‹ Rhythme, exécution et accompagnement du chant grégorienChapitre 123 sur 190 · Chapitre cinquième · texte numérisé non relu

Chapitre cinquième

c'est avec un sentiment parfait de rhythme qu'ont procédé les compositeurs du chant grégorien, sans s'inquiéter des théories de cabinet qui n'existaient pas alors ; mais d'autre part, que l'application de ces théories a produit des remaniements absolument inacceptables. En admettant en effet que l'on voulût remanier les passages en question, pour faire une concession à des préjugés et à des habitudes dont on s'exagère la force et la nécessité, il reste que le travail est à refaire ; parce que celui que nous offrent les éditions modernes n'est pas une modification, mais un bouleversement ajouté à ceux que nous avons précédemment étudiés. Pour observer les prétendues lois d'une quantité qui n'avait que faire ici, on a détruit les lois du rhythme essentielles à la mélodie.

Dans le chapitre sur la théorie du rhythme (94) nous avons déjà vu un remarquable exemple sur les paroles : et adorate Donnnum.

En voici un autre :

Con-gre- ga - vit nos in u - num.

C'est une mélodie d'un rhythme très net et très facile. Or la ire phrase de cette Ant. comprend les mots suivants :

* ■■at>BKB

- - S N ■ Pm %

U - bi cha - ri - tas et a - mor, De-us i - bi est.

Le rhythme binaire conduisait naturellement à placer 2 notes sur le syllabe : ré, et il n'y a pas lieu de s'en scandaliser. D'une part, en effet, l'accent est maintenu sur la syllabe : cha ; de l'autre, il n'est pas mis et il ne doit pas lêtre mis sur la pénultième. Nous avons observé déjà que

Rhythme du chant grégorien.

ces pénultièmes brèves, quand elles n'ont pas plus de 2 notes, ne comportent pas une division rhythmique, mais seulement une subdivision ; c'est-à-dire qu'elles dépendent de Xarsis précédente, et ne sont pas attaquées avec la même force que les syllabes à arsis.

Mais ce qu'il importe de faire ressortir, c'est ce que les compositeurs n'ont pas placé des groupes sur ces notes pour contenter leur fantaisie, ou par ignorance. Ce sont les lois, les nécessités du rhythme qui les ont conduits à cela. On voudra bien admettre qu'en matière de musique le rhythme a son importance, puisqu'il en est la forme. Par conséquent, il a des droits. Si le rhythme poétique autorise des licences grammaticales, philologiques, prosodiques, pourquoi le rhythme mélodique n'autoriserait-il pas cette licence, supposé qu'il y en eût une ? Mais ne pourrait-on pas concilier les deux choses ? — Pas si aisément. — Voyez un peu ce que les réformateurs ont fait de cette phrase à rhythme si simple, en voulant la réformer selon leur théorie des pénultièmes brèves.

Prz%

U - bi ca - ri - tas

et

Adieu le rhythme et son dessin binaire ; et, si vous suivez fidèlement la notation, en observant sur le premier /a un prolongement même très minime indiqué par cette note à queue, c'est une impossibilité complète de retrouver le rhythme.

Or ce que vous voyez ici, c'est ce qui a été fait partout ; partout on a détruit le rhythme.

Voyez cette finale dtX Alléluia de la Pentecôte :

fi- de - li - um

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