‹ Rhythme, exécution et accompagnement du chant grégorienChapitre 94 sur 190 · Chapitre troisième · texte numérisé non relu

Chapitre troisième

ARTICLE V. —Défauts à éviter.

Souvent j'ai entendu du chant grégorien chanté d'une manière qui eût été satisfaisante, si quelques défauts, parfois bien étranges, n'eussent gâté l'effet. Peu de chose empêche le succès ; et l'on se décourage bien à tort sous le choc des critiques souvent peu éclairées, ou en face d'un insuccès dont on se rend d'autant moins compte qu'on est plus près de la réussite. Je veux signaler ici ceux qu'une longue pratique m'a fait observer ; et, laissant de côté l'émission de la voix, la bonne articulation, et tous autres défauts sur lesquels bon nombre d'ouvrages donnent d'excellents conseils, je m'attacherai à ceux dont il n'est parlé presque nulle part.

= Le premier que je signale est une exécution maniérée, que j'appellerai volontiers : exécution en soufflet d'accordéon. L'expression ridicule et maladroite qu'on produit si souvent avec cet engin musical est une image assez exacte des effets de cette exécution. Une accentuation manquant de fermeté, mais attaquée en < ; le même effet reproduit invariablement sur toutes les notes doubles, qu'on transforme en près sus ; des pianos exagérés après ides crescendos arbitraires ; la force de l'accent frappant sur la irenote seule des neumes, au lieu d'englober tout le groupe : voilà les principaux traits qui caractérisent cette [exécution vicieuse. La cause en est que le directeur a entendu une fois ou deux du chant grégorien. Il a été frappé de quelques effets accessoires que, faute de science, il a pris pour base de son exécution, en les exagérant, bien entendu. L'accessoire est devenu le principal.

Il faut étudier le rhythme, les temps forts et les faibles, les divisions des membres et obtenir une exécution simple et calme, comme intensité sonore. Les nuances viendront d'elles-mêmes, et elles doivent être toujours des demiteintes. Enfin veillez aux défauts de l'accentuation et du rinforzando sur les doubles notes.

Je ne reviendrai pas sur ce que j'ai dit au sujet du mouvement.

= Les finales ont souvent une exécution défectueuse, qui contribue à l'afféterie dont je parle. On veut éviter d'appuyer fortement la voix sur les finales prolongées, à l'instar de beaucoup de chantres, et l'on tombe dans l'excès contraire. Subitement après l'accent, vient une finale si douce qu'elle est exténuée ; c'est presque le « Vox faucibus Jiœsit » . La dernière syllabe fond dans l'oreille de l'auditeur, comme un flocon de neige sur le visage échauffé d'un promeneur. La finale doit être douce, mais nettement perceptible ; la chute du mouvement lui donne naturellement son vrai caractère.

J'ai parlé aussi dans la psalmodie de ces finales brusquées, où l'on semble se brûler en touchant la dernière syllabe, tant on la fait brève ; ailleurs, j'ai insisté sur la nécessité de ralentir le dernier groupe d'une cadence, ou le dernier mot, si le chant est syllabique. Afin qu'en cette matière il n'y ait pas à hésiter, il serait mieux de dire : le dernier rhythme.

J'observerai encore que, dans le ralentissement, c'est le rhythme entier, et non pas seulement une note en particulier qui subit cette modification.

= Le lié des sons qui composent un neume est souvent aussi mal observé. Au début, il faut beaucoup y veiller, sinon le rhythme est vite compromis.

= Que l'on veille aussi à ne pas prolonger la valeur des notes doubles et triples. J'y reviens, car c'est une tendance qu'une grande habitude peut seule vaincre, et qui est extrêmement nuisible au rhythme.

= On recommande toujours de ne pas crier. Généralement on chante trop fort ; aussi le lié, le rhythme et l'accent ne sont-ils plus sensibles. A l'exercice, on doit commencer par murmurer, pour ainsi dire, et, sauf certains passages, rester dans une demi-teinte. A l'exécution on chantera toujours assez fort. Nos lutrins ont, à cause

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