour note dans des Graduels du 5e. {Lib. Grad., p. [65] sur : et mansuetudinemi)

J'observerai encore qu'une bonne exécution peut seule donner une idée juste du caractère esthétique des modes. En dehors des chants syllabiques, souvent mal exécutés, le plain-chant actuel n'offre pas de sens mélodique suivi ; il n'est donc guère possible de se rendre compte de ce caractère. Que de cadences charmantes ont disparu ! Que de refrains mélodiques, spéciaux à tel ou tel mode et vraiment caractéristiques, sont méconnaissables! De tout cela et de bien d'autres choses, il est résulté une atteinte notable à la physionomie modale des pièces ; et le sentiment, n'étant plus nettement frappé par leur vertu intrinsèque, a été livré aux impressions venant d'autre part. Voici, par exemple, le 4e mode, que les auteurs apprécient de la sorte : « Quartus dicitur fieri blandus^. Or parce qu'il est usité dans les offices funèbres, il semble qu'on ne peut l'employer sans avoir des visions flottantes de corbillard et de tombeaux. Ajoutez à cela qu'il a une finalebien embarrassantepour les harmonistes peu instruits, qui raffolent du faux-bourdon; c'est la cause des anathèmes et des impressions d'horreur contre ce « pelé, ce galeux». Qu'il est amusant de voir la lutte qu'ont à soutenir parfois les maitres de chapelle, quand, un jour de fête, ils refusent d'accoler aune ant. du 4e mode un Magnificat du ton royal !

166 Rhythme du chant grégorien.

§11. Formes mélodiques du chant grégorien.

= A force de répéter : le grave, l'austère plain-chant, on a fini par prendre comme idéal, et par ériger en théorie l'insignifiance mélodique et la lourdeur des morceaux qu'on entend d'habitude. J'ai même vu des personnes de parfaite bonne foi, mais peu chargées d'instruction musicale, se scandaliser du mouvement animé de la phrase grégorienne, de la grâce naïve de ses mélodies et de leur vérité d'expression qui s'impose aux auditeurs. « Mais ce n'est pas du plain-chant ; c'est de la musique ! » Comme si le caractère du plain-chant était de n'avoir pas de mélodie, et celui de la musique d'en avoir et de plaire ! Assurément, c'est de la musique, et de la bonne, de la religieuse ; celle que saint Grégoire, saint Odon et d'autres ont faite, ou enseignée ; tandis que le plain-chant moderne dans sa plus grande partie, grave à faire bâiller, ennuyeux jusqu'à impatienter, c'est de la mauvaise musique.

On remarque que la forme des mélodies grégoriennes n'a pas la carrure sévère du choral. Nonobstant la beauté d'un certain nombre de pièces considérées isolément, l'œuvre chorale, prise dans son ensemble, nous paraît un peu monotone. La mélodie des œuvres alla Palestrina elle-même, n'a pas, tant s'en faut, l'aisance, ni la richesse du chant grégorien. Sous ce rapport il est plus moderne, et a plus de ressemblance avec notre art que la musique ancienne. Tandis que les airs des maîtres du XVIIIe siècle et du XVIIe ont vieilli comme forme, malgré leurs beautés, les mélodies grégoriennes nous semblent encore neuves et très modernes.

Il résulte de ce fait que le plain-chant actuel reste isolé comme un vestige du passé, sans forme rhythmique et partant sans caractère ; mais le chant grégorien devient un art ayant des points de contact, des différences et une filiation. Prenez un Introït, un Graduel, un Offertoire d'une de nos éditions. Quel rapport cette pièce peut-elle avoir,

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