Chapitre cinquième
Le plain-chant moderne y
a substitué :
Al - le
lu-ia.
Cette vocalise (je n'ose dire cette mélodie) sur le mot Alléluia, est-elle assez lourde et assez gauche ? Quant au reste, à la neume, on n'y voit rien, puisqu'il n'y a rien ; sinon qu'une finale très drôle à force d'être écourtée de rhythme et insignifiante de mélodie, surtout comme cadence.
Pas meilleur n'est le remaniement suivant.
am
al-le
lu
C'est un peu plus long, mais tout aussi ennuyeux; aussi l'éditeur s'est-il empressé à la fin du verset de ne pas ramener le neume, comme c'est l'usage parmi les compositeurs du chant grégorien ; mais il arrange tant bien que mal : Melcliisedech sur : Alléluia, et y boute sa finale : la ïit la si la sol, dont la banalité ne laisse rien à désirer.
Melchi
sedech.
Et voilà le lecteur charitablement dispensé d'ouïr la vocalise de i 5 notes.
Nous pourrions continuer cet examen, mais je crains de lasser l'attention. Qu'on me permette de signaler seulement quelques passages, dont on pourra comparer le texte original avec celui des éditeurs modernes.
204 Rhythme du chant grégorien.
Voyez :
Au Graduel : Constitues (Fête de saint Pierre et de saint Paul) la mélodie du mot : principes.
La finale du verset Alleluiatique : Dies sanctificatus, (Messe du jour de Noël), sur les mots : super terram ; et tous les autres Alléluias adaptés à cette mélodie.
La communion : Vox in Rama (Fête des saints Innocents), surtout à partir du : Qui nonsunt.
L'offertoire : Ave Maria (4e Dim. de l'Avent) particulièrement aux mots : Dominus, mulieribus\ gratia plena, etc., etc., etc.
On serait infini, si on voulait relever à la charge du plain-chant moderne toutes les incorrections, les bizarreries, les platitudes, les fautes énormes que certainement ses auteurs n'ont pas eu l'intention d'y mettre, mais qui y sont cependant visibles à tout le monde. Ici c'est une sorte de dessin que l'on a voulu faire pour les yeux avec un amas de notes quelconques, mais dont le résultat pour l'oreille fait sourire.
Ailleurs, la mélodie commence là où elle finissait précédemment. Mais nous aurons occasion encore de relever ces choses dans la suite de ce chapitre. Je terminerai cet article par quelques réflexions.
Il serait puéril et injuste de décrier les auteurs du plainchant remanié. Je l'ai dit et je le répète, la faute en est à leur époque et aux conditions où ils ont dû travailler. Musiciens instruits, pour la plupart, et hommes zélés, ils ont d'abord subi l'influence d'une époque de mauvais goût, comme Fénelon a subi celle de son siècle, quand il compare un mauvais sermon à une cathédrale gothique. (Lettre à P Académie.) Puis ils ont eu à travailler à l'aveugle sur un texte dont la notation était défectueuse, et dont la tra-