‹ Rhythme, exécution et accompagnement du chant grégorienChapitre 101 sur 190 · Chapitre quatrième · texte numérisé non relu

Chapitre quatrième

pour la facture, l'expression des idées, les formes mélodiques, soit avec l'art ancien, soit avec l'art moderne ? Ce n'est pas facile, puisqu'il n'y a plus ni forme, ni idée, ni style. Aussi, toujours on se rabat sur les modes et sur des spéculations plus ou moins fondées touchant leur origine grecque.

Prenez au contraire la même pièce dans son texte primitif, et vous avez un sujet d'étude bien défini. Sans vouloir ici tout dire, je me bornerai à ces 3 points : le rhythme, le charme mélodique, le style lié.

Le rhythme. Il est libre et, de ce chef, la conduite de la phrase a une souplesse, une variété très grande. Il a sous ce rapport une grande ressemblance avec celui des airs de Scarlatti, Porpora et des vieux maîtres ; mais il a plus de naturel, plus d'aisance. Les appoggiatures, échappées, broderies mélodiques et autres formes revêtent un singulier charme avec cette allure libre du rhythme.

Ce n'est que par exception que, dans la texture d'une phrase, on rencontre des formes régulières persistantes, comme en présentent ces passages :

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pro - tec - tor me - us.

Cette régularité, qui assimile le rhythme libre au mesuré, choque comme quand on scande de la prose à l'instar des vers ; parce qu'il n'y a pas de suite avec le reste. Aussi, doit-on de préférence les atténuer autant que possible dans l'exécution.

Le rhythme grégorien use plutôt de la forme trochaïque que de la forme ïambique, quand il est ternaire ; c'està-dire, qu'il a 2 temps ou notes à Yarsis, et un à la thesis. C'est le contraire dans la forme ïambique qui, pour cette raison, est plus lourde, à moins que sa thesis ne se décompose en deux temps. Aussi le trochée est-il nommé chorée,

(rhythme de la danse) par les anciens. Il est plus élégant d'avoir 2 temps au levé et un seul d'appui, que 2 d'appui et un d'élan.

ES

Jambes.

Ce mélange de formes binaires et ternaires contribue donc beaucoup à l'élégance qui distingue ce chant. J'observerai encore que, nonobstant l'art très grand de sa composition, il y a beaucoup de naturel et d'aisance dans ce rhythme. On a pu se rendre compte que toutes ces subdivisions rhythmiques, toutes les lois que nous avons déduites des faits, sont motivées par la facilité, par l'instinct naturel. Cela est si vrai que les plain-chantistes, qui ont voulu formuler des règles sur le rhythme grégorien, en se basant sur les lois naturelles, ont trouvé un fonds de vérité dont ils ne se sont éloignés qu'en faisant une théorie trop absolue. Ainsi l'égalité approximative en durée des notes, prises en elles-mêmes et indépendamment de leur position, est plus naturelle que des combinaisons de longues et de brèves ; ce n'est qu'en forçant cette idée qu'on est tombé dans le martellement et dans l'absence de divisions rhythmiques. On a soutenu encore qu'il fallait appuyer toujours sur la note culminante des neumes, et des Propres de diocèses ont été refaits d'après ce principe. Il est vrai que dans bien des cas la voix se porte naturellement sur la note la plus élevée ; de là vient que cette note est souvent un point de subdivision et porte une arsis; mais ce n'est pas une règle absolue. Quand cette note est englobée dans un mouvement & arsis, quelle que soit la raison, elle ne saurait être appuyée sans nuire à l'unité du rhythme, et sans produire des combinaisons étranges dont souffre elle-même la bonne déclamation du texte.

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