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truit, je lui dirais : « Allez trouver ce laboureur qui conduit la charrue , et demandez-lui le nom de la paroisse contiguë à la sienne, ou du moins le nom de Tendroit qui s'en trouve à une quinzaine de milles. Allez trouver Thomme qui travaille dans les rues, et priez-le d'écrire son nom : peut-être saura-t-il l'écrire machinalement, mais il ne sera sûrement point capable de tracer une demi-douzaine de lignes. En un mot, mettez à la plus simple épreuve intellectuelle la grande maj orité des gens du peuple, et vous les trouverez les moins instruits, les plus ignorants de toutes les communautés protestantes du monde. Je refuse donc de discuter la question avec ceux qui essayent de démontrer que nous sommes un peuple instruit, et à ceux qui désirent qu'un système soit adopté, mais autre que le nôtre, je demande quel est leur système? Quant à celui qui existe, tout le monde en est mécontent, personne ne le défend. Il déplaît également aux dissidents et à l'Eglise établie, et si quelques hommes politiques, dont je fais partie, le tolèrent, c'est uniquement parce qu'avec tous ses défauts, il vaut mieux que l'ignorance complète. Mais je ne lui connais pas un seul défenseur pour lui-même. En abordant ce sujet, vous jouissez, je le répète, d'un avantage que n'a encore eu aucune autre question. Le pays est avec vous ; personne n'a de plan à opposer au vôtre; le système actuel, que le gouvernement a mis en avant pour prouver qu'il fait quelque chose, a échoué d'une façon si piteuse que tous les partis et sectes sont prêts à le répudier. Vous occupez donc le seul terrain, la seule « plaie-forme, » pour parler comme nos
amis d'Amérique, sur laquelle une grande association puisse se former, dans le dessein de faire progresser l'éducation populaire. Un de mes amis a fait allusion à ma position comme représentant du West-Riding du York-Shire. J'espère, en tous les cas, que vous croyez à ma complète sincérité quand je vous assure que jamais je ne laisserai mon intérêt, comme représentant du West-Riding, l'emporter sur le sentiment de ce que je dois à une question d'intérêt général et suprême. Je crois pouvoir dire que je ne pense pas, comme le prétend mon ami de gauche, que ce soit pour mon intérêt politique que je me mêle de cette question d'éducation. Au contraire, je suis fâché d'avoir à le confesser, il y a beaucoup de mes meilleurs amis politiques, et ce ne sont pas les moins influents du parti auquel j'appartiens, qui sont des adversaires convaincus et consciencieux du mouvement dans lequel vous vous êtes engagés. Je ne vous cache pas que le groupe auquel se rattache M. Edouard Bai nés, de Leeds, est très puissant, et qu'il agit selon les convictions les plus pures et les plus élevées, ce qui le rend conséquemraent plus fort, quelles que soient ses opinions. Mais, en lui accordant pleine et libre discussion , j'ajouterai , toutefois, que je ne désespère pas, en discutant avec eux la question franchement, loyalement et dans l'esprit qui a si heureusement présidé à nos débats d'aujourd'hui, que je ne désespère pas, dis-je, de voir nos amis du West-Riding, ceux des dissidents qui nous sont le plus opposés, se réunir à nous pour appuyer cette mesure. Ils finiront par s'apercevoir que le prin-
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cipe d'action volontaire et individuelle dans lequel ils mettent toute leur confiance, ne suffit- pas pour assurer l'éducation du peuple dans le sens aussi large que nous devons lui donner.
