‹ Rhythmes français et rhythmes latins pour servir d'appendice aux traités deChapitre 18 sur 56 · I II II I · texte numérisé non relu

I II II I

Hors perfecit tûâ ùt | essent omnia brëvïâ.

Le trochée, par un excès inouï ailleurs que dans cette poésie informe , y remplace quelquefois l'iambe :

I II I r i

Honos, fâmâ virtusque | gloria atque ingënïum

I I I f II

Quoei vîlâ defecit, | non honos honori.

Mais peut-être faut-il voir un archaïsme dans cette licence, et \\a des substantifs de la première déclinaison,

(1) TUwU de Vtceentuaiion Mine, p. 94.

partout abrégé en latin, s'est-il conservé long dans qnel-^ ques rares exemples ; peut-être en prononcant^ma s'est-* on souvenu du gr. c^i^ju»;, dor« <fa[ia.

La syllabe que tient déjà dans quelques passages la place d'une longue, absolument comme dans Virgile :

Magnam sapientiam {i) | multasque virtutes

Virum mihi camena | mseque (pour inseeé) versutum.

Si le trochée a pu remplacer l'iambe dans les fama^ les vita que nous venons de citer, en revanche il arrive que

l'iambe remplace le trochée :

I I . j II

Bonorum (ï) optimum fu | isse virum,

11,111 Populi primanum fu | isse virum.

Évidemment il faut lire virrum. L'accent donnait plus de son à la liquide qui se redoublait, comme le sigma dans Toacov, oaaov, pour rocrov, oaov.

b, La quantité prosodique dans les anciens poêles.

(Plante, Térevoe, Atthu, Pacvriiu, LndUu, Liorèoe.)

Quand on lit quelques pages de Plante et de Térence, on remarque bientôt qu'on a affaire au même système de métrique et de versification que l'on voit régner dans les poètes grecs. Mêmes mètres : iambes, trochées, crétiques , etc. ; même distinction entre la brève et la lôn~ gue; même effacement de l'accent tonique dans la ca« dence du rhythme. Mais en y regardant de près, on est frappé de loin en loin de certaines licences que jamais poète grec n'aurait osé se permettre, et qu^on est même

(1) Ici la dernière sjUabe de rhèmleliche aété retniiGliée, gràee dn poète.

(S) Remarquez rUfa/M.

étonné de trouver dans des écrits appartenant à Tanti^qui té. Elles s'expliquent toutefois par la peine que ces premiers auteurs éprouvaient à mettre d'accord les mots et les mètres dans une langue aux formes épaisses et

sourdes» dans laquelle le sens intime et délicat de la quantité avait besoin d'être réveillé ou au moins développé.

Voici les licences principales :

1* Les anciens poètes romains négligeaient quelquefois la position à l'intérieur des mots , qui autrement ne seraient pas entrés dans leurs vers. On trouve chez eux:

ôecûlto, attente jf ferintànus, expapïllâto, perïstromata. L^abréviation paraît avoir eu lieu sous la pression d'une syllabe à la fois longue et accentuée (1).

2"* Mais ils abrégèrent souvent aussi la première syllabe, quoique longue par position» de mots tels que ille, Ut6y ësse {est), îpsCf ëccunif înde^ ûnde, întuSf inter^ ômnia; et ils les traitèrent, il s'en faut de peu^ comme les langues modernes (celles du Nord surtout) traitent leurs mots faibles , particules » conjonctions et autres, quels que soient d'ailleurs leur étendue et le nombre des consonnes qui s'y succèdent dans la même syllabe (2).

3"* Ils négligèrent quelquefois la position plm forte qui résulte du concours de deux mots. Ils prirent cette liberté surtout avec Vn ihterrogatif, par exemple itàn tandem^ haiën tu ; avec hic et hoc suivis de qu, comme dans Aie quoqUe. Mais ils retendirent évidemment à d'autres mots, puisque les critiques allemands (M. Ritschl surtout dans ses Prolegomena ad Plautum) voudraient dans de nombreux passages lire comme monosyllabes :

(l) Théorie ie VMeee»iuêti§n laUne, p. 171» 17S. (t) IM., p. SOS, t03 et suiT.

enim, tamen, simul, bonus, domum, sénem, eolofj soror, nimis, etc., considérer comme muette la dernière syllid>e de apud et eaput^ et même élider deux syllabes dans eqiUdem devant hercle » de façon à n'en laisser debout que la consonne initiale.

