‹ Rhythme, exécution et accompagnement du chant grégorienChapitre 77 sur 190 · Chapitre troisième · texte numérisé non relu

Chapitre troisième

Probablement aussi n'y aurait-il pas grand avantage pratique à publier une édition entière ainsi notée. Je n'ai ici en vue que les musiciens et les choristes qui ignorent le plain-chant et ne peuvent ou ne veulent pas l'apprendre. Ce n'est pas une petite affaire que de mettre à l'étude des gens qui sont à grand' peine auréolés d'un accessit de solfège et se sont fait leur petite routine de pratique; mais plus encore est-il difficile d'y amener des virtuoses et des artistes. Tous les chefs de chœur seront d'accord en ce point. C'est déjà beau de leur proposer du nouveau et de mettre un pied hors de l'ornière des habitudes. Je me suis toujours diverti, en voyant les regards effarés que roulaient des musiciens, lorsque pour la première fois je leur présentais une copie de chant grégorien en notation musicale. Il est vrai que quelques explications leur redonnaient assurance, et que dès le premier essai, un « très bien » m'assurait moi-même qu'après s'être perdus dans cette page sans mesures, ils s'étaient retrouvés. Allez donc demander l'étude d'une notation qui avec ses clefs et 4 lignes leur est complètement étrangère. A la première répétition vous aurez du gâchis ; à la seconde, vos virtuoses auront la migraine et ne reviendront pas. Quand on ne vise qu'à l'exécution pratique d'un certain nombre de pièces, les moyens les plus sûrs et les plus expéditifs sont les meilleurs. Restreinte à ces termes, la question me semble claire, comme elle l'a paru à beaucoup de musiciens et même de plain chantistes qui, en ces derniers temps, ont travaillé à répandre cette notation musicale. Quant aux réclamations précitées, elles grossissent, à ce qu'il me semble, l'importance de la forme au détriment d'une utilité pratique. Y a-t-il plus d'inconvénients à traduire en notation musicale la notation guidonienne qu'à transcrire en notation moderne la musique du XVIe siècle et les vieilles tablatures ?

Je crois aussi que cette notation musicale du chant grégorien est indispensable pour l'accompagnement. La

Rhythme du chant grégorien.

notation ordinaire du plain-chant et, à plus forte raison, la guidonienne, étant plus serrée que la notation musicale, le chant ne correspondrait pas avec l'accompagnement, comme on le voit dans plusieurs récentes publications. Si l'accompagnement est tant soit peu indépendant du chant, la difficulté s'accroîtra encore pour l'organiste, qui devra chercher à la fin d'une ligne l'accord harmonisant une note placée au milieu.

Comment employer la notation musicale ?

La difficulté n'est pas d'exprimer les intervalles, ni les groupes ; ce qui peut se faire par des ligatures. Elle est dans la manière d'indiquer le rhythme avec ses temps forts et ses temps faibles. Ne marquer que les groupes, comme dans la notation guidonienne, laissait subsister la lacune que je voulais précisément combler. Il eût fallu toujours recourir aux règles et aux principes, qui sont l'affaire du maître de chœur, mais qu'on ne peut le plus souvent demander aux chanteurs. Ceux-ci réclament des indications matérielles.

L'emploi de la mesure s'offrait naturellement, et j'en ai essayé, non pas en arrangeant une mensuration des notes à mon goût, mais en traduisant strictement leur valeur réelle. Cependant, comme le jeu des temps forts et des temps faibles n'est pas constamment uniforme dans le rhythme libre, j'avais noté chaque temps du rhythme séparément ; il tombait au commencement de la mesure avec chaque frappé de temps ou de subdivision de temps. Ex.:

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