Chapitre cinquième
qu'elles soient bien groupées pour former les mots, et qu'à leur tour ceux-ci soient bien divisés pour former des membres de phrase. Vous ne trouvez rien de cela dans l'exemple cité ; une syllabe d'un mot est accolée à un autre. Par suite, adieu la phrase ; adieu le sens ; adieu le vers. C'est Racine, mais défiguré complètement.
Voilà qui est clair et indiscutable. Voyons la même chose en musique.
fr~
Jfi *
Qu'est-ce que cela ? — Un air de Mendelssohn.
Ah ! on ne s'en douterait pas ! — C'est le cas de dire : « Si je ne le connaissais pas, je ne le reconnaîtrais pas. » Mendelshon avait écrit comme cela ? — Non ; il y a bien le texte primitif ; mais c'est de l'archéologie. Enfin, si vous y tenez, le voici :
Faut-il un commentaire pour montrer où sont le rhythme, le sens mélodique et la phrase ? — Non. Que manquaitil donc à cette transcription qui reproduisait cependant toutes les notes ? — Rien que leur groupement en temps et mesures, la détermination de leur valeur, etc.
Passons au plain-chant.
Voici une petite phrase bien facile.(Alleluiadu lundi de Pâques.)
ÉPns:
aile - lu- ia.
Rhythme du chant grégorien.
Cela donne en musique.
aile
lu-ia
Cette petite phrase est claire et d'une facture simple et élégante. Comment a-t-on pu transcrire ?
al - le
lu
Voilà bien, sauf une légère variante, toutes les notes du texte original ; mais où sont les mots, c'est-à-dire les groupes de notes formant les neumes ? Où sont les divisions des membres de phrase, dans la neume ou vocalise qui suit la double barre ? Une seule est conservée. C'est une enfilade de notes, où l'on cherche vainement à reconnaître les neumes distincts et, par suite, la place des temps forts ou des temps faibles.
D'instinct, les bons chantres rétablissent le rhythme en corrigeant, au moins sur un point, le défaut de cette transcription ; car on entend chanter souvent :
au lieu de
•ce qui rétablit les proportions rhythmiques. Mais la finale, avec sa série de 9 notes et son étrange bémol, déroute complètement le sens musical ; et là encore les chantres doublent la pénultième et tentent de rattraper le rhythme.
Voici la dernière partie d'une phrase prise dans le Grad. de Noël : Viderunt omîtes .