Chapitre sixième. — Première partie
Cette harmonisation n'est pas autre chose qu'un accompagnement d'orgue, écrit avec un peu plus d'attention pour se conformer au style vocal ; mais elle est basée sur le rhythme.
On demandera peut-être si l'exécution d'une semblable pièce est chose facile. Je réponds : oui, pourvu qu'on veuille bien observer ce qui suit :
Il est indispensable que tout chanteur connaisse la mélodie harmonisée. Comme il s'agit de pièces fréquemment usitées, ce n'est pas une difficulté. En tous cas, les choristes des parties accompagnantes doivent exercer ou entendre exercer le chant, afin de l'apprendre.
Il ne faudra pas donner à ces choristes une copie contenant simplement leur partie, mais bien la partition entière, comme on le fait souvent. A tout le moins,devrat-on leur écrire le chant au-dessus de leur partie, pour leur montrer la correspondance.
Ainsi préparé, le chœur arrivera facilement à l'ensemble, à cause de la simultanéité des paroles et de l'indication du rhythme ; car chaque changement d'accord se fait à des points déterminés que marque le maître de chapelle, et que le sentiment rhythmique de la mélodie fait pressentir. Là, comme ailleurs, il faut de l'exercice, mais les difficultés ne seront certainement pas grandes.
ARTICLE III. — De l'accompagnement du chant par les instruments.
= Il s'agit ici d'instruments s'adjoignant aux voix, en jouant la mélodie. Entre tous, le quatuor à cordes semble devoir être préféré. Quant à l'emploi d'une contre-basse jouant le chant à une ou deux octaves au-dessous des voix, c'est d'un effet grotesque. Le violoncelle pour les basses et les ténors, et le violon, ou mieux encore Y alto, pour les voix aiguës, sont très convenables.
Pour exercer un morceau, rien n'entre mieux dans
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l'oreille que cette sonorité d'une corde en vibration ; puis, avec ces instruments on rend les effets de lié et d'attaque des notes bien mieux qu'avec un orgue ou un harmonium.
A l'exécution, l'emploi de ces instruments, s'il est fait avec discrétion et habileté, guide les voix admirablement. Celles-ci, mieux assurées, laissent à l'orgue plus de liberté pour rendre son harmonisation indépendante du chant ; enfin, par l'usage de la sourdine, ces instruments prennent une sonorité plus voilée, qui se fond avec les voix et l'orgue, de façon à produire un ensemble d'un très bel effet.
En l'absence d'un organiste capable d'accompagner convenablement, un de ces instruments peut rendre grand service.
Si l'on n'a qu'un harmonium, il vaut mieux, avec un seul jeu et une seule main, suivre discrètement le chant pour le guider, que de viser à produire un ronron plus ou moins bruyant sous prétexte d'harmoniser le plain-chant. L'exécution avec orgue et instruments est sans doute une exécution de luxe que peu de chœurs peuvent se procurer ; mais celui d'une harmonisation de mauvais goût est à la portée de tout le monde. Il est vrai que le chant ordinaire est si peu intéressant en lui-même, que les deux ne se font pas grand tort et vont très bien de pair ; mais si l'on veut une bonne exécution de chant grégorien, il n'y a pas à hésiter, et mieux vaut se passer d'harmonisation que d'en avoir une défectueuse, spécialement quant au rhythme.
= A propos de sonorité instrumentale et d'instruments jouant la mélodie, je dirai un mot de la reproduction du chant dans l'accompagnement.
Certaines personnes y attachent une grande importance, c'est bien à tort; car je ne parle pas ici du plain-chant moderne, mais du chant grégorien restauré. Je suppose le chœur suffisamment exercé ; s'il ne l'est pas, il est préférable de ne pas chanter.