‹ Rhythmes français et rhythmes latins pour servir d'appendice aux traités deChapitre 11 sur 56 · QUANTITÉ PROSODIQUE · texte numérisé non relu

QUANTITÉ PROSODIQUE

Signalons d'abord ce fait, que la quantité, à laquelle, dans la constitution du vers français, nous avons assip;né la dernière place, à cause du rôle peu considérable qu'elle est appelée à y jouer, occupe ici le premier rang. La fac^ ture du vers latin se règle invariablement sur la durée des syllabes , et non sur leur force et leur éclat. Sans syllabes brèves et longues il ne saurait y avoir de poésie dans les langues anciennes, Â cet égard le témoignage des anciens métriciens est unanime (1). On ne comprend pas l'étrange aberration de quelques philologues, qui, contrairement à toutes les autorités , contrairement au bon sens , ont voulu voir dans la prosodie des anciens l'œuvre factice des poëtes , comme s'il était possible aux poètes de changer la langue, et, malgré ce changement, d'agir encore sur les masses! comme s'il n'avait pas été

' (0 Aristoi.^ liy. !, fragro. f ; Ut. H, 10. Arislid., t. 1^ ««. Baochins, 15, ete.

Infiniment plus facile pour eux de se servir des mots tels qu'ils les trouvaient , que d'assigner à telle syllabe da mot la valeur imaginaire d'une longue, à telle autre celle d'une brève, et de conserver cette valeur imaginaire aux syllabes du même mot , chaque fois qu'elles se présen** talent. Mais, s*il est constant que les mêmes mots ont toujours la même quantité prosodique en poésie , et s'il faut admettre que la prononciation ordinaire du peuple a dû s'accorder, ou à peu près, avec la déclamation poétique, n'y aurait-il pas au moins des mots d'un usage firéquent dans la conversation^ afikiblis, usés par cet usage même, qui tiendraient une place autre en poésie qu'en prose? Est-ce que les enclitiques, dont l'accent est si faible en grec, et qui n'en ont pas du tout en latin, conservent leur valeur prosodique même dans la phrase de l'historien et la période de l'orateur? Nous savons de scijsnce certaine qu'elles tiennent dans le vers une place aussi considérable que les mots les plus imposants, par exemple :

Soph., Traeh., \. 765 :

Çcvwv 70:1» t$ôuc>oc ^^t riç pMiç.

Virg.,iBn.,lX, v. 767:

Alcandrumquo Haliumque Noemonaf u^ Prytanimque.

Ajoutons, maintenant, que même en prose les encliti^ ques ont dû conserver longtemps intacte leur valeur pro^ sodique, puisque Denys d*Halicarnasse , écrivain postérieur à l'âge classique, en expliquant la quantité de cette proposition de Démosthène : raaxvvfiv vTrap^t pt icap' vii&y ci; Tovrovt rov cHy^^vx , déclare qu'elle commence par

deux palimbacehii suivis d'un crétique. Le crétique est évidemment formé des syllabes fioi irap' v. Après vient un spondée» fiûv tkf etc. Les petits mots fio/t ^cap', tiç^ tov, ont par conséquent la même quantité en prose et en poésie. Enfin, pour que nous ne puissions douter que toutes les finesses , toutes les fluctuations de la prosodie grecque , se reproduisent en prose , nous rencontrons quelques lignes plus haut, à Toccasion de l'analyse d'une autre phrase : iamy euvocav eyo) diotxtktùf etc. y cette assertion» que le premier pied métrique est un palimbaechiuê (oo>7v eu-) , mais que le second peut être considéré soit comme un baechius - - v (^jôiâv e-), soit comme un dactyle • vv(-v5tav e-). On sait que la dernière dé eSvottf était trouvée brève quelquefois même dans les poètes (1).

Les nombreuses observations queQuintilien faitau neu*^ Vième livre , sur la chuté des périodes , prouvent encore une fois que la quantité était observée par les Romains^ même en prose. Il nous apprend que le crétique fait bon effet au commencement (ereticus est initiis optimus)^ et il cite à ce propos cette phrase empruntée au discours pro Murena : quôd pricâtus a dits immortalibus sum. Donc quod passait pour long par position dans ce passage» à l'époque de Quintilien. Il ne désapprouve pas deux cré^ tiques se suivant à la fin dans la dausulâf et il choisit son exemple dans le discours pro Ligario 38 : Servàri quâm plûrïmôs. Donc quam^ ainsi que fuorf plus haut» était encore considéré comme long par position.

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