‹ Rhythme, exécution et accompagnement du chant grégorienChapitre 80 sur 190 · Chapitre troisième · texte numérisé non relu

Chapitre troisième

Enfin je terminerai par une observation touchant les récitatifs ou fragments de ce genre. Ce sont des passages plus ou moins longs sur une tenue. Si l'on peut user avantageusement des simplifications signalées dans les chants syllabiques d'un mouvement animé, comme sont les antiennes, il y a plus encore nécessité de le faire, et en plus large part, dans les récitatifs.

L'exécution serait gênée autant que la direction, si l'on voulait s'astreindre à marquer ainsi les passages suivants :

Vi-dens Dô- mi-nus flén- tes. Sal-vummefac prop-ter mi - se - ri -cor - di - am

Il vaut mieux laisser au chanteur ou au chœur sa libre allure, en lui indiquant seulement le début pour l'attaque, et les thesis importantes. Ex. :

Vi-densDô-mi-nus flén - tes. Sàl-vum me fac prop-ter mi- se- ri - cor - di - am

ARTICLE III. — Observations sur l'exécution du chant grégorien

en général.

£ I. Du mouvement.

C'est une chose importante que de savoir dans quel mouvement doit s'exécuter une pièce de musique. En se trompant, on s'expose à décolorer le morceau et même à le dénaturer. Les œuvres de musique ancienne exigent sur ce point de grandes connaissances pour être convenablement interprétées. Dans le chant grégorien la question de son mouvement a causé bien des méprises et bien des embarras à ceux qui ne le connaissaient pas suffisamment. Là, comme sur d'autres points, la pratique

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actuelle et l'état présent du plain-chant ont contribué à entretenir les erreurs de ceux qui n'étaient point musiciens; car pour ces derniers, la musique peut les aider, sinon à trouver, du moins à comprendre beaucoup de choses, car elle leur fournit des points de comparaison.

La lourdeur d'exécution du plain-chant actuel fait sans doute trouver insolite et rapide celle du chant grégorien. Cela s'explique très bien ; mais ce qui ne s'explique pas, c'est d'entendre des personnes se récrier contre ce qu'elles nomment la vitesse du chant grégorien, d'où vient au plain-chant un caractère mondain, léger ! Leur idéal évidemment, c'est la solennelle et royale messe de Dumont du ier ton se traînant dans un adagio pomposo. Il est vrai qu'on se donne un peu de relâche avec des cantiques et des motets genre romance ou opéra, dont la mondanité et la légèreté n'effarouchent pas ces austères tenants du grave plain-chant.

Ce travers mis de côté, je dirai aussi que cette erreur a pu s'accroître par suite d'exécutions du chant grégorien fort défectueuses en ce point. J'ai eu l'occasion de constater plusieurs fois que des maîtres de chœur, trompés par des indications incomplètes ou des illusions d'acoustique, sont tombés dans la précipitation. Je m'arrêterai un instant pour étudier ces causes d'erreur.

Celui qui, ne possédant pas suffisamment les principes d'exécution du chant grégorien, l'entend exécuter, est frappé du mouvement de cette mélodie, qui contraste avec les lourdes et insignifiantes tirades de notes du plainchant actuel. En fait, c'est vrai ; il y a là une vitesse relative. C'est exactement la proportion qui existe entre épeler et lire ; et c'est aussi la même' cause et le même résultat. Si posée qu'elle soit, une lecture est plus rapide qu'une épellation ; mais un auditeur inexpérimenté est frappé de cette vitesse et porté à y trouver un principe fondamental du chant grégorien, au lieu d'y voir une résultante. Le legato des sons, l'accentuation tonique et

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