A cet égard, j'ai toujours senti que l'éducation n'est pas, comme la religion, quelque chose d'inhérent à nous-mêmes. En religion, nous sentons le besoin d'adorer la Divinité, nous vénérons Dieu, nous avons le désir de connaître les sujets religieux, et de nous faire pour nous-mêmes des impressions religieuses. Aucun peuple de la terre n'est absolument sans religion, sans une notion quelconque de Dieu, sans quelque espérance d'une vie future; mais on ne trouve pas partout des peuples ayant reçu des notions de lecture, d'écriture, d'orthographe^ de grammaire, d'arithmétique et de géographie. L'histoire ne nous montre aucune nation, aucune tribu, qui se soit civilisée elle-même ou initiée aux arts et aux sciences sans avoir Yeçu les leçons d'autrui. L'on ne trouve assurément pas, dans nos districts ruraux, où tout le monde est illettré, cette espèce d'impulsion qui pousse un homme à chercher à s'instruire tout seul. Ils n'en éprouvent pas le besoin, ils ne savent pas ce que c'est. Il n'y a pas d'instinct môme, dans leur esprit, pour leur dire que l'instruction leur serait utile, ou que c'est leur devoir de s'instruire. Il faut que quelqu'un se charge de leur donner cette instruction, et s'en fier à cet égard aux efî'orts purement volontaires, c'est oublier que, dans la plupart des paroisses du royaume, le nombre des personnes ayant quelque instruction, ou désireuses d'en acquérir, est si
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minime, qu'il serait téméraire de s'attendre à les voir entreprendre résolument l'œuvre d'instruire autrui. C'est à ces paroisses dans les ténèbres que je voudrais appliquer le principe dont nous parlait notre excellent liôte le docteur Bacon ; je voudrais une loi générale qui , dans ces régions ignorantes , imposât les propriétés pour donner l'éducation au peuple. On dira que les propriétaires pourvoiront volontairement à cette instruction. Mais a-t-on bien réfléchi que, sur quatre propriétaires ruraux, il en est un à peine qui réside dans sa propriété, et que, par rapport aux paroisses, il y a autant de propriétaires absents que dans l'Irlande tout entière. Chaque paroisse renferme sans doute beaucoup de biens; mais on se trompe si l'on suppose que leurs propriétaires sont là, prêts à assurer par leur coopération volontaire l'œuvre de l'instruction populaire. Dernièrement, j'ai fait un petit séjour dans une paroisse de West-Sussex, et j ai eu la curiosité de parcourir le rôle d'évaluation des dîmes commuées de la paroisse. Le premier propriétaire dont je vis le nom, et qui possède plus de la moitié du bien-fonds, n'y réside pas. Il y avait à peine un seul des propriétaires inscrits sur cette liste qui habitât la paroisse. Si on prend le même rôle dans une paroisse rurale quelconque du royaume, et qu'on y relève les noms des propriétaires, ainsi que le nombre d'acres qu'ils possèdent, on est tout étonné d'apprendre, dans l'immense majorité des cas, que ces propriétaires paroissiaux ne résident pas dans lenrs paroisses. Eh bien! je voudrais frapper ce bien-fonds d'une taxe spéciale pour l'instruction
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populaire. Car, si quelqu'un s'occupe d'instruire les populations, ce ne sont pas ceux qui devraient le faire, mais bien ceux qui ne jouissent pas de la propriété, qui sont très problablement incompétents, et ne devraient pas être chargés de ce fardeau. Quant à la difficulté de supporter le poids de l'impôt, notre ami le docteur Bacon nous a fait savoir que, dans les Etats de la Nouvelle- Angleterre, chaque ville a son école, et que, si la ville est grande, chacune de ses sections en a une également. Les citoyens de la Nouvelle-Angleterre ont aussi beaucoup d'écoles qui leur coûtent fort cher; mais, en revanche, ils déboursent moins d'argent pour leurs prisons.
Si chaque ville a son école, chaque ville n'a pas sa caserne, et dépense moins pour l'armée. Ne me parlez pas des dépenses qu'entraînerait l'impôt sur l'instruction. Au point de vue économique, il ne peut y avoir au monde de déboursé plus profitable que celui-là. Comment se fait-il qu'aux Etats-Unis on voie une ville comme New- York, plus grande que Manchester et Salford réunis, sans infanterie ni cavalerie, sans artillerie, tandis que nous, — je le dis à notre honte,— nous avons dans le voisinage de chacune de nos grandes villes des troupes, non seulement pour la défense du pays contre les Américains, ou n'importe quel ennemi extérieur, mais, ne nous le dissimulons pas à nous-mêmes, pour la protection de la paix publique, et parce que nous avons peur de la grande masse d'ignorants qui nous enveloppe. Aussi vous dis-je : Frappez la propriété foncière d'un impôt au profit des écoles communales, et vous