Chapitre troisième
Il en résultait une alternance irrégulière de mesures à 2 et à 3 temps, se rapprochant assez souvent de la mesure à 5 temps. Cette notation était d'une grande précision ; c'était son défaut ; car, outre la difficulté qu'offrait aux musiciens cette alternance irrégulière de mesures, on était porté à une raideur d'exécution qui ôtait au rhythme libre son caractère. Le. chanteur était guidé note par note, mais l'ensemble de la phrase ne se dégageait pas assez de toutes ces barres de mesures. Il y avait là, mais plus accusé et plus grave, un inconvénient analogue à celui que l'on signale pour l'introduction des barres de mesures dans la notation de la musique palestinienne. Autrefois on n'en usait pas. Les chantres, tous habiles musiciens, se guidaient sur la valeur des notes, mais embrassaient d'un coup d'œil la phrase dans son ensemble. C'était pour le rhythme, la bonne déclamation, le phrasé artistique un grand avantage. Maintenant les choristes d'une chapelle ne concourent pas pour leur place en exhibant un motet fugué de leur composition. Les barres de mesure aident leur inexpérience ; mais elles masquent l'ensemble de la phrase, et le maître de chœur est obligé d'en saisir l'unité pour la faire bien ressortir dans l'exécution. J'ai donc abandonné, quoique à regret, cette manière, et revenant à l'idée de la nature du rhythme, j'ai cru suffisant d'indiquer au-dessus des notes le dessin graphique des mouvements d'arsù et de thesis. C'est ce qu'on trouve dans ce livre et aussi dans les publications de pièces grégoriennes accompagnées que j'ai annoncées. Cela paraît sûr et facile.
ARTICLE II. — Indication manuelle du rhythme dans la direction du chœur.
Est-il nécessaire de guider l'exécution en marquant le rhythme par les mouvements de la main ? Ce n'est pas indispensable, si le chœur est bien exercé et depuis un certain temps familiarisé avec le chant grégorien. Mais
124 Rhythme du chant grégorien.
cette direction généralement est utile; elle est nécessaire dans les exercices, surtout dans l'enseignement ; et dans les cours de chant grégorien on ne peut trop recommander aux élèves de marquer eux-mêmes le rhythme, comme ils marquent la mesure aux exercices de solfège musical.
Jusqu'à présent, la direction d'un chœur exécutant une pièce de plain-chant a été une opération de haute fantaisie, parfois amusante, toujours assommante, tant pour le maître que pour les choristes.
Les uns ont entendu causer du chant grégorien et ont lu que son rhythme était arrondi; des traités leur ont parlé d'ondulations, d'arabesques, que sais-je ? Forts de ces données très scientifiques, ils se sont installés au pupitre, arrondissant les bras, ondulant du torse, levant et baissant les mains ici et là. A vrai dire, ils ne pouvaient rien faire de mieux, si ce n'est de ne rien faire du tout, vu l'insuffisance des indications qu'on leur a fournies sur le rhythme.
D'autres sont moins dans le progrès et en restent encore au coup de bâton qui assomme chaque note. C'est la direction pompeuse du martellement,et souvent par des gens qui ne cessent de réclamer pour qu'on lie les notes. Il est désolant qu'en tête d'une édition moderne fort répandue cette manière de guider l'exécution ait été recommandée comme rationnelle. L'auteur proscrit le martellement, et il ne voit pas qu'il l'impose. En frappant sur chaque note, celle-ci devient isolée et forme un rhythme à elle seule. J'ai entendu, un jour de Pâques, X Hœc dies ainsi haché d'un bout à l'autre sous la direction d'un maître de chœur qui s'intéressait vivement aux études de plain-chant et avait, en principe, horreur du martellement. Certes, si c'était le jour qu'a fait le Seigneur, ce n'était pas le chant qu'avait fait le compositeur ; et comme exécution, c'était complet.
On peut se rendre compte maintenant de l'indication du rhythme et de ce que doit être la direction du chœur.
Des mouvements modérés de la main indiquant Xarsis