‹ Rhythme, exécution et accompagnement du chant grégorienChapitre 97 sur 190 · Chapitre quatrième · texte numérisé non relu

Chapitre quatrième

quoi bon se gommer de rhétorique pour dire des choses si naturelles et si simples !

Les articles de journaux et de Revues plus ou moins musicales rééditent aussi des variantes d'appréciations enthousiastes et d'éloges à outrance sur la beauté du plainchant comparé à la musique. Le piquant de l'affaire, c'est qu'on est tenté de se demander ce que les critiques connaissent souvent de la musique et du plain-chant. En musique, ils parlent d'une façon inconsciente d'œuvres qu'on ne peut apprécier sans une science étendue; en plainchant, ils en sont encore à n'avoir d'autre idéal que Y Adoremus,X O SalutariSyXe. Parce et autres bribes du plain-chant musical, si distinct du vrai plain-chant. Il y a quelque temps, je lisais dans un compte-rendu, à propos d'un Magnificat chanté par l'assemblée des fidèles, que « le plainchant valait toutes les musiques du monde ». Enfin l'écrivain arrivait à dire que « c'est plus beau que la Passion de Bach ! » Vraiment,

Je ne m'attendais guère

A voir la Passion de Bach dans cette affaire.

Le brave critique qui l'amène si mal à propos, l'a-t-il entendue et étudiée ? Je trouve déjà très scabreux de comparer la musique au plain-chant, parce que ces deux arts diffèrent trop. L'un n'est qu'homophone ou mélodique ; l'autre a les ressources de la polyphonie et de l'accompagnement vocal ou instrumental. En soi, c'est une supériorité. On ne peut donc parler en cette matière que de la mélodie. Or je crois qu'il y a bien des mélodies, populaires et religieuses, si l'on veut, qui valent et surpassent une formule de psaume. Le critique oublie de nous dire en quel ton fut chanté ce Magnificat ; mais je parierais cent contre un que c'était le ton royal. Eh bien ! en ce genre, je crois que les chorals enchâssés dans la Passion de Bach ont un autre intérêt mélodique et font un autre effet. Sans

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doute la prière chantée par un tout un peuple et les pensées du texte sacré contribuent à la beauté d'un office et excitent de bons sentiments ; mais cette prééminence, cette supériorité du sentiment et du beau dans le culte divin ne vient pas seulement de la musique, et l'on sort du terrain. C'est une méprise que de comparer une simple formule psalmodique, surtout comme musique religieuse et populaire, à l'œuvre puissante et complexe de Bach, laquelle n'a ni cette forme, ni cette destination.

Laissant donc de côté les banalités élogieuses, j'essaierai de signaler ou de rappeler ce que l'on peut dire sur l'esthétique du chant grégorien.

^ I. Tonalité et modalité.

Ce sujet a été peut-être le plus approfondi dans l'étude du chant grégorien. Les qualités, la supériorité au point de vue de l'art religieux, les différences radicales d'avec l'art moderne que présente la tonalité du plain-chant, sont choses bien connues, orâce aux travaux de savants musicologues. Je ne veux ici que signaler quelques particularités curieuses pour en déduire la nécessité de ne pas forger des théories trop absolues. Il en résulte aussi une nuance particulière sur le caractère de cette tonalité.

Rappelons-nous que le plain-chant fut durant de longs siècles une langue vivante. Comme telle, cette langue n'a pu rester immobile, ni s'embarrasser des théories faites après coup. De là des singularités, des libertés auxquelles on se heurte avec ces théories raides et absolues, qui veulent plier les faits aux principes, et non pas déduire ceux-ci des faits eux-mêmes.

Ainsi, par exemple, bien avant l'harmonie même rudimentaire du moyen âge, on trouve des passages qui semblent avoir une grande affinité avec l'accord dissonnant naturel, dit de 7e dominante. Ex.:

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