‹ Rhythme, exécution et accompagnement du chant grégorienChapitre 85 sur 190 · Chapitre troisième · texte numérisé non relu

Chapitre troisième

est inconvenant et impatientant. Voici quelques observations dignes de remarque.

L'organiste doit-il lever les mains à la médiante ? Il y a du pour et du contre. En elle-même, cette pause n'est qu'une suspension du chant. Un organiste mal exercé, ou seulement peu habitué au chœur qu'il accompagne, peut manquer les reprises d'attaque ; ce qui de sa part est plus grave que de la part d'un choriste. S'il lève brusquement les mains du clavier, il jette de l'incertitude dans le chœur et produit un fâcheux effet. Telles sont les raisons contre.

En voici qui militent en faveur de cette pratique. Les inconvénients signalés ici peuvent être évités avec un peu d'attention et une grande habitude. Le silence de l'orgue impose au chœur celui qu'il doit faire. Il repose l'oreille de cette sonorité continuelle de l'instrument qui fatigue à la longue. Enfin, il peut être exigé par la formule d'accompagnement, afin d'éviter une fausse relation entre l'accord qui précède le repos et celui qui le suit.

Un organiste habile, opérant sur la teneur de la mélodie un changement d'accord, aura tout avantage à le faire coïncider avec la finale d'un mot, surtout s'il y a incise par le sens et par la respiration qui le suit. Ex. :

Juravit Dominus et non poe-

nitebit e - um

Tu es sacerdos

in asternum

secundum or-

dinem Melchisedech

ifet

znr

-teh

Ouand le chœur est dans l'habitude d'enchaîner la formule psalmodique avec le début de l'antienne, il peut y . avoir pour l'organiste nécessité de modifier sa formule : d'accompagnement, ou d'y ajouter une cadence finale en vue d'amener cette liaison. Ainsi, par exemple, devant une antienne du 8e mode commençant par fa, la formule

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ci-dessus ne pourrait lier le psaume à l'antienne sans cette modification.

Si la psalmodie sacrée tirait des larmes à S. Augustin, nous pouvons croire que les choses ont bien changé : « Ennuyeux comme une psalmodie » est un proverbe malheureusement trop fondé. Cependant qui a pu l'entendre sans charmes partout où elle est en honneur ?

§11. Des hymnes.

Je ne puis guère éviter de répéter ce qui a été dit sur cette intéressante partie de l'office divin. J'insisterai davantage sur les points qui, malgré l'enseignement des traités spéciaux, semblent encore ignorés ou trop peu considérés.

= On a beaucoup étudié et disserté sur la métrique des hymnes, c'est-à-dire sur la nature des pieds qui composent chaque vers. Il y a là, ce me semble, un point de vue faux, parce qu'il est incomplet. Je m'explique pour éviter de paraître jouer au paradoxe.

On sait (ou l'on ne sait pas) que l'hymnographie chrétienne, tant grecque que latine, est complètement différente de la poétique ancienne ou classique. Il est vraiment regrettable que, dans une matière si pratique et si liée à la liturgie, on ne donne pas au moins les notions essentielles aux élèves des séminaires qui suivent les classes de littérature.

Généralement, si ce n'est partout, on leur apprend à forger des vers latins selon les régies prosodiques, en les leur faisant scander souvent d'une manière qui est juste le contre-pied de la vérité. Il faut qu'ils viennent à la licence ès-lettres, ou que par goût ils étudient spéciale- i ment ces matières, pour apprendre la différence de la prosodie et de la métrique, la composition d'une strophe lyrique, la scansion véritable d'un mètre, et surtout la transformation qu'a subie l'ancienne versification classique

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