SCÈNE II
Les Mêmes, WILLIAM.
hawkins, prenant le mortier. Tu aj été long, mon enfant.'
wiiliam. C'est possible, maître; mais j'ai vu garrotter cinq ou six juifs qui se sauvaient dans 1 les environs comme des hiboux surpris par le jour.
uawkins, travaillant. Les violences continuent. William. C'est une vraie chasse aux juift, quoi! Dame, on leur fait rendre en un jour cc qu'ils ont mis vingt, trente ou quarante ans b voler. hawkins. Samuel n'a pas été arrêté, au moins. William. Samuel ? vous pouvez être tranquille; on ne lui mettra la main dessus qu'au jugement dernier ; il se sauve de maison en maiion sous toutes sortes de déguisements. Je m'étonne qu'il ne soit pas encore venu vous demander un asile.
hawkins. Je ne le souhaite pas, mon enfant, mais ma maison serait la sienne.
wii.liam. Maître! vous ne savez donc pas le sens de l'édit royal qu'on a crié tantôt sous vos fenêtres?... ( Appuyant sur les mots. J « Tout juif n qui cherchera à fuir sera tenu pour traître; o tout chrétien qui donnera asile a un juif sera ■ traité comme son complice. » Signé le roi.
nellt. Vous l'entendez, mon père?
hawkins. J'entends, ma fille, icolcnds. Mais il y a en nous quelque chose qui doit échapper et qui échappera toujours aux violences et à la domination des hommes : c'est notre conscience. (A William.) Os feuilles ne sont qu'à moitié broyées, (files broie.) Samuel, que je n’ai pas vu depuis dix ans, m'a rendu un service réel dans ma jounesse : il m’a prêté deux angelots avec lesquels j’ai payé mon premier instrument de travail; sans lui, je serais peut-être mort de faim. (A B'iiiüim-] La poudre? (Il la met dans le m orner et continue de broyer tout en parlant à Nelly. I On n’a pas le droit d'oublier ces choses-là. J'ai toujours été résolument aux extrêmes : la science, j’y ai mis mon âme; la haine, j'y mettrais mon saint; la reconnaissance, j’y mets ma vie. — (A William.) Le flacon ?
William. Aht bon. je l‘ai oublié. (Il tort.) hawkins. Sa grâce la reine lui a rendu un mauvais service en le mettant en apprentissage chez moi. [Prenant la main à Xelly.) Il était inutile chez elle, il est impossible ici- Vois-tu? j'ai trois dettes sacrées : ma dette k Samuel, ma dette à Scroop, ma dette à la reine... à la reine, surtout, qui a été la providence de ma vie. [Il s'arrête à un cri i/ue l'on entend ) Quel est ce cri ? nki.lt. lin cri sinistre, mon père!
hawkins, allant à la fenêtre. C’est un hibou I nkllt. Un présage de mûri!
hawkins. lie qui parlions-nous?
nellt. De la reine ?
iiawkins. Dieu veille sur die! — Donne-moi son horoscope. ( Après avoir examiné le parchemin.) Ou l'art des Chaldéens est une grossière imposture, ou de la disposition de ces astres résulte une existence longue et honorée pour notre souveraine, i [A Xelly.) N'importe; montons à mon observatoire, je serai plus prés de Dieu là-haut, et j’entendrai peut-être mieux le mystère de sa création cl l'harmonie de son œuvre. Voilà où aboutit ta promenade, mon enfant, (Il lui prend U bras.) Mais que veux-tu? je suis plus égoïste qu'OFdipe : il avait pris les yeux de sa fille pour se rorduire; moi, je prends ta jeunesse pour me réjouir. Viens,
nkllt. En songeant à la rdne, la t'oecopc* aussi de ceux'qui l'entourent, n'est-ce pas?
hawkins, «ourlant. Qui sait?
nellt. Ne trouves-tu pas quelque chose d'iocxplicable et d'étrange dans ce jeune bornai qui nous a sauvés?
iiawkins. Curieuse I
nellt. Viens, viens! i William entre viasment; il est suivi d’un homme ii longue barbe qui se précipite sur set pas; c'est Ituiland déguisé.)