Chapitre deuxième
temps, soit parce que, au lieu d'une mesure à 2/4 ou 6/4* on a écrit à 4 ou à 3/4.
20 Qu'il y a souvent non pas seulement distinction, mais même opposition entre le rhythme et la mesure, ou, si l'on veut, entre l'accent rhythmique et l'accent métrique. C'est un fait connu de tous les musiciens. A ne regarder que la mesure, c'est le premier temps, dit temps fort, que l'on devrait accentuer. Pourquoi donc, au contraire, enseignet-on à l'exécutant, d'accentuer, conformément du reste au sens musical, des notes ou des groupes de notes qui commencent les rhythmes et sont placés aux temps dits faibles de la mesure ? (Voir Traité de r expression rmisicale, par Mathis Lussy, pp. 57,63, etc.) J'aurai plus loin l'occasion d'en citer des exemples.
30 Avec les mêmes mesures et les mêmes valeurs de notes vous pouvez composer des rhythmes différents.
Donc le rhythme est autre chose que la mesure, et en reste indépendant.
Quelle est donc sa nature, qu'est-ce qui le constitue intrinsèquement ?
En examinant bien la phrase qui nous sert de thème d'analyse, nous voyons que chacun de ces petits groupes ou chacune de ces divisions élémentaires, forme un tout, parce que chacune de ces divisions a un commencement et une fin ; cest ce qui fait qu'il y a division. La fin de ces groupes se nomme très exactement dans la langue musicale une cadence, c'est-à-dire une chute, une terminaison, un repos plus ou moins sensible. Qui dit : chute, a dit élan ; et une terminaison, un repos, supposent un départ, une mise en marche. Tout cela nous donne nécessairement l'idée d'un mouvement. C'est qu'en effet la musique est classée parmi les arts dit mouvement et du temps qu'elle applique à la succession des sons. Ceux-ci sont l'élément matériel opi informe le mouvement qu'on appelle rhythme, et qui doit être bien proportionné, puisqu'il s'agit de produire le beau.
Rhythme du chant grégorien.
Ce qui constitue donc intrinsèquement ces divisions élémentaires, c'est un mouvement, un mouvement simple. Ce mouvement a nécessairement un point de départ, d'où il s'élance pour arriver à son terme par une chute ou cadence. Il y a donc dans ces groupes une note initiale d'où le mouvement s'élance, et une note finale où il arrive à terme. L'élan du mouvement se nomme arsis (<xp<nç) ; et sa cadence, sa terminaison, son arrivée au terme, s'appelle thesis (ôeo-tç, té0t,[u). La réunion de Xarsis et de la thesis forme un mouvement complet. C'est ce que nous nommons: un rhythme ('). Je replace la phrase analysée sous les yeux du lecteur avec la seule indication des rhythmes simples ou élémentaires.
se
Ainsi dans chacun de ces groupes, le mouvement s'élance avec la voix à Xarsis, pour fléchir et tomber sur la thesis. Il est à peine besoin d'expliquer maintenant la structure de la phrase rhythmique. Ces rhythmes simples ou élémentaires se combinent pour former des divisions plus grandes, qui constituent des membres de phrase plus grands. Ceux-ci, en se réunissant à leur tour, forment la phrase. Chacune de ces divisions se termine par une cadence proportionnée à son importance, c'est-à-dire qui donne un sentiment de repos plus ou moins complet. Mais ce sont là des choses trop familières aux lecteurs et trop
i. On dit : un rhythme au sens défini, comme on dit : une mesure, un mouvement ; et : le rhythme, au sens indéfini, comme on dit : la mesure, le mouvement. Il faut préciser le sens des termes surtout en matière de rhythme où il y a tant de confusion. Les anciens ont aussi appelé rhythme une série ou combinaison régulière de pieds métriques.