Chapitre troisième
Les règles sont bonnes pour les gens instruits et les maîtres de chœur. Les enfants et la plupart des choristes n'en ont que faire. C'est de ces éléments que se composent les chœurs.
Il s'agit ici surtout des parties du chant liturgique qui sont populaires, c'est-à-dire destinées à être chantés par des voix nombreuses. Jamais la masse ne se guidera avec des règles ; mais un gros accent, qui tire l'œil, les aidera
bien plus sûrement. Ce sera mettre les points sur
les yeux. J'ai réussi par ce moyen à exercer à 200 jeunes filles tout un office de Vêpres. Quelques réunions ont suffi, et l'effet a été si heureux que le clergé et les artistes présents à ces fêtes ne leur ont pas ménagé les félicitations.
Il faut éviter dans l'attaque de l'accent un crescendo qui lui donne une expression de mollesse insupportable et l'allonge nécessairement. L'attaque doit concorder avec l'émission du son absolument nette et juste.
Dans les exercices de rhythme, soit aux classes, soit aux répétitions d'étude, il importe de faire marquer le rhythme aux chantres. Rien ne les amène plus rapidement à une bonne exécution et ne leur donne mieux l'intelligence pratique de l'accent et du rhythme. Ce procédé est à la fois scientifique et phonomimique, comme on dit en pédagogie moderne.
ARTICLE IV. — Observations particulières sur les divers genres
de pièces.
^ I. De la psalmodie.
— C'est la partie la plus difficile et à la fois la plus facile de l'office divin. Sa difficulté vient de ce que, pour bien l'exécuter, il faut que les choristes soient familiarisés avec le texte et habitués à l'accentuation. L'exercice et la pratique ne se peuvent ici suppléer. Une fois le chœur formé, rien n'est plus facile que de conduire une bonne psalmodie, et elle produit toujours un excellent effet. C'est
134 Rhythme du chant grégorien.
aussi une partie notable et toujours usitée du chant liturgique ; et, si l'on s'est donné de la peine pour y arriver, on aura en retour (qu'on me passe le mot) une pièce de résistance.
Je ne reviendrai pas sur la nécessité de mettre entre les mains des choristes un texte bien ponctué et bien accentué.
La ponctuation marque les respirations d'ensemble. Inutile aussi de redire ce qu'on a vu plus haut au sujet de l'accent. Quand on Xappiiie, au lieu de le lever, et que la syllabe s'écrase et s'allonge, il se produit dans la psalmodie un phénomène particulier : les syllabes se précipitent dans un mouvement saccadé, comme s'il y avait :
Vïrgâm vïrtûtïs tûâE ëmïttët Dômïnûs ex Sïon.
L'application des paroles sous la formule psalmodique présente parfois des difficultés, où l'habitude est nécessaire aux choristes pour ne pas broncher. Les traités et le Vespéral (publié par Solesmes) renseignent abondamment sur cette matière.
J'observerai seulement que de deux formules, je préfère celle qui donne le moins de syllabes survenantes, afin d'éviter les saccades où l'on glisse facilement avec ce genre de syllabes.
Voici encore un défaut fréquent. Dans les formules psalmodiques, qui montent au-dessus de la teneur avant
la médiante, on entend à chaque instant : Patri et,
Dominusex-Sion, filioruinlce-taniein : miseratoret-jttstus, parce qu'après avoir monté avec l'accent, on n'a pas la précaution de faire coïncider la finale du rhythme avec celle d'un mot.
Ainsi on chante :
Pâ - tri et Fi - li - o Do - mi - nus ex Si - on fi - li - ô- rum [se- tan-tem