Chapitre deuxième. — Appendice
ou encore
La syncope a donc fait anticiper Yarsis d'un temps.
Toutefois cette anticipation du temps fort sur le temps faible, ne prend qu'une partie de ce dernier dans les ex. ci-dessus. Or il peut arriver que cette anticipation soit non seulement partielle, mais totale, c'est-à-dire que le temps fort se substitue au temps faible dès le début, dès le frappé (ictus) de ce dernier. C'est en cette forme qu'il se présente dans le chant grégorien sous le nom de contraction, de rhythmes contractés. Là, en effet, au moment où l'on croit arriver à la thesis et terminer le mouvement, et où le sens musical et rhythmique s'attend à un temps faible, on est tout à coup relancé sur un temps fort. C'est une syncope totale.
En musique nous avons aussi des contractions de rhythmes. On en a déjà trop vu d'exemples placés à l'intérieur d'une phrase, pour qu'il soit utile d'en ajouter d'autres. Je préfère en donner qui ont un intérêt particulier.
C'est un exemple de syncope totale ou de contraction rhythmique au commencement d'une phrase. Bien souvent on attaque forte le premier temps d'un chœur ou d'une mélodie. Sans doute c'est parfois une nuance d'exécution, le passage pouvant être exécuté piano ou forte ; ce sont là des modifications de sonorité purement extrinsèques et accidentelles et qui ne changent pas la nature des temps. Mais de plus, c'est parfois temps fort sur la ire note d'une phrase, et qui plus est (c'est là le point à noter), un temps fort avant Yarsis. En voici un exemple.
zffSt
-i?te
Rhythme du chant grégorien.
La première note est ici ajuste titre marquée avec accent dans l'édition Litolff des Romances sans paroles de Mendelssohn. Cependant on peut constater que Yarsis du rhythme est au 2e temps. D'où vient que ce qui la précède n'est ni une thesis ni une anacrouse? C'est qu'il est temps fort par contraction ou syncope totale. Comment! puisque c'est la première note? Une contraction suppose deux rhythmes, ici c'est le premier que rien ne précède. Donc il ne peut y avoir contraction. — Pardon, il y a toujours un rhythme précédent au moins sousentendu ; et s'il n'est pas exprimé dans la mélodie, il l'est presque toujours dans l'accompagnement vocal ou instrumental. Ainsi le passage précité est précédé d'une mesure où l'accompagnement fait entendre le rhythme précédent. Cela est si vrai que le plus souvent l'harmonie accuse en cet endroit une cadence, et la mélodie une rentrée.
Les exemples de ce genre abondent ; mais partout on remarque qu'en suivant soit la cadence harmonique, soit la rentrée (qui du reste est une cadence mélodique) on aboutirait régulièrement aune thesis sur la note où débute la mélodie. Pas du tout, cette note est un temps fort avec son attaque, son accentuation, et se substitue au temps faible. Il y a là une contraction ; et plus l'accentuation est marquée, plus on éprouve une secousse analogue à celle de la syncope.
Je donne encore quelques exemples :