‹ Rhythme, exécution et accompagnement du chant grégorienChapitre 178 sur 190 · Chapitre septième · texte numérisé non relu

Chapitre septième

conditions ! Le plain-chant y fait l'office de remplissage, d'intermède permettant aux choristes de se reposer ; on le laisse à quelques chantres mercenaires fidèlement chapes et groupés autour d'un livre énorme. Là même où la chose est possible, qui songe à en soigner l'exécution ? Solfier juste et chanter avec ensemble suffit ; c'est souvent le maximum de l'art. Qui parle de phrasé, d'expression, là où, par suite d'absence de rhythme, l'un et l'autre font complètement défaut ?

N'y a-t-il pas des églises plus fortunées ? Oui, mais en trop petit nombre. Là encore vous constaterez deux choses : que la part faite au plain-chant y est bien restreinte, et que l'intérêt produit par son exécution y est bien médiocre.

Avez-vous examiné la physionomie de l'assistance au cours d'un Introït ou d'un Graduel ? Est-ce que les fidèles, musiciens ou non, ont l'air ému ou semblent seulement intéressés ? Point du tout ; ils subissent ces morceaux ; et pour réciter quelques prières ou lire dans leur livre, ils sont obligés de s'abstraire de ce vacarme officiel ('). C'est une observation facile à faire en tous pays.

Il y a quelque temps, j'assistais à l'office des Rameaux dans l'église de l'Oratoire de Londres. On y entend une maîtrise justement célèbre, tant par la beauté des voix (surtout celles des enfants), que par la perfection d'exécution avec laquelle on dit des pièces de styles variés, mais, généralement du moins, très religieux. Les Répons furent chantés en style sévère, imité de Xalla Palestrina. Durant le chant de ces pièces, on pouvait remarquer d'une façon très sensible l'attention de cette foule, où les amateurs musiciens étaient fort nombreux. J'attendais la Messe avec une certaine impatience, me demandant s'il y aurait

i. J'eus plusieurs fois l'occasion de faire chanter dans une chapelle de communauté dont la Prieure me dit un jour : « Quand tel ou tel chœur vient solenniser nos fêtes, mes Sœurs et moi nous approchons de la grille pour lire l'office dans nos livres. Quand vous venez avec votre maîtrise, nous fermons nos livres et suivons l'office en écoutant. » C'est le plus bel éloge d'un répertoire et spécialement du chant grégorien.

294 Rhythme du chant grégorien.

du plain-chant. L'Introït s'entonne en plain-chant !... Aussitôt, mouvement de détente dans l'auditoire. On regarde autour de soi ou vers l'autel, d'autres lisent dans leur livre, afin de s'occuper pendant que passait cette averse de plain-chant. Le Kyrie de la messe : Alterna Christi muncra, de Palestrina, lui succéda ; et l'on vit l'attention se tendre de nouveau. Ce même chœur, qui disait si parfaitement la musique, avait chanté avec justesse et ensemble l'Introït en plain-chant. C'était tout. Amenez donc après cela le concert des éloges que vous connaissez sur l'admirable plain-chant! Je veux bien qu'ils ne soient que la reproduction de ce que les Pères et les auteurs du moyen âge ont dit ; mais ces éloges étaient donnés à un chant bien différent de celui que nous avons, le chant qu'ils avaient fait et aimé ; tandis que ces louanges ne tombent plus que sur des ruines. Ils ne sont plus que les fleurs dont on couvre un cercueil, et ressemblent à l'éloge funèbre d'un illustre défunt.

La cause, on la connaît ; et j'ai tâché de mon mieux de l'expliquer dans tout cet ouvrage. Le plain-chant moderne n'a plus d'air, il n'est plus une mélodie. Comment voulezvous alors qu'il intéresse ? Tout-à-1'heure je rappelais l'indifférence que montre l'assistance des fidèles durant le chant d'un Graduel ou d'un Offertoire, etc. Mais si après vous entonnez une séquence, une hymne bien rhythmées, en chant syllabique, vous verrez un changement à vue. Ceux qui ne chantaient pas auparavant, chantent maintenant ou s'intéressent au chant, et tout le monde est plein d'entrain. Musiciens ou non, artistes et fidèles, tous se réveillent devant une pièce encore mélodique. Demandez à quelqu'un ce qu'il trouve de beau dans le plain-chant. Il ne vous citera ni le Graduel : Viderunt de Noël, ni l'Alleluia : Bealus vir ; parce que ces pièces, si mélodiques dans leur texte primitif, sont absolument déformées dans nos éditions modernes. Ce qu'il citera, c'est une Prose, une hymne, une pièce syllabique ou à peu près, parce que là,

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