A"" Enfin ils allèrent jusqu'à abréger des désinences longues, et qui n'ont jamais cessé de Tétre, dans malôs mail, domi, virôs, manûs, foras ^ et surtout dans les impératifs à forme iambique (^ -) . où la pression de l'accent était de bonne heure fort sensible » comme

rôga, jûbe, àbt, etc.

IlestévidentquCySi ces abréviations sefussent généralisées dans la langue , ou si elles eussent été constantes dans les mêmes mots, ou si seulement elles eussent pu se maintenir toutes dans l'usage des classes élevées de la société et dans la haute poésie, c'en était fait à tout jamais de la prédominance certaine du principe de la quantité prosodique. Heureusement toutes ces témérités d'un art encore jeune et inexpérimenté ne sont pas trèsnombreuses ; et si elles semblent prouver que les fondements sur lesquels repose la versification antique étaient déjà fortement ébranlés, leur disparition complète cent cinquante ans plus tard tend à démontrer que le principe opposé à la quantité prosodique était encore beaucoup trop faible pour prendre dès lors les rênes de la langue latine (1).

J'ai été le premier à expliquer ces violations de la quantité prosodique — et je pense que la plupart des philologues allemands ont adopté cette explication — par une prononciation très-fugitive de mots d'un usage très-commun , comme le sont tous les mots que nous ve-

(l) Théorie de VaceentuatUm latine , p. S04.

Dons de citer. Cette pranonciation par rapport au mètre présente un caractère irrationnel. Les eccum, ille, dami, etc., qui ont toujours trois temps dans les poètes classiques, et ne tiennent dans Plaute et les autres que la place de deux » se prononcent comme si la longue et la brave avaient perdu chacune une partie (probablement un tiers) de leur durée. La longue ne cessait pas pour cela d'être relativement longue ; }bl brève ne se supprimait paSy maisi elle restait à la longue à peu près dans le rapport de! : 2(1).

Nous avons exposé ailleurs toutes les raisons qui militent eft faveur de notre théorie (2) ; ce qui la corrobore particulièrementy c'est la circonstance que les consonnes finales sont souvent retranchées dans les inscriptions anciennes qui nous restent , et qu'elles ont été retranchées de bonne heure dans des formes nombreuses des flexions osques et ombriennes (3).

A côté de syllabes violemment abrégées , qui reprennent à l'époque de César et d'Auguste leur longueur primitive, nous en trouvons d'autres que nous sommes habitués à considérer comme brèves, et qui ont été traitées comme longues par Plaute ^ Nœvius, Ennius et les autres. Nous citerons :

l"" La désinence or dans les substantifs delà troisième déclinaison : sordr, exercîtôr , et dans les comparatifs : stulti^r, longior (cp. le gr. pîîTwp, etc.). L'ancienne forme était flôs, honôs^ etc. Peut-être la désinence de la première personne or dans loquôr, amer étaitrcUe longue d'abord, puisqu'elle est composée avec le pronom réfléchi; ainsi : loquo-\-8êf amô -^-sê^ etc- (4).

(1) TkéorU de VaeeeiUuaiian teh'M, p. SOS.

(t) nid., p. SOS.

(S) IHd., p. 103, 194.

(4) /Mil., p.SSO.

S"" Les désinences ar et er des subjonctifs et futurs (loquâr^ amer, sequerêr^ etc.).

8** Les désinences at, et, it, des subjonctifs et futurs» par exemple sit pour si^tf qui est très fréquent dans Ennius, Pacuvius, Âttius; puis velit, dëtj es$êt, etc.

4'' Les désinences at, et, it, de la première» deuxième et quatrième conjugaison» où la langue semble avoir conservé la conscience de la contraction (ât = a 4* i^ comme ët=ie-\-iteiitz=ii-\- it). Fit est certainement toujours long. D'autres exemples sont : seît, ît, afflictât^ etc.

5** Enfin la désinence it de la troisième personne du parfait» qui s'allonge dans un grand nombre de passages cités par Fleckeisen : vendidît, jmsît, vixit^ etc. Les exemples abondent. Nous n'en voulons citer qu'un seul» tiré de Livius Ândronicus :

Haut ut quem Chiro in Pelio docuït ocri.

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