‹ Rhythmes français et rhythmes latins pour servir d'appendice aux traités deChapitre 19 sur 56 · ÉPOQUE CLASSIQUE. RAFFERMISSEMENT DE LA QUANTITÉ · texte numérisé non relu

ÉPOQUE CLASSIQUE. RAFFERMISSEMENT DE LA QUANTITÉ

Voilà les traces principales de cette rouille antique» qui semble s'être attachée aux œuvres des poètes latins» tant que dura la république. L'étude attentive des modèles grecs» et une civilisation de plus en plus raffinée» qui devait se faire sentir jusque dans l'assouplissement de la langue» les firent disparaître. Plus de ces abréviations étranges que nous venons de signaler» plus de ces synérèses » de ces synalèphes et élisions violentes que l'on rencontrait encore si fréquemment dans les poèmes de Catulle (1) ; plus de ces suppressions de la lettre « à la fin des adjectifs et des substantifs » suppressions qui ne

(1) Même livre, p. 932, 933.

choquaient pas encore trop l'oreille délicate de Clcé^ ron (1). On évitait désormais les mots commençant par les consonnes se, st, 9p, sq, après un mot terminé par une voyelle brève , parce qu'on trouvait aussi dur d'al-» longer cette voyelle que de la laisser brève malgré la po* sition. On proscrivit Thiatus, dont les vers saturniens fournissaient tant d'exemples, que Piaule admettait dans tant de circonstances» et qui échappait encore à Térenceit à Lucile, et dans quelques rares passages à Lucrèce.

Mais, malgré ces améliorations apparentes, le principe de là quantité n'en déclinait pas moins visiblement. Le» allongements irréguliers, que l'on rencontre si fréquemment dans les anciens poètes , et qui ne sont qu'autant d'archaïsmes, disparaissent presque entièrement de la langue. Car sous la pression de l'accent les terminai-sotis et même les préfixes allaient s'afTaiblissant ; l'acéent, de musical qu'il était, prenait déjà un peu le carao-» tère du frappé. Aussi trouvons-nous à l'époque classique une série de petits mois qui dans la poésie de la répu-^ bliqtie sont considérés comme pyrrhiques (^ v) ou comme Ïambes (^ •^), et qui à Tépoque classique ont allongé leur première syllabe sous la pression réunie de l'accent et d'une position faible^ De ce nombre sont : ruhrum^ libri, nlgri, pigri, vîbro,fibra, vêpres ^ mîgro; puis les noms grecs , pour la plupart noms propres : Hebrus, Othrys, Ceerops, Daphnis (toujours Axovk; dans Théo-» cf ite), CodniSf Patroclus, cedms, tigrk, hydra^ etc. (2)^

Les préfixes pro et re avaient conservé chez les an-^ cîens poètes leur longueur primitive dans certains com-« posés , comme : prôfiteor (Ennius) , prôfundo (Catulle),

(1) Bans sa tradaetion d*Aratii8, ob Ton irauTe: t. f5, PMherukn^ uti 44 terré lofsu* repeiUe; i, 9f , lustratu* nitore; j* S6A, magnu* Uo, etc.

(2) Théone de Vaccentmtîon latine^ p. S57, 958.

ptôtervus (Plante , Téreoce) , rêduco (Plaute, Térence». Lucrèce), rellatum {TéreBce}, rëmigro (Plaute) » etc. A rëpoque classique les deux préfixes s'abrègent dans les mêmes mots, dans les mêmes composés ; et ce n'est que dans les poètes de la décadence que nous voyons reparaître l'ancienne longueur.

Évidemment raccent est pour quelque cbose dans l'abréviation de ces formes autrefois plus complètes et plus allongées. On ne saurait nier non plus son influence dans la chute de l'hexamètre. Son pied te plus important, le plus décisif» est le cinquième. Les poètes de l'époque consacrdent une attention toute parCiculière à,sa facture. Ils voulaient qu'il présentât le mouvement dactylique, le mouvement descendant du rfaythmedans toute sa pureté. Ils évitaient par conséquent avec soin des hexamètres à la chute anapestique , si fréquents encore dans le rude

Ennius : navôs îtà sôlàf ou bien pédem stàbilibat Ils évitaient aussi avec un instinct remarquable au cin-quième pied la disconvenance de la quantité et de l'accent. Virgile a peu de vers qui se terminent comme

ceux^i : et bônà Jimo, âh Jôvë summo. Dans ces fins de vers les poètes romains aimaient à faire coïncider non^ seulement la longue et le frappé , mais tous les deux avec

l'accent : primus ah ôrts; mtUântur amictus; pollênttbus

hérbis^ etc. Cette circonstance semble prouver que l'accent était déjà moins musical, qu'il commençait à avoir un son plus rude, plus rapproché du son de l'accent moderne. Quelque chose de semblabte se voit au cinquième pied du senaire. Pour que le mouvement de ce mètre fut nettequent dessiné , il faudrait que sa chute fût toujours iambique , comme la chute de Thexamètre était presque exclusivement dactylîque et descendante, c'est-

à-dire que la majorité se terminassent à peu près comme

ceux-ci : sûum sibi ^ fâmas férunt , etc. Or, dans ces chutes Taccent est, comme on voit, en lutte ouverte avec la longue et le frappé. Aussi les Rotnains^ au risque de briser Ténergie du rhythme , ont-ils préféré la chute trochaïque, dans laquelle Taccent, la longue et le frappé coïncidente Les senaires qui se terminent par le crétique

(- o ^) » par exemple : Câlliclem^ insdens, auctôritasy sont

dans Plante à ceux qui se terminent par deux iambes

(u 1 u i) » P&i* exemple : stium sibi , comme 3:2, daas

Phèdre et Catulle quelquefois comme 3:1 (i).

il résulte pour nous de Fexposé précédent, qu'à la première période littéraire de Rome la quantité prosodique âait déjà entamée ; que Tétude des modèles grecs, en réveillant les goûts artistiques, et en poussant les esprits d'élite à rimitation d'immortels cheis-d'ceuvre, la radffiermit et la restaura. Mais déjà les dégâts étaient considérables^ et il avait fallu faire sa part à l'ennemi, le principe d'accentuation* De là venait chez le^ classiques même cette fréquente coïncidence presque moderne dans les endroits les plus décisifs du vers, non-seulement de la longue et du temps fort — ^ elle est dans la nature des langues anciennes — mais de tous lés deux avec i'acôent. Eneore un pas, et l'accentuation franchit tes mbles mais impuissantes barrières que Vart lui woait (9ppasées, et règne désormais sur Us débris d'une langue redevenue barbare.

(i) La seale exception se trouve élans les senaires de Sénè^ne. Voyet k ce sujet

Tkéerie généfûle ie t*êcc9niua(io» Mine , p. S46. t

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