‹ Rhythme, exécution et accompagnement du chant grégorienChapitre 92 sur 190 · Chapitre troisième · texte numérisé non relu

Chapitre troisième

et autres, il faut observer i° que nous sommes dans un genre mesuré; or toute mesure, quel qu'en soit le principe, (la quantité ou l'accent tonique) a ses lois auxquelles elle plie le texte ou les syllabes. C'est un genre de convention, artificiel et partant différent du rhythme libre et naturel, où la parole s'unit au chant et lui donne une forme qu'il garde, même dans les vocalises. 2° Il convient de remarquer aussi que la thesis, qui tombe au commencement de Martinus, est extrêmement peu accusée, vu l'importance du rhythme suivant que le premier ne fait que préparer. Le ier appelle l'autre, il n'y a pas là de cadence, car le rhythme commencé sur : gua ne finit que sur : nus. Cette coupe du mot est donc bien atténuée. Toutefois, je le répète, il y a là une licence prise par le compositeur du texte, qui régulièrement doit ici mettre 2 mots de 2 syllabes chacun.

Je me suis longuement étendu sur cet exemple, afin de montrer combien est délicat et différent de ce qu'on le croirait être, au premier coup d'œil,le rhythme de certaines séquences ou proses.

Bien que cela regarde l'esthétique du chant, je signalerai cependant ici la différence de valeur artistique qu'il y a entre les pièces de ce genre écrites dans le vrai style grégorien, et celles que nous ont léguées le XVI Ie ou le XVIIIe siècle, surtout dans ce genre faux et bâtard qu'on nomme le plain-chant musical. Qu'on lise, à la fête de sainte Scholastique (Liber Gradualis), la Séquence : Emicat meridies. Où trouvera-t-on un art plus élégant, une expression plus fine et plus discrète en même temps ! Cette prose de saint Martin, dont nous avons vu la ire strophe, quoique d'un style relativement plus moderne, est pleine de charmes. Quelle différence d'avec tant d'autres Proses ou Séquences que portent en croupe plusieurs éditions de chant, et qui sont empruntées au parisien ! C'est toujours ce style lourd, emphatique et vieillot, qu'en jargon d'école on appelle une perruqtierie, dont la prin-

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cipale ressource est de se jucher au haut de 1 échelle modale et de s'y maintenir à force de poumons. C'est remarquable surtout dans la dernière strophe de ces pièces, où la mélodie est charpentée en doubles notes et disparaît dans une lenteur anormale. Çà et là, des bizarreries tonales, des violations de quantité (même là !) et voire, bien que rarement, des rhythmes gais émaillent ce répertoire.

$ IV. Antiennes.

= Leur exécution est simple comme celle des chants syllabiques. Elles ont un bon mouvement de récitation, afin que la mélodie se dégage. Souvent elles sont coupées d'après des divisions quasi métriques, qui ne suivent pas toujours celles du sens. Ex. :

Non est inventus — similis illi Qui conservaret — legem Excelsi.

Cette division est parfois accentuée par un mot intercalé :

Notum fecit Dominus, alléluia Salutare suum, alléluia.

§ V. Chants nemnés.

= L 'Introït est une antienne solennelle, d'un mouvement modéré ; le psaume qui le suit, bien que d'une formule plus ornée que celles des Vêpres, s'exécute dans un mouvement plus animé. On peut rattacher ici également la fin du psaume au début de l'Introït. On trouvera à la fin du Liber Gradualis des formules ad hoc.

= Le Graduel est modérément animé. Le verset doit l'être un peu plus encore : mais la finale semble revenir a tempo. Pour la reprise de la finale par le chœur, je préférerais souvent qu'elle se fît au commencement du dernier membre, ou seulement à la neume vocalisée. La

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