‹ Rhythme, exécution et accompagnement du chant grégorienChapitre 184 sur 190 · Chapitre septième · texte numérisé non relu

Chapitre septième

pour sa restauration. C'est à coup sûr l'esprit de l'Église. Malheureusement, outre les circonstances particulières et locales qui contribuaient aux mauvaises exécutions, le plain-chant dans sa forme actuelle y aboutit logiquement et devient un obstacle à la réforme.

Comment bien dire un texte défectueux en lui-même ; quel zèle peut-on mettre à chanter des pièces qui n'ont pas de sens musical ? Point de rhythme, pas de divisions, pas de phrase ; on en vient à ne plus envisager que des notes ; c'est ce qui est arrivé promptement. Alors apparurent le martellement et l'exécution à plein poumons, terme logique et fatal du chant sans rhythme, sans neumes, sans distinctions bien établies, qui a créé des habitudes séculaires d'exécution difficiles à déraciner, tant qu'il sera maintenu. Tout maître de chapelle comprendra quel obstacle sera, pour ses tentatives d'amélioration, l'audition permanente d'une pareille cantilène avec son exécution détestable ou simplement défectueuse. C'est l'ornière où l'on glisse ; la routine où l'on retombe de tout le poids d'une vieille habitude. Combler l'ornière, supprimer complètement ce plainchant moderne, comme on doit s'isoler quelque temps de sa langue maternelle pour apprendre une langue étrangère, c'est bien le remède.

On le sent ; mais si la réalisation n'est pas impossible, que de choses à considérer !

Ajoutez à cela cette étrange anomalie: la difficulté d'une exécution passable de ce plain-chant remanié. Oui, ce texte bouleversé dans sa notation et sa constitution ; ce texte manipulé, tronqué, est non seulement impropre aux améliorations, aux restaurations mélodiques, au point qu'il est plus facile de bien dire le texte original que de le corriger suffisamment ; mais ce chant moderne lui-même, qui semble plus facile parce qu'il n'y a plus grand'chose, est devenu encore trop difficile pour un très grand nombre de lutrins. Il est abrégé, et il y a encore trop de notes. Que de paroisses où ceux qu'on se plaît à nommer

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de bons chantres (?) font absolument défaut; et ce nombre s'augmente de celles où il n'y a plus aucun chantre. Voilà donc ce chant qu'on a mutilé pour qu'il fût plus simple, et qui, de jour en jour, devient trop difficile. Tous ces remaniements, détestables au regard de la science et de l'art, ne profitent même plus à la pratique.

Une autre conséquence remarquable de ce que nous voyons, c'est la monopolisation du chant par ces quelques chantres mercenaires, qui viennent chaque dimanche se poster devant un lutrin énorme, pour y démolir une à une les grosses notes d'un Graduel. Pour eux tout morceau de chant est une proie; et il est juste de dire que les fidèles la leur abandonnent volontiers. Comment chanter, quand on n'entend que des cris ou qu'on ne saisit aucun air ? Autrefois dans le chant original, il y avait des neumes, sortes de refrains mélodiques, que leur retour fréquent gravait dans la mémoire des fidèles.

Même dans les pièces réservées à la schola, le peuple entendait une mélodie, se retrouvait en pays connu, quand apparaissaient ces refrains auxquels il ne lui était pas difficile d'unir sa voix. Maintenant, il est profondément désintéressé de ce chant. Exécutez un Graduel à la place d'un Offertoire, telle édition à la place de telle autre, ce lui sera parfaitement égal. — Et les pièces syllabiques, la partie populaire duplain-chaint? Ah! il serait bien désirable qu'il y prît part. Mais avec des chantres qui traînent, crient, chantent mal, croyez-vous qu'il soit aisé de chanter ?

Aussi ne chante-ton pas. Si dans quelques lieux on le fait, c'est que la masse chorale, (peuple ou chœur d'associations pieuses, d'écoles, etc.) a arraché aux chantres sa proie et ne leur laisse pas la reprendre. Ils chantent en dominant le lutrin, et le plus ordinairement en lui imposant silence. Ailleurs, les fidèles viennent assister en spectateurs muets de nos offices auxquels, par suite, ils s'intéressent bien moins qu'ils ne devraient.

Nous devrions nous appliquer le proverbe « Disce ab

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