Chapitre deuxième
cor - da = tu - am
Le rhythme est donc distinct de la forme du neume. 3° Enfin avec les mêmes neumes, on peut combiner des rhythmes différents. Donc la forme matérielle du groupement en neumes n'est pas ce qui constitue le rhythme ; elle n'est que l'expression notationnelle du groupement des sons dans l'unité du rhythme. Qu'est donc celui-ci ? Eh bien ! ces groupes forment un tout distinct, où se trouve un commencement et une fin. Or la fin ici, ce qui arrive à la dernière note, c'est la cadence, la chute, la terminaison d'un mouvement qui a commencé avec le groupe. C'est ce mouvement, composé d'arsis et de thesis qui est le rhythme ; c'est lui qui groupe les sons dans sa continuité et en exige l'exécution liée, comme il requiert la prononciation liée des syllabes qui forment un mot. Tout neume est donc très exactement assimilé à un mot. Tout neume a son arsis et sa thesis, comme tout mot a son accent tonique et sa finale, quand il forme un tout distinct et ne se lie pas à un autre, ainsi qu'il arrive aux proclitiques, etc.
Dès maintenant on peut comprendre la portée de la théorie enseignée par Dom Pothier, même en ce seul point. Car en établissant mieux qu'il n'avait été fait jusqu'ici, et avec toutes les conséquences qui en découlent « que le chant grégorien procède par neumes », il s'est engagé dans une voie aussi simple que féconde.
Je donne ci-desscus en exemple une phrase où les rhythmes élémentaires se combinent pour former des membres de phrase.
uftî
% — 1-Jf ■ — ■-
Christe
e - lé - i - son
83 Rhythme du chant grégorien.
Ainsi dans cette phrase les rhythmes sont groupés deux à deux pour former les membres de phrase, et même tout ce qui est sur le mot : Christe peut être regardé comme ne faisant qu'un sens ; ce qui est sur eleison est une autre partie de phrase, semblable à celle qui vient après un point et virgule.
Il est donc établi dans ce paragraphe que les divisions rhythmiques ne sont pas seulement celles qui distinguent les membres de phrase et les phrases de la mélodie grégorienne, mais qu'au-dessous d'elles, il en est une plus petite qui est l'élément simple du rhythme. Dans le paragraphe suivant, nous allons étudier plus en détail cet élément dont nous venons de reconnaître la nature.
= J'ai exposé (12) pratiquement ce qu'était l'anacrouse. La poésie métrique admet ce genre de valeurs, et je ne vois pas ce qu'on peut objecter pour ne pas la reconnaître dans le rhythme libre, alors qu'elle existe dans le rhythme oratoire du discours. Puisqu'il y a un mouvement, pourquoi n'y aurait-il pas le mouvement préparatoire ou préliminaire ? Souvent pour s'élancer on fait un pas en arrière: c'est une anacrouse. Le calligraphie, qui trace une lettre, commence souvent par un trait, une liaison qui n'appartient pas au corps de la lettre ; c'est une anacrouse graphique. L'existence des valeurs de ce genre me semble donc trop naturellement évidente pour avoir besoin d'une plus longue explication.
= Pareillement on comprend sans démonstration qu'un temps Sursis ou S anacrouse puisse comprendre 1, 2 ou 3 notes, comme en musique. Ce qu'il importe d'observer, c'est qu'en musique mesurée, c'est l'unité de temps qui se fractionne. Qu'il y ait 2, 3, 4 notes, ces notes égalent toujours un temps ; tandis que, dans le rhythme libre, le temps de Xarsis et X ambitus de son mouvement s'amplifient avec le mombre des notes. Quant à la thesis simple, elle ne peut avoir plus d'une note. Ceci s'explique, car les autres temps comprennent non seulement le point