‹ Rhythme, exécution et accompagnement du chant grégorienChapitre 176 sur 190 · Chapitre sixième. — Deuxième partie · texte numérisé non relu

Chapitre sixième. — Deuxième partie

conditionné. Aussi, l'accompagnement d'une mélodie moderne est composé d'après ces mêmes principes. Je puis dire en effet que l'analyse d'un air moderne harmonisé fut mon point de départ. Je retrouvais là une concordance exacte entre le placement des accords et les temps forts du chant, et un rapport évident entre la qualité de ces accords et celle des temps du rhythme. Le rhythme était donc, à n'en pas douter, une base essentielle de l'harmonisation. Dès lors, puisqu'il se retrouvait dans le chant grégorien, il fallait en faire autant. Restait à déterminer les temps forts et les temps faibles; mais, ce travail d'analyse une fois établi, on avait des points de repère précieux et nettement déterminés. Par le rhythme donc, le plain-chant, en harmonie comme en mélodie, se rattachait aux autres branches de l'art musical ; tandis que, sans lui, il reste quelque chose d'informe et d'étrange, un archaïsme et une ruine.

J'espère aussi que l'on aura vu combien le chant rétabli par D. Pothier se prête à une harmonisation claire et rationnelle, parce qu'il est lui-même une phrase mélodique simple et parfaite.

Je causais un jour avec un musicien instruit des travaux de Dom Pothier. Cet ecclésiastique, très prévenu contre eux d'abord, avait vu se fondre ses objections, après une audition de quelques mélodies assez bien exécutées par un chœur de séminaristes, pourtant récemment formé. « C'est absolument neuf! » me disait-il. — « Et parfait!» ajoutai-je. — « Oui, » répondit-il ; « parfait et simple. » — « Eh ! bien, lui dis-je, vous connaissez la valeur des objections que vous m'avez faites sur ce chant ; mais laissez de côté les raisons qui vous ont convaincu que là était bien le vrai chant grégorien ; et regardant seulement à ce que vous venez d'entendre, dites-moi si vous croyez qu'une théorie inventée après coup, un système personnel, pourrait produire quelque chose qui fût de toutes pièces aussi naturel et aussi parfait. Comparez ces résultats pratiques

Rhythme du chant grégorien. iq

avec ceux des travaux de Reims et Cambrai et d'autres plus récents ! » — «C'est vrai,» dit-il, après un long silence : « et plus on réfléchit à cet argument, plus il semble fort. » Je crois en effet que tous ceux, qui auront fait une étude approfondie du chant grégorien, en jugeront pareillement.

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