Chapitre premier. — Deuxième partie
préciser, j'observe qu'il ne s'agit ici que des neumes vocalises, c'est-à-dire se succédant sur une même syllabe, et à l'intérieur d'un membre de phrase. En effet, ces équivalences ne se produisent qu'entre les neumes distingués plus ou moins par une thesis de valeur minime ou d'un seul temps. Tant qu'il s'agit des divisions des phrases et des membres de phrases, de celles qui correspondent à un point, à un point et virgule, et même à une virgule, le texte, les barres, les espaces blancs, et avant tout le sens mélodique guident suffisamment. Si çà et là on peut hésiter entre une division plus ou moins grande, le seul fait qu'on hésite prouve que le sens mélodique s'accommode de l'une ou de l'autre et ne varie pas sensiblement. Un bon lecteur sait qu'il y a des variantes dans la ponctuation que telle ou telle intention peut légitimer. Vous pouvez lire :
Salve, radix : salve, porta !
en ne marquant les virgules par aucun repos ; au contraire, si vous soulignez l'idée de salutation, vous prolongez un peu la dernière syllabe des salve, quoique sans respirer, et ainsi vous faites sentir la virgule. Mille autres exemples peuvent être apportés. Il y a là des variantes, mais pas d'équivalences, comme je les entends.
Il en va tout autrement de la simple thesis, qui, à l'intérieur d'un membre de phrase, sert à distinguer les mots et ne forme pas de cadence. Dans le chant comme dans la déclamation, sa valeur est très variable et, comme je l'ai déjà fait observer, difficile à déterminer. C'est un des nombreux points où s'accordent le rhythme oratoire et celui du plain-chant, sans que celui-ci cesse d'être musical, puisqu'il forme toujours une mélodie quoique non mesurée. Tantôt cette thesis est nettement sensible à l'oreille et sa valeur d'un temps, ou d'une note ordinaire, est entière ; tantôt elle est plus affaiblie et semble même disparaître. Pris isolément, tout neume, comme tout mot accentué, a
74 Rhythme du chant grégorien.
Xarsis et la thesis ; mais dans l'enchaînement des neumes et le mouvement général de la phrase, cette thesis semble parfois s'éclipser, et les neumes vocalises se grouper en anacrouses, en arsis et en thesis par rapport les uns aux autres. Voici le principe qu'on peut déduire de l'observation des faits :
Lorsque deux neumes s enchaînent, si Vun a plus d'importance, il attire à lui l'accent principal et C autre na qu un rhythme secondaire, c'est-à-dire que son arsis est affaiblie et sa thesis moins sensible au point de paraître supprimée.
On le voit encore de nouveau, toutes ces lois du rhythme grégorien, y compris celles des équivalences, sont presque des vérités de M. de la Palisse, tant elles sont naturelles et ressemblent peu à des combinaisons systématiques. Elles sont déduites des faits les plus simples et les plus naturels.
Et maintenant : qu'est-ce qui fait l'importance d'un rhythme ? Rien n'est plus clair. Le nombre de ses notes, en premier lieu ; de sorte qu'un rhythme de 3 notes est plus important qu'un de deux ; et un de quatre, l'est plus qu'un rhythme de trois. Le rhythme de quatre est maximum, puisqu'il n'y a pas plus de 3 notes à Xarsis. Ce rhythme aie plus grand ambitus, le plus grand élan, Xarsis la plus accentuée et la thesis la plus marquée ; aussi ne donne-t-il lieu à aucune équivalence du côté de son, arsis ni probablement du côté de sa thesis.
Ce qui fait l'importance d'un rhythme, c'est aussi l'importance de l'accentuation de son arsis, soit à cause de son ampleur comme finale ou cadence, ampleur qui rejaillit sur tout le rhythme ; soit à cause de sa durée (note double, note appuyée à,w pressus, du quilisma, etc.) ; soit à cause de la force que lui attire sa position de culminante, qui occasionne souvent une accentuation un peu expressive.
On peut voir des exemples de ces divers cas dans les fragments ci-après, déjà cités pour la plupart :