Chapitre septième
vaise exécution, et ce n'est vraiment pas la peine de prendre du nouveau.
— Je vois le lecteur impatient de me poser la grosse question, pour ne pas dire la grosse objection : « Mais ce chant grégorien est-il facile, et combien pourront l'aborder ? » Voilà une de ces questions complexes qu'on a l'habitude de trancher par un oui ou un non. L'un et l'autre portent à faux sur plusieurs points. Ce sont alors des discussions d'autant plus amusantes que souvent les contradicteurs n'ont pas l'expérience pratique de la chose.
« Le chant grégorien est-il d'exécution facile ? — Qu'entendez-vous d'abord par facile ? Tout est relatif icibas ; il y a facile et facile, comme il y a fagot et fagot.
Ce qui l'est pour une maîtrise exercée, ne le sera pas pour maints lutrins de paroisse. — Puis quelle exécution voulez-vous obtenir ? De l'exécution artistique et finie à l'exécution convenable, il y a des degrés ; et parce que vous ne déclamerez pas comme Talma ou ne chanterez pas comme Faure, ce n'est pas une raison pour s'abstenir de lire ou de chanter correctement et convenablement.
Ceux qui disent : « Le chant grégorien est beau ; mais il n'est pas pratique ; parce que, si on ne l'exécute pas très bien, c'est plus vilain que le plain-chant ordinaire », ceux-là font une application erronée de l'axiome : « Ccrruptio optimi, pessima. » Ils ne réfléchissent pas que le chant grégorien mal exécuté redevient notre plain-chant moderne : voilà tout.
Enfin, lorsqu'on demande si le chant grégorien est facile, de quelles pièces entend-on parler ? Car toutes ne se ressemblent pas, et les Graduels ne sont pas. à ce point de vue, sur le même pied que les chants syllabiques.
Ces distinctions établies, je dis qu'il est facile d'obtenir une exécution convenable d'un chœur capable de quelque chose. On trouve en effet des gens qui le plus sérieusement du monde vous disent : « Bah ! ce chant
302 Rhythme du chant grégorien.
n'est pas pratique ; jamais vous ne le ferez chanter dans les campagnes ! »
Pardon ! on chante souvent mieux dans les campagnes que dans les villes ; mais enfin; si les chantres sont incapables de bien chanter quoi que ce soit, ils ne chantent donc pas mieux le plain-chant ordinaire, ni aucune musique ? Alors rien n'est pratique, et, s'il n'y a rien à faire, pourquoi en vouloir spécialement au chant restauré? Singulier raisonnement ! « Essayez de faire cela. — Avec quoi ? — Avec rien ! — C'est impossible ! — Donc vous n'êtes pas pratique ! »
On n'a pas assez fait remarquer jusqu'ici que le plus difficile à obtenir pour une bonne exécution n'est pas ce qu'il y a de propre au chant grégorien. La bonne qualité de son, l'accentuation, le lié des notes, les divisions de la phrase relèvent de l'art du chant, de la diction, et s'appliquent au chant ordinaire, à la musique, à la lecture, aussi bien qu'au chant grégorien. Ce qui est spécial à ce dernier est restreint à peu de principes, et n'exige pas, tant s'en faut,autant de travail que les choses énumérées plus haut, ou que le solfège musical avec la mesure.
De plus, la notation employée n'use que d'un très petit nombre de signes nouveaux, mais a l'avantage d'aider considérablement le chanteur par la claire distinction de ses neumes et par les divisions de la phrase. Avec elle, il unit ce qu'elle unit, il divise ce qu'elle divise. Que de fois ! après expérience faite, ai-je entendu dire aux maîtres de chapelle qu'il était plus difficile d'amener un chœur à réformer ses défauts que de le faire passer ensuite du plain-chant ordinaire aux mélodies grégoriennes pures.
Enfin, je n'omettrai pas de signaler une autre cause de facilité : c'est le nombre considérable de pièces adaptées à une même mélodie ; et, comme ces adaptations sont faites sur un texte qui se reproduit uniformément, quand vous savez une pièce, vous en savez un grand nombre d'autres, sans parler du retour fréquent de plusieurs d'entre