PRESCIENCE DIVINE
praescita; ideo, omnibus computatis, negandum est quod omnes res futurae de necessitate evenient 1. »
Ou, ce qui revient au même, on peut concéder une nécessité conditionnelle :
« Dico quod verum est ex conditione vel suppositione, quod aliqua sunt futura. Sicut necessarium est hominem esse hominem, vel animal, supplendo, quod homo sit. Quia possibile est hominem non esse in esse actualis existentiae, possibile est ipsum non esse animal, in esse actualis existentiae : ita dico quod sicut possibile est de rebus futuris quod nunquam fuerint futurae, ita possibile est res futuras non evenire in effectu 2. »
Cependant, il se défend de dire que la prescience divine dépend de l’existence des futurs. Car l’idée de prescience n’ajoute à l’idée de science qu’une simple relation d’antériorité par rapport à la chose prévue : tout comme la futurition n’ajoute à la chose qui sera qu’une relation de temps par rapport à la prévision. Or, la science divine ne dépend pas des choses, mais elle est cause, avec la volonté, de l'existence de celles-ci. Quant à cette relation de raison qu’implique la prévision, elle n’est pas fondée sur la relation de futurition, mais elle est fondée immédiatement, à la fois sur la connaissance divine et sur l’objet connu; mais plus encore sur la première que sur le second, puisque la connaissance est la cause de l’existence de l’objet :
« Praescientia, ultra scientiam significat quamdam relationem rationis, scilicet prioritatem in duratione respectu rei futurae. Et futurum ultra ipsam rem importat posterioritatem in duratione respectu praescientiae. Dico ergo quod praescientia sub ratione qua est scientia tantum, nullo modo causatur a re futura, sed est causa rerum, in quantum consideratur cum voluntate et potentia. Illius autem relationis, quam dicit praescientia ultra scientiam non videtur esse causa relatio quam futurum dicit ultra rem, nec e converso.. Unde dico quod relationis quam dicit praescientia ultra scientiam, et relationis quam dicit praescitum ultra ipsam rem praescitam, ipsa Dei scientia et res scitae sunt causa, sicut extrema sunt causa relationum inter ipsa; illa tamen relatio rationis per quam scientia habet rationem praescientiae magis est per
11 Sent., d. XX XVIII, q. 6; p. 341, c. 2.
? Ibid., ad 5°" et 69"; p. 342.
scientiam quam per res scitas, quia scientia Dei approbativa causa est ut res futura eveniat 1. »
Rien n'échappe à la prescience divine, d’abord parce que tout ce qui est futur est présent à l'éternité; ensuite parce que Dieu connaît le bien qu’il veut réaliser et le mal qu’il veut défendre (I Sent., d. XXX VIII, a. r, q. 4; p. 340), ce qui amène Richard à rechercher comment les futurs sont présents à l’éternité de Dieu (Quodl. III, q. 1; p. 83; 1 Sent., d. XL, a. 1, q.1; P. 344).
Dieu est volonté comme il est intelligence : volonté, vouloir, voulant et norme ne sont qu’une seule et même réalité (I Sent., d. XLV, a. 1, q. 1; p. 397): Dieu veut toute chose par l'acte même par lequel il se veut lui-même :
« Sua bonitas, in quantum volita est, est ratio volendi alias bonitates ?. »
Dieu veut les êtres qui sont en dehors de lui, non par indigence, mais par pure bonté : «ex abundantia suae bonitatis » (1 Sent., d. XLV, a. 1, q. 4, ad 1"). Cependant on ne peut
. pas dire que Dieu est omnivolens, car Dieu ne veut pas actuellement tout ce qui peut être voulu : Dieu en effet ne veut pas tout ce qu’il peut (/bid., q. 5; p. 400).
La volonté divine est la cause de toutes les créatures :
« Actualis productio creaturarum magis attribuitur voluntati sicut causae, quam scientiae et potentiae 5, »
Elle est cause immédiate de tous les êtres : mais certains proviennent de Dieu seul; pour les autres, Dieu est à la fois cause médiate et immédiate (1 Sent., d. XLV, a. 2, q. 2; p. 401. —- II Sent., d. Il, a. 1, q. 3; p. 16, c. 1).
La volonté divine est une cause libre :
« Quamvis Deus de necessitate velit suam bonitatem et volendo
eam velit alia quaecumque vult, tamen quia alia non habent essentialiter ordinationem ad suam bonitatem, ideo non oportet quod volendo suam
11 Sent., d. XXX VIII, a. 1, q. 3; p. 338. — Voir aussi Quodl. II, q. 5; p. 11.
21 Sent., d. XLV, a. 1, q. 4; p. 400, c. 1.
3 1 Sent., d. XLV, a. 2, q. 1 ; p. 400, c. 2. Sur la doctrine de Scot, voir Minces, Der Gottesbegriff des Duns Scotus, Vienne, 1907.