‹ Rhythme, exécution et accompagnement du chant grégorienChapitre 185 sur 190 · Chapitre septième · texte numérisé non relu

Chapitre septième

inimicis ». Que de fois.en passant devant les églises protestantes d'Angleterre, je me suis dit que ces offices où chantent tous les fidèles sont une leçon pour nous. De grandes pancartes y indiquent le numéro des pièces à exécuter. Chaque fidèle a son Hymn-book. L'orgue prélude avec des cadences toujours les mêmes pour chaque morceau; l'assistance les connaît, elle sait quand on commence, quand on reprend. Souvent à une antienne de grande musique, dite à plusieurs voix par les choristes, succède un choral ou chant populaire toujours très digne, où s'unissent les voix de toute l'assistance soutenues par l'orgue. Et ce n'est pas, me disais-je, avec un cantique en air de romance ou de mirliton, ni avec les alignements de notes du plain-chant actuel que nous pouvons lutter avec cette musique et intéresser ainsi le peuple. Il est curieux d'observer comment à l'étranger, surtout dans les pays du Nord, où l'on a fait si bonne justice de ce plain-chant bâtard pour y substituer de la bonne musique, le peuple aime davantage les offices et y prend part davantage, en y chantant plus et mieux tout à la fois. Peut-être aurait-on dû conserver la partie du plain-chant qui convient au peuple et reste susceptible d'une meilleure exécution, mais je me borne à signaler ce fait curieux.

Encore une fois je ne fais que relever des faits et signaler des idées qui ont cours; mais ce qui en ressort assurément, c'est un problème touchant l'avenir du plain-chant. Quelle que soit la diffusion du chant grégorien restauré, qu'adviendra-t-il du plain-chant moderne, je ne dis pas au regard de l'estime qu'en feront les artistes (la cause est déjà bien avancée, et plus on entendra le texte original, plus la comparaison sera écrasante pour le texte remanié), mais en pratique, dans l'usage, qu'y a-t-il à faire pour que ce plain-chant ne soit plus un obstacle, ni une cause si grande d'inconvénients et de difficultés de tous genres ?

Ira-t-il quelque jour, l'Eglise y aidant, rejoindre les liturgies gallicanes des derniers siècles ? Et le goût du

308 Rhythme du chant grégorien.

clergé et des fidèles s'éclairant de plus en plus, le reléguerat-on dans les décharges des sacristies, avec les bahuts poudreux,les serpents et les bénitiers vert de grisés ? Peut-être. Il y a des faits où se dessine ce mouvement. Je n'en citerai que deux.

Nous avons parlé de ces paroisses où l'on déplore la pénurie des chantres. Les enfants de l'école ou du catéchisme, quelque congrégation ou association pieuse sont toutes les ressources. Il ne faut pas songer à demandera ces chœurs l'exécution du Propre de l'Office. Dire que ces églises sont moins bien partagées que celles où il reste encore deux ou trois braves gens, qui déchiffrent péniblement leur livre, je ne le pense pas. Le Ier Concile de Westminster, après le rétablissement de la hiérarchie en Angleterre, traça cette ligne de conduite fort sage et qui résume bien les recommandations de l'Eglise: <LSatiîts « esse simpliciter Missam lectam fidelibus prœbere, quant « ultra vires solemniorêm tentare ritum, cœremoniis sœpe <ifœde deturbatis, ac musicale inepto concentu, devotioncni « potius pellentc quant excitante. » — « Il vaut mieux se « contenter d'offrir une Messe basse aux fidèles que de « viser à une solennité au-dessus de ses moyens, dans un « office où les cérémonies souvent se feront sans règle ni « dignité, et où l'exécution inhabile du chant met en fuite « la dévotion plutôt que de l'aider. »

Voilà pour les deux cas une première solution.

Cependant, je crois qu'en France beaucoup de curés objecteraient, non sans raison, que la suppression de la grand'messe serait fâcheuse sous plusieurs rapports. Que faire donc ? — En plusieurs diocèses on s'est dit : « Puisqu'il faut une grand'messe ; que l'exécution du plainchant ordinaire est une source de difficultés et ne mène à aucun résultat bien satisfaisant, laissons-le de côté et cherchons autre chose. — Eh ! quoi donc? — Oh ! je ne dis pas que tout ce qui se fait en ce genre respecte la liturgie et mérite d'être conservé, mais en plusieurs lieux s'est

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