Chapitre septième
hautes approbations qui ont encouragé ces essais très réussis. Ceci est d'autant plus heureux que là, comme en d'autres lieux, il ne s'agit pas d'une exécution passagère plus ou moins brillamment montée ; mais dans plusieurs chœurs on y étudie continuellement le chant grégorien. Un autre résultat des travaux faits jusqu'ici, c'est que les méthodes nouvelles, les ouvrages spéciaux s'inspirent tous des principes enseignés par Dom Pothier et enseignent à chanter à l'instar du chant grégrorien. En lui-même, ce mouvement d'idées est d'autant plus remarquable qu'il ne provient d'aucun décret ; qu'il est absolument libre et spontané, et qu'il prépare bien mieux la restauration du plain-chant que l'adoption de prime-abord d'une édition usuelle.
Enfin, je dois mentionner que des Propres de Congrégations ou de Diocèses sont refaits en chant grégorien ; plusieurs éditions modernes sont aussi refondues, afin de se rapprocher, autant que possible, du texte primitif. Ce mouvement, dis-je, est aussi incontestable qu'il était inespéré, vu les obstacles de tous genres qui semblaient devoir l'enrayer.
La cause de cette propagation n'a rien de mystérieux. C'est celui qu'exprimait devant moi un jeune choriste avec une spontanéité toute naïve. Je venais d'exercer dans un collège X Allehùa de Pâques, pièce assez difficile pour un début. La plupart des choristes étaient enrôlés dans la fanfare de l'établissement. C'est dire à quelle école leur goût était formé. Après un exercice préalable, en deux groupes séparés, je fis une répétition d'ensemble ; et dès le premier essai, cet élève dit tout haut : « Si c'est ça du plain-chant, c'est aussi beau que de la musique ; ça a un air ! )> Eh, oui ; il y a un air ! c'est toujours le point capital, et le peuple comme les artistes sont unanimes à le dire.
Une autre fois, j'avais appris en une leçon à un chœur nombreux de jeunes filles, groupées de divers établisse-
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ments pour une solennité, l'Alleluia : Beatus Vir. A chaque exercice, il me fallait céder aux désirs de ces enfants, qui réclamaient cette pièce, et la redisaient de mémoire avec une expression intelligente.
Il est superflu de multiplier les faits de ce genre, lorsque tant de lecteurs peuvent consulter peut-être leurs propres souvenirs.
Je n'ajouterai que cet autre ; c'est que dans plusieurs circonstances, j'ai fait jouer du chant grégorien par des instruments seuls. Les exécutants ont goûté cette mélodie, qui dans les comptes-rendus a passé pour de la musique et fut même assimilée à du Schumann par des amateurs. Pareille méprise, à coup sûr, n'arrivera jamais au plain-chant moderne, et je serais curieux de voir l'accueil que ferait à une de nos pièces modernes (Graduel ou Offertoire) un quatuor à cordes ou un violoncelliste solo accompagné de l'orgue. Je ne crois pasqu'on la redemande jusqu'à trois fois, comme cela m'est arrivé pour certaines pièces grégoriennes chantées devant plusieurs musiciens hollandais et allemands. Et pourtant, les travaux de Dom Pothier, alors encore récents, soulevaient en ces pays bien des préjugés !
Voilà la cause de l'accueil favorable fait à cette restauration. La supériorité artistique du chant grégorien est évidente, et c'est là ce qui le fera estimer et propager de plus en plus. Quelle sera la portée de ce mouvement ? Je crois que sa portée doit être celle d'une restauration artistique, c'est-à-dire que par lui le plain-chant doit redevenir un art ; hors de là, ce mouvement n'aurait pas de sens et avorterait sûrement. De quoi s'agit-il en effet ? De relever le plain-chant ; de le rendre quelque chose d'intéressant, de charmant, de beau, qui puisse lutter avec la musique au lieu de lui servir de repoussoir. Pour cela, il faut un bon texte, qui offre quelque chose de mélodique; puis une exécution, sinon parfaite, au moins digne et convenable. Hors de là vous retombez dans la routine, dans la mau-