‹ Rhythme, exécution et accompagnement du chant grégorienChapitre 183 sur 190 · Chapitre septième · texte numérisé non relu

Chapitre septième

elles. Voilà ce qui popularisait parmi les fidèles une grande partie de ces cantilènes et les faisait retenir de mémoire.

Je conseillerais toutefois dans letude et l'exécution du chant grégorien une certaine gradation, afin d'éviter beaucoup d'inconvénients et d'assurer le succès. Je commencerais par faire dire à la Messe ou au Salut une pièce, des plus mélodiques et fort bien préparée, de façon que dès cette première audition, ces mélodies nouvelles s'imposent par une réussite incontestable. Ainsi peu à peu le chœur et l'auditoire se formeraient à l'intelligence de ce chant.

Peut-être même serait-il avantageux d'aborder les pièces syllabiques ou quasi-syllabiques (Proses, Séquences, Antiennes, Hymnes) avant les Graduels, Répons, Alléluias, qui sont généralement moins faciles. Ceci doit être examiné par le maître de chapelle, selon les ressources dont il dispose.

Dès ces premiers essais, s'ils réussissent convenablement, le plain-chant retrouvera l'intérêt qu'il mérite, et obtiendra au répertoire une place d'honneur que volontiers on lui fera de plus en plus large. On ne peut rien faire de mieux que d'exécuter aux Fêtes solennelles quelques morceaux toujours soigneusement préparés. Après une certaine expérience acquise, le chœur pourrait aborder avec confiance l'ordinaire de la Messe et le propre des grandes Fêtes. Si, dans ces solennités, l'ordinaire de la Messe est dit en musique, rien ne sera plus avantageux que d'y juxtaposer Y Introït, le Graduel, X Alléluia, etc., en chant grégorien bien exécuté. L'office alors sera d'un intérêt soutenu, et le répertoire, heureusement varié. Sans nul doute la comparaison sera très favorable aux mélodies liturgiques. Ce n'est enfin qu'après une certaine habitude, acquise par le temps et le travail, que l'usage ordinaire du chant grégorien peut avoir des chances sérieuses de succès.

Ainsi compris et prudemment mené, le mouvement de réforme peut être singulièrement aidé par les encouragements et la sanction de l'autorité ecclésiastique ; mais il

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est à craindre qu'en dehors de cette voie on ne compromette ou le succès du mouvement, ou la sagesse de l'autorité.

Je ne clorai pas ce chapitre sans appeler l'attention des lecteurs sur toutes les tentatives que l'on fait pour sortir d'un état de choses où l'on a si longtemps vécu.

De plus en plus on commence à comprendre que nos offices ont besoin d'une réforme. Je n'ai pas à dire ici ce que doit vouloir et prescrire l'Eglise, qui agira toujours sagement et lentement ; mais je ne veux que constater les idées qui se propagent, les faits qui les expliquent et les essais qu'elles inspirent.

Ce qui perce généralement, c'est un sentiment d'ennui et de malaise vis-à-vis du chant des offices. On dit, parce qu'on le sent, que le plain-chant moderne ne remplit pas le but qu'avait l'Eglise en introduisant la musique dans ses offices ; loin d'aider, il est un obstacle. C'est d'abord l'ennui qu'il cause, à tout le moins l'indifférence avec lequel on le subit. Depuis des siècles, on entend patiemment chaque dimanche ces morceaux que nul n'oserait exécuter dans une réunion musicale, un concert quelconque, parce qu'on serait certain d'ennuyer. La foi des fidèles triomphe de cet ennui ; elle passe par dessus une exécution plus mauvaise encore ; mais quand leur piété devrait être aidée, ils ne peuvent, au sortir de l'église, que répéter :

Prœstet fides supplementum sensuum defectui.

On commence à le comprendre ; de là ces essais pour améliorer le plain-chant, son exécution et son texte ; puis aussi, cet accueil si favorable aux principes traditionnels remis en honneur par Dom Pothier ; enfin cette facilité à substituer la musique au plain-chant.

Constatons néanmoins qu'en France surtout, on est resté fidèle au chant liturgique et que, depuis 40 ans environ, le clergé a montré généralement beaucoup de zèle

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