‹ Rhythme, exécution et accompagnement du chant grégorienChapitre 103 sur 190 · Chapitre quatrième · texte numérisé non relu

Chapitre quatrième

seul aurait assez de matériaux et serait assez familier avec ces études pour réaliser ce projet.

Je dirai maintenant quelque chose du style.

Une chose qui est commune au chant grégorien et à la grande musique de toutes les époques, c'est le style lié.

J'entends par là le legato non seulement des sons, mais des idées, cet enchaînement des membres de phrase, ce développement à longue portée du mouvement rhythmique que les musiciens connaissent et admirent comme le point culminant de l'art, comme le grand style. C'est ce style lié que nous retrouvons, je n'hésite pas à le dire, à sa plus grande perfection dans le chant grégorien. Sous ce rapport, il peut lutter avec le style fugué, les airs de grande facture, le genre alla Palestrina. Grâce à ce legato, il reste toujours noble et distingué, même quand il est charmant et naïf ; toujours calme, nonobstant l'animation de son mouvement d'exécution. Si le critique, qui comparait la Passion de Bach à un chant de psaume, avait parlé des airs de cet oratorio, en les comparant à certaines mélodies grégoriennes, il aurait pu, dans ces termes, proclamer la supériorité de ces dernières qui, sans rivales dans le style lié, ont en outre souvent plus de naturel et de liberté d'allures.

L'interprétation artistique du chant grégorien trouve là sa grande difficulté. Plus on étudie une phrase, surtout une vocalise, plus on sent l'enchaînement de ses parties. Il y a des pièces qu'on croirait plutôt écrites pour les instruments (violoncelle, p. ex.) que pour les voix. De fait, le violon ou le violoncelle, qui n'a pas besoin de respirer, peut seul rendre ce lié d'un bout à l'autre de la phrase ; mais pour le chanteur, il lui faut beaucoup d'art et de soin pour placer ses respirations à propos. Il arrive souvent que plusieurs barres partielles doivent être supprimées ; elles n'ont été mises quad duritiam cordis et pour faciliter l'exécution ordinaire. On fera bien, si chaque choriste respire à sa guise, de ne pas laisser tout le.monde

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prendre sa respiration au même endroit. On obtiendra ainsi que le chœur lie certains passages dont une respiration commune couperait l'enchaînement intime.

C'est grâce à ce lié des membres de phrase et même des phrases entre elles (qui s'enchaînent parfaitement dans leur succession), que les coupures et les soudures de certaines pièces adaptées sont moins défectueuses. Comparez le Répons : Homo quidam, à sa mélodie type dans Virgo fiagellatur (OfT. de Ste Catherine, Processionnelle), ou au Virgo parens (Vespéral), si bien calqué. Vous trouverez que les phrases sont coupées par le milieu ; mais elles s'enchaînent suffisamment et forment une variante de sens mélodique encore acceptable, si l'on ne fait à ces endroits qu'une respiration, comme cela doit être. Voyez encore le Sanchis in Festis Duplicibus ( i 5#) ; comparez aussi X Alléluia, p. 329 ( Lib. Grad.) et celui de la p. [200].

Ce soin qu'avaient les compositeurs du chant grégorien de bien enchaîner les membres de phrase et les phrases, n'a pas été aperçu par les abréviateurs et les plain-chantistes modernes ; ils n'en ont eu cure ; et qui de nous l'a reconnu, ou seulement soupçonné dans notre plain-chant ? Les musiciens instruits apprécieront particulièrement à ce point de vue, et l'art qui règne dans le texte original, et la dégradation du texte moderne.

Ces quelques observations me paraissent indiquer suffisamment le caractère esthétique du plain-chant, autant du moins qu'on peut le faire par une analyse. Il y aurait beaucoup à dire sans doute, mais tout ce qu'on écrira ne vaudra pas la démonstration par l'audition. Ce sera toujours le grand moyen de propagande comme aussi d'instruction, et quand on fera entendre successivement une pièce de plain-chant moderne à côté de la mélodie primitive, on peut être sûr de la décision. Pareillement, tout éloge du chant grégorien, pris en lui-même, ne. sera que lettre morte sans l'audition.

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