‹ Rhythme, exécution et accompagnement du chant grégorienChapitre 186 sur 190 · Chapitre septième · texte numérisé non relu

Chapitre septième

introduit l'usage de psalmodier le texte de l'Introït, du Graduel et de l' Alléluia. Un ordinaire de Messe en plainchant est imperturbablement su et répété par ces chœurs d'enfants ou par le peuple,et l'on a ainsi une messe chantée très convenablement. Cette simplification en est une véritable, et, de plus, rationnelle et avantageuse.

Si je ne puis chanter un air de Haendel, je n'aurai pas l'idée singulière de le taillader pour le planter sur un lutrin de paroisse. Ce serait mutiler un chef-d'œuvre pour ne rien mettre à la place ni comme art, ni comme facilité.

C'est exactement le cas du chant grégorien. On s'est imaginé l'avoir simplifié par des remaniements et des abréviations ; on ne l'a que mutilé, et cette ruine est encore d'une étude trop difficile pour beaucoup de lutrins. Comme pour mon air de Haendel, je le laisserai tranquille et prendrai autre chose ; c'est ce que l'on a fait en usant de l'expédient signalé, et c'est pourquoi il me paraît être rationnel.

Je le crois aussi avantageux, car il procure à peu de frais une exécution convenable de ce Propre de l'Office qu'il est si malaisé de rendre intéressant. Du même coup, on aura plus de loisir et de facilité pour améliorer l'exécution des morceaux que l'on peut conserver, et notamment de la partie du plain-chant qui convient au peuple.

Ceux qui acculés par la nécessité ont trouvé cet expédient, je les honore ! Beaucoup de courage, d'initiative et d'intelligence sont nécessaires pour sortir de l'ornière, nettoyer le vieux matériel des sacristies, et mettre enfin un terme à l'ennui séculaire d'entendre épeler des notes en disant un beau jour : « C'est assez ! voyons autre chose ! »

Ceux-là ont ouvert une voie féconde, car ils ont favorisé aussi cette participation des fidèles au chant des offices, en faveur de laquelle on a commencé depuis quelque temps une campagne qu'encourage bien vivement et à juste titre l'autorité ecclésiastique. Ils ont porté coup à cette monopolisation du chant au profit de quelques cho-

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ristes gagés, non sans détriment pour les fidèles. Et c'est pourquoi je ne me décide pas à pleurer sur cette pénurie de chantres dont on veut bien se lamenter. Entendons-nous ; si vous avez des chantres, et surtout de bons, je ne vous conseille pas de les renvoyer. Outre bien d'autres motifs, il est nécessaire pour chanter l'office entier d'avoir un chœur exercé, un lutrin, une sc/wla, qui dise la partie réservée, le Propre; et l'assistance en chantera l'ordinaire, toute la partie populaire. Inutile d'observer aussi qu'il est très désirable de voir le chant liturgique dignement conservé pour l'office en entier. Mais après tout, si les chantres font défaut,on pare de la sorte à cet inconvénient. Les uns s'en passent par nécessité ; j'en connais qui le font par raison, c'est-à-dire, qui suppriment le monopole du chant dont nous parlons, et font aux fidèles la part aussi large que possible. Il y a de grandes villes de France, où un vicaire entonne le Tanium ergo et d'autres morceaux que continuent les hommes groupés dans le chœur, les diverses écoles, ou les fidèles qui remplissent la nef.

De toutes manières, il est toujours profitable de travailler à cette participation des fidèles au chant. Il y faut sans doute beaucoup de prudence, d'habileté et surtout de persévérance; mais le résultat à obtenir est si excellent qu'on a raison d'y dévouer ses efforts.

Nous voici loin du chant grégorien, pensera quelqu'un. — Pas autant qu'on le croirait — Quoi ! même le peuple chanterait du grégorien ! — Il l'a bien fait autrefois ! Il le fera encore de nos jours, et je pense que ce chant, précisément parce qu'il est mélodique, est plus aisé à retenir, plus invitant à chanter. L'expérience le prouve.Toutefois, si vous tentez une réforme, si vous voulez substituer à un texte musical que savent les fidèles un texte meilleur plus ou moins différent, allez-y doucement et ne brusquez rien. Les fidèles chantent, c'est beaucoup ; car il est plus facile d'améliorer ce qui existe que de les amener à chanter, quand ils n'en ont pas l'habitude. Ne changez, ne suppri-

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