Chapitre deuxième. — Appendice
régulière, par le développement normal de la phrase rhythmique. Le passage de Méhul « comme au vent du désert » présentait seul une exception. Je veux pour compléter cette étude montrer que toutes les accentuations, qui semblent créer à la prétendue accentuation métrique une irrégularité, s'expliquent toujours par la même cause. L'irrégularité consiste seulement en ce fait: que Yarsis, au lieu d'apparaître à sa place régulière, se montre là où le sentiment musical ne l'attendait pas. C'est pourquoi j'ai dit (102) que les temps dits forts de la mesure pouvaient coïncider régulièrement ou irrégulièrement avec Yarszs.
Le principal et, à ce que je crois, le seul phénomène d'irrégularité rhythmique qui existe, c'est celui que nous avons vu sous le nom de contraction et qu'en musique on nomme syncope.
Qu'est-ce que la syncope ? Voilà encore un point sur lequel la théorie musicale dans les solfèges ne se pique ni de clarté ni de précision. La réponse que vous et moi avons apprise, c'est que « la syncope est la prolongation d'un temps faible sur un temps fort » . Nous allons voir que c'est à peu près le contraire; mais on se rappelle que cette définition est accompagnée d'une observation : « Dans la syncope, est-il dit, l'accent est déplacé et se met sur le temps faible de la mesure. » Ah ! et pourquoi ? — Mystère ! Tâchons d'apprendre par l'examen des faits ce que la théorie du solfège ne nous dit pas. Je prends cette phrase, début d'une fugue de Bach.
Otez la syncope, et vous avez la phrase suivante, dont le rhythme très régulier s'analyse du premier coup d'œil.
f-ete
Rhythme du chant grégorien.
On pourrait encore, si on le préfère, mettre avec des finales féminines :
^,rrirrrrifr;r'|rrrr|r«
mais ceci n'a aucune importance.
La place des temps forts ou faibles est nettement distinguée, et d'autant mieux que l'exemple est bien noté au point de vue de la coïncidence du rhythme et de la mesure. Qu'a donc fait la syncope? Pas autre chose que d'anticiper d'un temps l'attaque de Xarsis. Cette attaque imprévue, cette reprise du mouvement, à un temps où s'achevait la thesis, donne une secousse au sentiment musical. De là cette irrégularité que produit la syncope; ce déplacement, inexpliqué par d'autres principes, de l'accent qui tombe sur un temps de la mesure dit faible. Mais alors la syncope doit se définir : V anticipation d'îin temps fort sur un temps faible ; et si l'on veut me permettre de dire que l'anticipation est une prolongation en avant, on verra que je disais fort légitimement que la définition courante était à peu près le contraire de la réalité. Cette définition est donc mauvaise; d'abord parce qu'elle ne rend pas compte de ce qui caractérise essentiellement la syncope, à savoir: ce déplacement d'accent ; ensuite parce que le vrai temps faible, la lliesis, au lieu d'être prolongée, est diminuée par l'anticipation de Xarsis. En voici encore un autre exemple.
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