‹ Rhythme, exécution et accompagnement du chant grégorienChapitre 179 sur 190 · Chapitre septième · texte numérisé non relu

Chapitre septième

le texte a servi de garde-fou au rhythme et sauvé la mélodie ; et si, par extraordinaire, il parle de quelque pièce neumée, regardez-y de près ; et vous verrez que, dans le passage cité, le texte primitif y est mieux conservé qu'ailleurs. Et pourquoi cet engouement pour tous les airs dont on affuble les Tantum, les Litanies, les Sud tuiim, les Ave maris stella, etc. ; si ce n'est parce que ces airs chantent, parce qu'ils offrent une mélodie plus ou moins convenable, tandis que dans le plain-chant moderne il n'y a rien ?

N'est-ce pas aussi ce qui explique le succès de l'œuvre de La Feillée et consorts, des Messes de Baptiste, etc. ? Cette constatation des faits permet de saisir les données du problème et de conjecturer un peu l'avenir. Le plain-chant ne peut rentrer en faveur et devenir un art qu'à la condition de redevenir une mélodie, selon le genre particulier de chaque pièce ; mais il faut qu'il chante. C'est bien à cela que tendent tous ces efforts faits pour le rhythmer, tous ces essais d'améliorer l'exécution et même le texte des éditions. Nous avons vu quels résultats on en peut espérer. Si l'on en excepte les pièces syllabiques ou quasi syllabiques, les textes modernes du plain-chant ne sont pas susceptibles d'être améliorés au point d'en déduire une véritable mélodie. C'est là une conclusion purement d'ordre scientifique, déduite de l'examen du plain-chant en luimême, et je n'entends pas du tout m'immiscer dans cette autre question d'un ordre tout différent, à savoir : celle du choix officiel d'une édition usuelle. C'est une question très complexe, car les considérations d'art y côtoient celles des dépenses, s'y mêlent avec celles de l'unité, et intéressent l'autorité ecclésiastique. Du reste en l'absence de tout autre motif, les conclusions données ci-dessus suffiraient à me détourner de toute polémique d'éditions usuelles. Parlez- vous en effet des éditions modernes ? — A mon avis, elles se valent toutes, et vous pouvez prendre indifféremment. Lorsqu'on m'a pressé de me prononcer sur la valeur de telle édition et sur le choix qu'on aurait dû

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faire, j'ai toujours répondu : « Entre la goutte, la colique et le mal de dents, d'ordinaire on ne choisit pas ; mais, autant que possible, on se débarrasse de tous ces maux. Or puisque toutes ces éditions ont des vices rédhibitoires ; qu'aucune ne permet de rétablir suffisamment la mélodie, aucune aussi n'éveille ma sympathie; donc en pratique, je m'en débarrasse tant que je puis, en usant de toutes les libertés qu'autorise le cérémonial pour substituer la musique au plainchant. » Oui s'en plaindra ? Je pose en principe ce que tous pratiquent dans la mesure de leurs ressources.

«... Mais si le Liber Gradualis et le Vespéral de Dom Pothier devenaient l'édition usuelle imposée ? ...» Eh bien ! je préférerais qu'on ne les imposât pas, et pareil événement ne me causerait aucune allégresse. Autant j apprécie ces livres et les regarde comme les seuls où l'on puisse chanter le vrai chant grégorien ; autant, présentement du moins, je souhaite peu qu'ils deviennent officiellement choisis comme édition usuelle.

La raison en est, comme je l'ai dit, que je ne crois pas à l'influence d'une pareille mesure pour relever le plainchant ; et je suis convaincu que cette restauration ne se fera pas à coup de décrets, tandis que ceux-ci venant sanctionner les faits accomplis ou encourager les essais de réformes, peuvent être un secours aussi désirable que précieux.

Supposons que le Liber Gradita/is et son Vespéral soient imposés comme usuels. En quelles mains tombera cette édition ? qu'en feront ces chantres, si nombreux, hélas ! dont l'art et la science s'élèvent jusqu'à solfier laborieusement une pièce et à vociférer puissamment! Ils en regarderont les vignettes peut-être ? Si cela leur faisait oublier parfois de chanter, ce serait un bien relatif; mais enfin ce n'est pas le but qu'on poursuit. Passons aux pièces que l'on pourrait dire convenablement. L'introduction brusque et l'usage courant, mais non préparé, de ces livres ne donnera pas de bons résultats. C'est comme si vous imaginiez

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