Chapitre troisième
a dans cette révision un anachronisme. L'hymnographie chrétienne n'était pas composée comme les odes classiques. Si elle en différait, ce n'était ni négligence, ni ignorance, mais le résultat d'un ordre de lois tout autrç ; or chaque chose en son temps et à sa place (x).
Mais c'était de plus un non-sens, parce que cette révision ne pouvait qu'être ou inutile à la mélodie, ou contredite par elle. C'est s'exposer à ne pas comprendre un rhythme poétique destiné au chant, que de le séparer de la mélodie ou de la danse, quand il a été conçu en vue de cette alliance. Nous avons tous lu et redit le : «je chante » des Grecs, d'Homère et de Pindare ; et on ne nous a peut-être jamais expliqué la réalité exprimée par ces paroles, ni les conséquences et les conditions d'existence qui résultaient pour la poésie de son alliance avec le chant et la danse. Elles sont telles que, quand la séparation eut lieu ; quand les mots : « je chante » ne furent plus qu'un souvenir et un terme poétique ; quand la poésie demeura seule, il y eut des modifications importantes. C'est une vérité connue, banale même, que la métrique d'Horace et de Virgile n'est plus celle d'Homère et de Pindare. Même en copiant les Grecs, ils ont fait quelque chose de différent, parce que leur poésie lyrique n'était plus destinée à être chantée.
Telle est cependant la destinée des hymnes. Pourquoi alors les séparer de leur mélodie, ou plier celle-ci aux lois appliquées après coup à un texte remanié ? N'est-il pas plus rationnel au contraire de chercher dans les mélodies les lois du rhythme poétique, que ce soit la mesure ou l'élément tonique ? L'accord parfait, la coïncidence de la
i. Il existe, à vrai dire, plusieurs hymnes fidèlement calquées sur les anciens mètres classiques ; mais il faut remarquer qu'elles viennent, les unes d'auteurs modernes, les autres de poètes anciens qui ne les avaient pas destinées à la liturgie. Il est naturel que s'essaiant à des œuvres littéraires autant que de piété, ils aient imité la poésie classique. A coup sûr, aucun de ces poètes n'a été préoccupé de la mélodie.
Rhythme du chant grégorien.
rhythmique tonique du texte avec celle de la mélodie éclatent et s'imposent.
Il y a là un élément bien différent de la métrique ancienne, et tellement prédominant que, supposé l'existence de celle-ci, elle est effacée, annihilée. Le petit nombre de pièces où on peut l'admettre, quoique au détriment de la mélodie, telles que Creator aime siderum, n'est qu'une exception ; partout ailleurs, l'observation des pieds métriques dans le chant serait ou ridicule, ou impossible. Alors pourquoi l'y remettre de force dans un texte qui a brisé avec ces « formes surannées » ?
Je ne parle pas ici seulement des hymnes qui sont chargées de neumes, comme Exultet oi'bis gaudiis ; prenons des mélodies syllabiques ou quasi syllabiques.
Te lû-cis an-te tér-mi-num Re-rûm cre-a-lor pô-sci-mus
rall.po
Ut prô tu - a cle-mén-ti-a Sis prae-sul et eus tô di a
Qu'on essaye de mesurer cette mélodie en ïambes métriques.
mr
etc
Të
lu
të
ter
On peut obtenir une concordance, parce que les pieds toniques ici sont calqués sur les pieds métriques ; mais pour la mélodie, ce n'est plus cela ; elle est défigurée.
Cependant, défigurée ou non, elle entre de force dans ce cadre métrique ; mais faites-y donc entrer : Audi, bénigne conditor, du même mètre ! Dans cette mélodie, l'accent