Chapitre troisième
rhythmique sont des éléments harmonieusement fondus dans l'ensemble et moins matériels ; aussi s'offrent-ils moins nettement à son analyse. Fort de ce qu'il entend et croit comprendre, à son tour, quand il fera exécuter du chant grégorien, il s'efforcera de donner du mouvement pour aller vite, uniquement préoccupé de presser.
Qu'en résulte-t-il? C'est que, pour être d'abord exagéré, puis faute d'être combiné avec les autres éléments d'un bon phrasé, le mouvement imprimé au chœur tombe dans la précipitation. Plus de divisions proportionnelles entre les membres de phrase ; plus de modifications du mouvement dans les cadences, etc. A quoi donc s'arrêter en pratique ? J'estime en général que le mouvement d'exécution peut se fixer environ à 132 par note ordinaire. Pas plus ici qu'en musique, il ne viendra à la pensée de quelqu'un de chanter une pièce en se réglant d'un bout à l'autre avec un métronome. C'est un mouvement général, d'autant plus que les notes comprises dans une arsis de 2 ou 3 notes ont naturellement un mouvement un peu plus coulant. C'est une chose que relève l'analyse, mais dont le chanteur ne doit pas se préoccuper en cherchant à couler plus vite sur ces notes; car, je l'ai dit, c'est un résultat naturel. En disant aussi « 132 environ », j'indique une moyenne générale. Il y a des pièces qui peuvent se dire dans un mouvement plus lent, d'autres dans un mouvement plus rapide. Cependant l'écart des unes et des autres n'est pas considérable, et si l'on va de 108 à 152, on aura les deux extrêmes. C'est au directeur à examiner la force de ses choristes. Plus un chœur est assis, plus il est habitué au rhythme, au lié des sons et à l'accentuation, et plus il peut impunément ralentir ou accélérer le mouvement. Autrement, avec un mouvement hâtif, on risque de brouiller; s'il est trop lent, le lié des sons sera gravement compromis avec le rhythme. Il faut un bon mouvement avec un chœur novice, et même dès le premier exercice. On risquera moins en le prenant plutôt un peu au-dessus
Rhythme du chant grégorien 9
130 Rhythme du chant grégorien.
qu'au-dessous, parce que la vocalisation liée sera plus facile, et que la mélodie ressortira mieux. Avec un chœur sûr, on peut obtenir, je ne dis pas de la lenteur, mais beaucoup d'ampleur dans le phrasé.
Quant à craindre que ce mouvement indiqué ne donne au chant un caractère léger, je ne crois pas que cela mérite une réfutation. Allez donc dire à un musicien que les airs de Bach ou les chœurs vocalises de Haèndel sont de la musique légère, parce qu'ils sont en doubles croches et parfois allegro ! ! Le mouvement n'est pas la précipitation, mais n'est pas davantage la légèreté. Il peut être rapide et souple, tout en restant digne. Le caractère d'une phrase musicale dépend d'autre chose que de la rapidité des notes; le style lié et l'ampleur de ses périodes rhythmiques se joignent à bien d'autres causes pour en déterminer la physionomie.
Encore une question. Est-il vrai que le chant doit être plus lent aux jours de fêtes que pour les fériés ordinaires? On invoque des prescriptions respectables sur ce sujet ; mais elles doivent se prendre avec un fort grain de sel. Cette indication, comprise trop à la lettre, est inacceptable. Si certaines parties de l'office, telles que la Psalmodie, peuvent s'en accommoder, elle ne saurait être appliquée partout que dans une mesure très restreinte. « Le chant doit être plus grave », disent les textes invoqués. La gravité ne consiste pas uniquement dans la lenteur. Or nous remarquons que les compositeurs du chant grégorien, guidés par la pensée très légitime et très acceptable qui est au fond de cette prescription, ont pris soin d'orner davantage le chant des fêtes. Les pièces sont plus chargées, plus développées ; leur caractère est plus solennel, sans cesser d'avoir un cachet propre et gracieux au besoin. Vouloir ajouter par un ralentissement à la solennité de ces chants, c'est se risquer un peu. Certes Noël et Pâques sont des fêtes solennelles; mais il me semblerait très hasardé d'exécuter, même avec une certaine lenteur, et Je