‹ Rhythme, exécution et accompagnement du chant grégorienChapitre 111 sur 190 · Chapitre cinquième · texte numérisé non relu

Chapitre cinquième

Jusqu'ici je n'ai pu citer que des fragments de phrases. C'est que le texte primitif ayant été fort peu intégralement conservé, il n'est guère possible de donner des exemples plus longs.

En effet, dans les chants neumés, c'est à chaque page et à chaque ligne qu'on trouve des abréviations.

Nous y verrons une autre source de désordres et de confusion bien plus grands.

§ II. Des Abréviations.

= En parlant des abréviations du plain-chant, c'est mutilation, dévastation qu'il faut dire.

Telle est la pensée de cet article ; il vise à montrer clairement combien le texte original a été défiguré par les prétendues abréviations, et combien le texte du plainchant actuel (il est surtout question des pièces neumées) est un fouillis inextricable de notes.

On a dit que ce travail d'abréviation avait été prescrit par l'Eglise. Bien qu'il y ait eu discussion sur ce point pour connaître si, et dans quelle mesure l'Église avait ordonné cette abréviation, je le concède.

Admettons que l'Eglise ait désiré et commandé ce travail. Je dis qu'elle a bien fait. Cela prouve que le plain-chant, en pleine décadence à cette époque, ennuyait déjà, et que l'exécution lourde et informe de ces neumes paraissait alors, comme aujourd'hui, un pur allongement de l'office. S'il se fût conservé dans ses traditions premières, le chant fût resté une mélodie charmante, dont l'exécution, loin d'allonger les offices, demande généralement moins de temps que celle du plain-chant actuel. Ceci est un fait d'expérience. L'Église désira donc abréger ces longueurs insipides ; elle eût pu tout supprimer. Ce travail d'abréviation, qui eût dû se compléter d'un travail de correction, fut mavais à cause des lumières insuffisantes qu'on avait

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à cette époque. On l'accepta, faute de mieux ; mais rêver pour ces travailleurs une assistance d'en haut et une science infuse ; en faire des Beseleels et des Ooliabs, c'est supposer une chose insoutenable en principe, et qui, de plus, viendrait se heurter contre l'évidence brutale d'un fait. L'examen de ces abréviations va nous le montrer.

Quand on parle d'abréger une œuvre, une tragédie, un texte de maître, tout le mondé convient que ce n'est pas chose facile. Demandez à quelqu'un d'abréger Atha/ie, ou seulement la prophétie de Joad, un texte de Bossuet, une symphonie de Mozart ou un chœur de Bach ; votre interlocuteur esquissera une grimace exprimant l'étonnement, la répugnance et la difficulté. Si l'on a dit : « Traductor, traditor'fr, à combien plus forte raison de l'abréviateur ! Que d'œuvres ne peuvent s'abréger !

On se rappelle en cette matière la réponse de Mozart à l'empereur d'Autriche, disant après l'audition d'un opéra : « Bien ! mais il y a trop de notes : » — « Sire, repartit Mozart, il y en a autant qu'il en faut. » Il serait facile d'appliquer cette réponse à maintes compositions grégoriennes, et de montrer qu'elles ne sont pas susceptibles d'être abrégées. Cependant, si l'on veut absolument faire subir à une œuvre littéraire ou musicale un travail d'abréviation, tout le monde est d'accord que, sous peine de gâter l'œuvre, il faut beaucoup de science et de tact, et de plus une connaissance approfondie de l'œuvre qu'il s'agit de modifier. Mettez un musicien médiocre, hissé jusqu'au solfège, en face d'un air de Bach ou d'une de ses grandes fugues, et dites-lui d'abréger cette musique qu'il ne peut comprendre ; ou bien commandez à un maître d'école, dont l'horizon littéraire ne va pas au delà de l'accord des participes et delà plate correction, d'abréger une oraison funèbre de Bossuet ; ils feront un ouvrage d'ours dans un magasin de porcelaines. Pire encore fut la condition des abréviateurs du plain-chant. Tous, même les plus musiciens, se trouvaient à une époque où la tradition

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