‹ Rhythme, exécution et accompagnement du chant grégorienChapitre 29 sur 190 · Chapitre premier. — Première partie · texte numérisé non relu

Chapitre premier. — Première partie

en cela se tromper ; mais ni la substance de la phrase, ni le caractère de la mélodie n'en seront altérés ; tandis que si, au lieu d'une arsis, vous mettez une thesis, vous risquez de couper la phrase, de scinder les mots, ou encore d'altérer les proportions du rhythme en déplaçant les temps forts. Cherchons donc de quels intervalles se composent les neumes d'ornement, mais étudions aussi et surtout leur caractère rhythmique, afin de le conserver dans la formule radicale que l'on voudrait y substituer.

^ I. Du quilisma.

Le quilisma est représenté dans la notation guidonienne par une note dentelée ; c'est la traduction de la triple sinuosité qui l'exprime dans la notation neumatique.

Tous les auteurs se sont accordés à dire qu'il y avait là une note tremblée, une liaison trémulée entre deux notes principales. On conçoit en effet qu'en s'appuyant sur une note pour en atteindre une autre distante d'une tierce, la voix fasse entendre une liaison qu'il est facile d'orner. Est-ce le trille ? est-ce le grupetto ? J'avoue que ces ornements (le trille surtout) me semblent un peu recherchés ; mais il importe assez peu; car où sont les chantres, même parmi nos meilleurs, qui peuvent triller? Et pour le chant en chœur, il n'y faut pas songer. Quelle exécution faire alors du quilisma ? Pour répondre, il faut examiner soigneusement les passages où il est employé ; parce que tout ce qui a été dit jusqu'ici est bon, mais ne suffit pas. Or en regardant les manuscrits, nous remarquons ce qui suit :

i° La note qui précède la liaison est appuyée ; c'est ce qu'indique le trait — remplaçant le point.

Rhythme du chant grégorien.

2° Cette note appuyée et un peu renforcée, qui sert de point de départ au quilisma, est préparée par le ralentissement du groupe qui précède ; car les manuscrits marquent généralement une clivis longue 7^ ; et s'il s'agit de deux notes ascendantes, on lit = (J).

30 Enexaminant le contexte et le mouvement du rhythme on peut conclure que la note de liaison, cette note tremblée qui est dite q2iilisma, ne peut tomber qu'à la partie faible du temps.

40 Enfin que la note qui suit le quilisma est parfois une arsis. Voici le rhythme de quelques passages où se trouve cet ornement.

îv

Ma - ri

ter - ra

nos- ter

Par raison de commodité, je supprime l' indication d'un de ces mouvements rhythmiques, et la main restera abaissée sur la note qui précède le quilisma pour ne se relever qu'à Y arsis suivante. Ex. :

Ma - rf

ter

nos - ter gen - ti - uni

Il y a des cas où l'on peut traiter le quilisma comme une simple liaison entre 2 notes formant podatus. Ex. :

1. Je signalerai en cette occasion comment les lois du goût naturel se retrouvent identiques à toutes les époques. Rapprochez de l'exécution préparée et ralentie de cet ornement les avis que donnent Marmontel (Conseils à un professeur de piano) et les autres maîtres. Ils recommandent une exécution posée des ornements pour éviter la précipitation qui amène la sécheresse. L'école de chant de St-Gall enseignait donc comme le Conservatoire de Paris.

sv

Jr±

Lseta - mur scan - da-lum

On rhythme comme s' il y avait :

ft=?

Laeta - mur

da-lum

Souvent, en certains cas , les manuscrits eux-mêmes suppriment le signe du quilisma et la note elle-même, en écrivant un simple podatus. C'est, du reste, une variante bien légère, et qui reste peu sensible dans le mouvement de l'exécution. Il suffit encore de comparer les deux lignes ci-dessus pour voir que la seconde donne la forme naturelle de chaque fragment, et que le quilisma n'est là qu'un ornement très accidentel qu' on peut enlever ad libitum.

Au contraire dans ces fragments,

Mari

gén

vous êtes amené naturellement à Xarsis après le quilisma. Il est bien clair que quand la note qui suit le quilisma finit un groupe ou un membre de phrase, elle ne porte plus arsis mais thesis. Ex. :

nos - ter

J'observerai que la note précédant le quilisma, par son rinforzando, ou appui de la voix, et la note tremblée qui

la suit comme note faible, a le caractère d'une thesis contractée avec arsis. Or il arrive que ces notes allongées et renforcées ont une importance qui domine celle delà note précédente.

Ainsi :

I^ftr

peut très bien se rhythmer par équivalence :

parce que dans les passages avec quilisma comme dans ceux des neumes adjoints, X arsis qui précède soit la note appuyée, soit la double est affaiblie à l' instar d'une anacrouse.

On peut donc conclure que dans le podattis ou la clivis précédant le quilisma, la première note est anacrouse ou petite note faible, comme î'appoggiature douce, ainsi que le montrent les cas suivants.

W^^-Hf^

Dorni - ne

tu - a judi - ci - um

récti

Il serait en effet fort gênant de rhythmer :

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