‹ Rhythmes français et rhythmes latins pour servir d'appendice aux traités deChapitre 16 sur 56 · LE NOMBRE DES SYLLABES · texte numérisé non relu

LE NOMBRE DES SYLLABES

Puisque les anciens mesuraient et pesaient les syilabes, il est évident qu'ils ne les comptaient pas ; et puisque le premier principe de leurs métriciens était qu^une longue équivaut à deux brèves (principe modifié par les musiciens et les compositeurs anciens , mais non pas modifié par eux dans le sens de la versification ou de la musique modernes) , il était impossible que le vers de leurs épopées et de leurs drames eût invariablement le même nombre de syllabes. Un hexamètre pouvait ne cbmpter que douze syllabes, à condition qu'elles fussent toutes longues y ce qui a lieu dans ce vers d'Ennius :

Romanei mureis Âlbam cinxemnt Longam.

Il en pouvait renfermer dix-sept, si aucun de ses dactyles n*était remplacé par un spondée, comme dans ce vers célèbre de Virgile :

Qoadrupedante putrem sonitu quatit ungula campum.

Il en était de .même du senaire ; il ne comptait ordinairement que douze syllabes dans le lyrisme classique d'Horace et de Catulle , par exemple :

Quis hoc potest videre, qnis potest pati?

liais dans les anciens tragiques on lui trouve un mouvement plus rapide ^ qui en effet parait convenir davantage à la conversation. Les tragiques latins admettaient même le spondée à tous les pieds, excepté au sixième, et se laissaient aller à des licences qui plus tard ont fait douter quelquefois Cicéron si c'étaient bien des vers, et

non de la prose, qu'il lisait. Citons au hasard quelq uns de ces vers;

Ter., iBnn.,V, 2, 32:

Ut solidam parerem hoc mi boneftciuro , Chœrea (17 syllabes).

Ter., Andr., I, 1, 16:

Sed hoc mihi molestum est : nam istœc oommemoratio (15 syll.).

Andr., II, 6, 8 :

Prôpter hospital hojusce consuetudinem (14 syllabes).

Trinumon. i 1 24 :

Hie sonitu suo moram mi objiciunt incommode (16 syllabes).

L'anapeste était admis chez les comiques grecs à tous ^ les pieds. Aussi Aristophane présente-tr-il un exemple d'un senaire de dix-sept syllabes (Guêpeê, v. 929) :

KaroéSoc, xaràSa, xarocCoc, xarà^oc. Raroc6q9'0|xat«

Ces observations s'appliquent également i des systèmes anapestiques et trochaïques et à un petit nombre d'autres rhythmes. Mais dès que nous quittons la poésie ' déclamée pour la poésie chantée, pour des chœurs, qui tous, comme on sait, étaient mis en musique, le même nombre de syllabes est rigoureusement exigé de strophes à antistrophes, et dans les compositions pindariques, même de strophe à strophe, d'épode à épode. Les systèmes -

dochmiaques (vZivi.v-Iv- etc.), qui se trouvent épars^ dans les parties lyriques des drames, font une rare exception à la règle que nous avançons. Les strophes aîcàiques, sapphiques, les asclépiadées et les vastes systèmes des strophes des Simonide, des Pindare, etc., n'admettent même pas la résolution de la longue en deux brèves. Ce fait si étrange s'explique pourtant, si l'on songe qu'à l'époque classique, la musique dépendait du texte, et '

que cé qui prédominait dans le texte» c'était la quantité prosodique. '

Le poëté faisait alors une même personne avec le com- . positeur, et, comme tel, il ne se souciait pas de sacrifier * le sens de ses paroles à la musique, qui ne devait servirqu'à les rehausser et à les embellir. Une syllabe de plus ' ou de moins, une longue remplaçant deux brèves, ou rtf* ciproquement, changeaient le mouvement musical («yar/if» ductu8)^*ilsne Tinterrompaientpas, et amenaient une va-riatton qu'il fallait éviter dans la responsion exacte et ri- ' goureuse des strophes. Dans nos chants, c'est à peu près ' le contraire qui arrive. Il est rare que le poète soit en * même temps compositeur. Celui-ci eu use trè&^librement ^ avec le texte qu'il met en musique. Il varie quelquefois cette dernière, quoique le mouvement du rhythme reste le même, et il sait faire nattre une harmonie de mor^ ^ ceaux écrits en prQse ou à peu prè)i» dans lesquels on àe remarque aucun rhythme sensible.

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