Chapitre troisième
Plier nattis est, et le Graduel : Viderunt, et X Hœc dies, avec le brillant Alléluia qui le suit. Si vous ralentissez l'Introït Resurrexi avec ses strophicus nombreux, vous le rendrez aisément insupportable.
Il importe donc beaucoup de veiller au caractère de chaque pièce. Je ne rappelle pas ici les divers cas où le mouvement se modifie. Nous avons déjà parlé plusieurs fois des ralentissements des cadences et des phénomènes auxquels ils donnent lieu. Nous avons vu aussi le ralentissement du groupe précédant le quilisma. Les manuscrits indiquent beaucoup de nuances de ce genre, qui ne sont point indispensables à une bonne exécution, mais que l'on pourra consulter au besoin.
Je n'ajouterai qu'une observation relative aux répétitions ou échos, qui se présentent assez souvent dans les mélodies grégoriennes. En les disant un peu plus doucement, on peut y ralentir aussi le mouvement; mais cela ne doit être que légèrement sensible.
^ II. De V accentuation.
Je parle de l'accentuation des paroles latines. Ailleurs qu'en France, il serait à peu près inutile de traiter ce point ; mais chez nous, nonobstant les écrits, les Traités et les méthodes, on persévère encore dans la vieille routine. On apprend dans les classes une prosodie quelconque ; mais on n'apprend pas à accentuer. Cependant tous les livres liturgiques marquent l'accent. Rien n'y fait. Quand, à un premier exercice de chant, vous avez obtenu que des séminaristes théologiens disent : Déus en accentuant : « Ah ! Détis ! Déus ! » ; c'est la réédition perpétuelle de la scène de M. Jourdan, apprenant à dire : a, o, etc.
« Oh! mes parents! que je vous en veux de ne m'avoir pas fait instruire ! »
Puis, quand on est arrivé à chanter un verset de Psaume avec l'accent, tout le monde est ravi, étonné : « C'est du
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neuf! c'est du chant grégorien !» — Eh ! non ! ce n'est pas du chant grégorien ! C'est du latin ; mais nous avons vécu sur les bancs de l'école pendant des années, en apprenant que le latin de l'Eglise est un latin de la décadence ; et l'on n'a oublié que de nous enseigner cet élément essentiel, radical de la langue ; faute de quoi nous ne la possédons qu'insuffisamment, et, sachant la lire, nous ne savons pas la parler. Si l'on a le goût du classique et de l'antiquité, il faut qu'on y revienne ! Particulièrement dans la psalmodie, cette absence d'accentuation se fait sentir. Quelle insipidité! Quelle lourdeur! Par suite quelle longueur !
Je rappelle brièvement ce qu'est l'accent. Accentuer une syllabe, ce n'est pas l'allonger ; car il s'agit ici de l'accent tonique, et non de l'accent métrique. La syllabe accentuée a plus de force et une espèce d'ampleur qui n'est pas à proprement parler un allongement. Brièveté et accent se rencontrent souvent dans les langues étrangères. L'accent est marqué ', et la syllabe longue — ; ces deux signes indiquent assez la différence d'exécution. Si vous allongez la syllabe en l'attaquant avec force, vous avez l'air de la frapper, et elle semble s'écraser sous le coup. Elle est un élan, une arsis, avons-nous vu. Sa force est une force d'élan ; voilà pourquoi il importe beaucoup de la marquer au levé. Cela lui conserve son caractère d'arszs, de force initiale qui appelle autre chose, et unit les syllabes du mot. Le frappé, au contraire, l'aplatit, et l'allongement qu'il favorise la sépare du reste du mot. La véritable accentuation soulève la syllabe.
Si l'on veut introduire l'accentuation dans un chœur, il n'est pas nécessaire de lui enseigner le latin. Il faut mettre entre les mains des choristes le texte qu'ils ont à chanter avec des accents très gros. Généralement ils sont marqués trop petits ; et on a tort de ne pas en placer sur les mots de 2 syllabes, sous prétexte que la règle invariable est qu'il se trouve toujours sur la première.